Maladies hivernales : soignons notre immunité par nos intestins (partie 1)

A la première brise de fraicheur post-caniculaire de notre temps, les mouchoirs sortent avant les écharpes. Gastro-entérite, laryngite, rhinovirus et streptocoque nous harcèlent et nous succombons « trop » facilement à leur joute. Seraient-ils devenus surpuissant ou sommes-nous simplement plus vulnérables ? Sans s’étendre sur l’hypothèse de notre déclin conjugué à celui de notre environnement, notre immunité semble moins efficace. Sursollicité et/ou affaibli, l’immunité est notre système de défense alors pour que l’hiver ne soit pas un calvaire, soignez votre immunité !

Pas de bonne immunité sans de bons intestins (1)…

Le système gastro-intestinal est caractérisé par une importante quantité de cellules immunitaires qui y résident. En effet, le tissu lymphoïde associé à l’intestin représente près de 70 % de l’ensemble du système immunitaire. 80 % environ des plasmocytes, principalement des immunoglobulines A (IgA) résident dans la lamina propria, tissu conjonctif de soutien de la muqueuse intestinale (2). Les mécanismes immunitaires impliqués dans l’homéostasie immunitaire sont très complexes et appartiennent à la fois à l’immunité innée et à l’immunité adaptative. L’immunité innée fournit une réponse non spécifique, mais extrêmement rapide basée sur la digestion de microbes ou d’antigènes étrangers par des macrophages avant que l’immunité adaptative spécifique, qui a besoin de 7-10 jours pour être efficace, ait lieu. Elle est la première ligne de défense qui limite l’infection dès les premières heures après l’exposition aux micro-organismes. Ces micro-organismes, antigènes viraux, bactériens, fongiques, parasitaires et aussi autres substances dangereuses comme les pesticides et les métaux lourds sont captés par les cellules présentatrices de l’antigène dans la lumière intestinale et les présentent à des récepteurs de l’immunité innée. L’activation de ces récepteurs induit une cascade de signalisation intracellulaire conduisant à l’activation et/ou la modulation de la réponse immunitaire acquise. Au cours d’une réponse immunitaire, l’organisme fait prédominer la réponse la mieux adaptée en fonction du type d’antigène à éliminer. Les cellules dendritiques présentatrices d’antigènes ont un rôle clé dans cette orientation préférentielle avec les lymphocytes CD4 (Treg CD4+) qui interviennent dans l’induction et la régulation des types de réponses immunitaires lymphocytaires vers des voies de sensibilisation ou de tolérance. Les résultats des interactions entre immunité innée et acquise dépendent des différents contextes dans lesquels le contact avec des agents externes se produit et peuvent changer en fonction des différents paramètres génétiques des hôtes (1). Cependant, la spécificité du système immunitaire de notre tube digestif tient aux relations étroites qu’il a avec les micro-organismes commensaux qui composent notre flore intestinale.

Pas de bons intestins sans bactéries bien nourries !

Immédiatement après la naissance, nous sommes colonisées tout au long de notre vie par des microorganismes étrangers qui habitent les surfaces les plus exposées (comme la peau, la bouche, l’intestin et le vagin). Au début de l’âge adulte, l’écosystème microbien de notre tractus digestif inférieur est un des plus complexes de la planète, avec plus de 100 billions de bactéries comprenant potentiellement des milliers d’espèces microbiennes (3). Elles sont ainsi 10 fois plus nombreuses que l’ensemble des cellules de l’organisme (4). Notre microbiote s’adapte à son environnement et développe une relation unique de mutualisme avec son hôte. Il se développe ainsi un partenariat bénéfique entre les bactéries symbiotiques et le système immunitaire (5). Son rôle dans l’immunité est déterminant avec un effet barrière à la colonisation par les micro-organismes pathogènes, le développement et la maturation du système immunitaire intestinal et les interactions avec les cellules épithéliales (jonctions serrées, IGA, peptides antimicrobiens) (4). La question se pose de savoir si ce n’est pas notre microbiote qui contrôle notre système immunitaire (3). Cela revêt toute l’importance de notre microbiome dans le fonctionnement de notre immunité et la nécessité absolue de travailler sa santé intestinale pour optimiser son immunité. Le microbiome de l’intestin coévolue à l’intérieur de la bactérie hôte et mange ce que nous mangeons. L’alimentation peut alors modifier rapidement la composition du microbiote intestinal, souvent en fonction de la durée du régime et de sa composition en macronutriments (7).

 Nourrissons nos microbes pour préserver notre santé !

