La naturopathie et l’art du bon sens,

Notre métier évolue. A l’instar de notre société, il se confronte aux évolutions du monde. Il évolue d’autant plus que ce métier est en plein développement et suscite admiration, rejet ou indifférence. Telles sont les constantes des innovations qui recomposent les liens et les rapports sociaux. D’existence récente dans l’histoire du travail, notre métier doit prouver sa valeur car les détracteurs sont virulents et ne pardonnent pas les erreurs aux nouveaux acteurs du travail surtout si ceux-ci ombragent le statut de métiers séculaires. Les deux lois siamoises pour bien faire son métier sont l’amour et la compétence. Coupeau, le couvreur de l’assommoir de Zola, représente bien ce que le métier exige pour être bien fait. Il découpe le zinc avec dextérité sur les toitures et se satisfait de la tôle bien découpée. Métier bien appris vaut mieux que gros héritage.

Émile Zola's L'Assomoir by Augustin Daly

Notre juge est la santé et celui ou celle qui revient avec le sourire est notre récompense. Ce sourire est notre satisfaction comme le boulanger qui observe son client dévorer son pain aux noix avant le repas, comme Coupeau, le zingueur contemplatif devant l’éclat des dalles juste posées. Nous pouvons aimer notre métier et tenter d’être compétent, œuvre d’une vie, mais ces deux lois ont besoin d’un décret d’application, le bon sens. Le bon sens est un grand principe de la vie et naturopathe, il est élémentaire de le posséder. Celui-ci à la différence de la compétence ne se résume pas dans des cours, des formations continues ou des encyclopédies. Il s’acquiert dans la vie. Descartes résume parfaitement ce sixième sens.

« Le bon sens est la chose du monde la mieux partagée : car chacun pense en être si bien pourvu, que ceux mêmes qui sont les plus difficiles à contenter en toute autre chose n’ont point coutume d’en désirer plus qu’ils en ont. En quoi il n’est pas vraisemblable que tous se trompent ; mais plutôt cela témoigne que la puissance de bien juger, et distinguer le vrai d’avec le faux, qui est proprement ce qu’on nomme le bon sens ou la raison, est naturellement égale en tous les hommes ; et ainsi que la diversité de nos opinions ne vient pas de ce que les uns sont plus raisonnables que les autres, mais seulement de ce que nous conduisons nos pensées par diverses voies, et ne considérons pas les mêmes choses. Car ce n’est pas assez d’avoir l’esprit bon, mais le principal est de l’appliquer bien. Les plus grandes âmes sont capables des plus grands vices, aussi bien que des plus grandes vertus ; et ceux qui ne marchent que fort lentement peuvent avancer beaucoup davantage, s’ils suivent toujours le droit chemin, que ne font ceux qui courent, et qui s’en éloignent » — (René Descartes, Discours de la méthode, La Haye, 1637)

Notre métier est en pleine croissance et répond à un besoin manifeste de bien-être individuel et de mal sociétal. Les discours sur l’hygiène de vie se multiplient, chacun ayant sa propre raison tirée de bonnes vertus ou parée de vices. Nous sommes donc confrontés quotidiennement à des situations ou notre bon sens est l’allié de nos méthodes thérapeutiques. Les régimes et l’alimentation sont un bon exemple de la place de la raison dans notre pratique. Chacun y va de ses restrictions des plus anodines au plus délétère. Je suspecte une candidose et je supprime sucre-levure et la moitié de notre mode alimentaire devient répréhensible. S’en suit un stress permanent à l’idée de se mettre à table ajoutée à une dénutrition insidieuse jusqu’à ce que le candida, s’il y en a, juge que la diète est finie ou encore que votre hypothalamus se révolte et viennent contredire l’engagement de votre cortex. Et là dégringolade, croissant aux amandes, pâte à tartiner, tablette de chocolat, la fringale compulsive est en marche. Autre exemple, je décide de faire du paléo. Bien souvent dans tous les régimes draconiens, FODMAP, Paléo…, les changements sont radicaux, remettre en cause des années d’habitudes alimentaires, bouleverse la vie sociale, et surtout il y a une incapacité cognitive, pratique et technique à modifier autant la composition autant sa cuisine. Le résultat est désastreux, amaigrissement, stress et perte de plaisir. L’heure est au véganisme. Il a le vent en poupe et démontre une sensibilité citoyenne à l’égard des grands enjeux écologiques de notre temps. Cette démarche individuelle et collective au sens d’une tendance sociétale a aussi ses limites. Je décide de supprimer les protéines animales de mon alimentation. Or un 1/5 de la population européenne aurait un polymorphisme génétique défavorable à l’absorption de B12. Imaginons une femme de 35 ans enceinte après des années de règles abondantes (sous stérilet cuivre) vegan strict depuis quelque année, il y a de fortes chances que les carences en fer, B12, acide gras et protéines lui feront subir des fatigues post-grossesses bien incompatibles avec la sérénité requise pour une bonne relation avec son nourrisson.

Passons nos exemples alimentaires pour venir à la complémentation. Celle-ci est le pendant des exclusions alimentaires et les compléments en tous genres sont entrés dans nos habitudes. Je supprime les laitages et les viandes d’alpages et je prends mes oméga 3 du Groenland, krill ou poisson des mers froides sans vérifier mes dosages d’acide gras. Je prends de la B9, car c’est bon pour la santé sans savoir que son excès peut induire une surexpression des cellules précancéreuses (j.c Guilland, 2011). La B6 en excès présente dans de nombreux compléments provoquerait des troubles du système nerveux. J’opte pour de la vitamine E comme anti-oxydant toujours sans biologie, sans savoir que son origine chimique entraine l’excrétion du gamma tocophérol plasmatique déterminante pour neutraliser certains types de radicaux libres qui agressent les membranes cellulaires.

Les exemples sont nombreux et vont s’accroître car chaque changement majeur de pratiques, d’habitudes ou de comportements à un impact positif et négatif. La connaissance est la première ressource pour opérer une discrimination positive dans les conseils mais la raison doit encadrer cette connaissance limitée par nos expériences et nos facultés d’apprentissages. Le bon sens s’acquiert par la socialisation et n’a pas besoin d’université pour être acquis. Nous pouvons tous en faire usage en nous interrogeant et en recherchant une vérité par la connaissance. Revenons encore aux pratiques. Le jeun est devenu aussi une grande habitude. Pour autant, les personnes en carence biliaire ne sortiront pas indemnes d’une période de jeun. Végan, jeun, complémentation, régime, rien ne peut s’appliquer de manière systématique. Nous adoptons des pratiques et comportements individuels, mais qui sont issus de la masse. N’est-ce pas une contradiction ? Ne pouvons-nous pas vraiment rechercher l’épanouissement individuel avec du bon sens qui impose de savoir vraiment individualiser son hygiène de vie ? Je garde en tête toujours hors cadre thérapeutique (c’est-à-dire nécessitant une prise en charge spécifique et adaptée à la personne et la maladie) que le monde des pilules et des amis virtuels ne remplacera jamais un repas de bons produits sains et vivants partagés en bonne compagnie.

Jusqu’à ce que la connaissance me démontre le contraire, ma table vous est ouverte.

À votre bon sens

Sylvain Garraud


Les amis autour de la table, Saint-Jacut

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©2019 Sylvain GARRAUD, Naturopathe & Herboriste

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