Les fibres fermentescibles sont la nourriture spécifique des bactéries du colon.  Leur définition renouvelée en lien avec les nouvelles découvertes sur leur fonctionnalité est : « composé non digestible qui, par sa métabolisation par les microorganismes de l’intestin, module la composition et/ou l’activité du microbiote intestinal, conférant ainsi un effet physiologique bénéfique à l’hôte » (6). Les effets de la consommation de prébiotiques sont nombreux. Ils interviennent directement sur la composition du microbiote et notre immunité en augmentant les bifidobactéries et les lactobacilles, en produisant des métabolites bénéfiques (acide gras à courte chaîne, AGCC), en diminuant les populations de bactéries pathogènes, en améliorant la défense du système immunitaire et la perméabilité intestinale (8). Les prébiotiques influencent probablement le système immunitaire intestinale avec la production des AGCC, issus de la fermentation des prébiotiques. Il a notamment été démontré que le butyrate, en particulier, influence les macrophages, les Lymphocytes T et les cellules dendritiques (9). L’inuline est un prébiotique présent naturellement dans le poireau, l’asperge, l’oignon, le blé, l’ail, la chicorée, l’avoine, le soja et le topinambour. Ne vous privez pas !

Les probiotiques, des modulateurs de l’immunité

Micro-organismes vivants qui lorsqu’ils sont administrés en quantité adéquate produisent un effet bénéfique sur la santé de l’hôte (10). Les effets santé sont de plus en plus documentés : « prévention et traitement des diarrhées, soulagent l’intolérance au lactose et les complications postopératoires, présentent des activités antimicrobiennes, réduisent les symptômes du côlon irritable et préviennent les maladies inflammatoires (11) ». Ils agissent sur l’immunité en intervenant sur la modulation des réponses immunitaires. Ils peuvent inhiber la croissance de bactéries pathogènes par un effet d’adhésion aux cellules épithéliales intestinales et sécréter des substances bactéricides (11). Leur mode d’action concernant la modulation des réponses immunitaires s’exerce au niveau épigénétique en modifiant les profils cytokiniques et donc l’orientation de la réponse immunitaire (12). Leurs effets sont aussi souches dépendantes avec des mécanismes d’actions spécifiques. Il est déterminant de sélectionner la/les souches de probiotiques avec des dosages appropriés pour une utilisation thérapeutique ciblée. Le risque d’une prise de probiotiques spontanée peut conduire à une aggravation des symptômes. Par exemple, stimuler les voies de l’inflammation dans une pathologie intestinale inflammatoire. Certaines personnes disent ne pas les supporter. Il peut être nécessaire de préparer le terrain à la prise de probiotiques avec des enzymes digestives, des huiles essentielles, et modifier son régime alimentaire. Les schémas proposés par les laboratoires sont à adapter à chaque situation.

Antibiothérapie, pensez probiotiques

Chaque prise d’antibiotiques fait disparaître des familles de l’écosystème intestinale au profit d’autres (et pas les meilleures) qui vont proliférer (13). La modification rapide du microbiome par l’exposition aux antibiotiques peut provoquer la sélection d’agents pathogènes opportunistes résistants qui peuvent causer une maladie aiguë, notamment la diarrhée infectieuse à clostridium difficile (14). Une seule cure de clindamycine de sept jours a induit des changements du microbiote intestinal détectables deux ans après une exposition chez des volontaires sains (15). Les antibiotiques à large spectre peuvent affecter de 30 % la population bactérienne de la communauté intestinale, provoquant une baisse rapide et significative de la richesse et de la diversité taxonomique (14). L’usage à répétition des antibiotiques induit des altérations prolongées du microbiote intestinal avec l’installation d’une dysbiose et ses conséquences immunitaire, métabolique et neurologique. Le microbiome trop exposé aux antibiotiques développe des gènes de résistance aux antibiotiques contribuant à la difficulté croissante de contrôler les infections bactériennes (16). La diarrhée post antibiothérapie est la manifestation symptomatique à la plus grande occurrence (17). Pour cela, en cas d’antibiothérapie, la prise de probiotiques adaptés pour la prévention des diarrhées et la protection de notre microbiome est juste impérative.

Il est admis qu’un bon hiver ne peut être sans neiges, feux de bois, lumières de noël, alors admettons qu’un bon hiver ne peut pas se passer sans nos meilleures amies, nos bonnes bactéries.


  1. Vighi G, Marcucci F, Sensi L, Di Cara G, Frati F. Allergy and the gastrointestinal system. Clin Exp Immunol. 2008;153 Suppl 1(Suppl 1):3-6.
  2. Weiner HL. Oral tolerance, an active immunologic process mediated by multiple mechanisms. J Clin Invest. 2000;106:935–7.
  3. Round JL, Mazmanian SK. The gut microbiota shapes intestinal immune responses during health and disease. Nat Rev Immunol. 2009;9(5):313-23.
  4. https://www.snfge.org/sites/default/files/SNFGE/Formation/chap-13_fondamentaux-pathologie-digestive_octobre-2014.pdf
  5. Gaboriau-Routhiau V, Cerf-Bensussan N. Microbiote intestinal et développement du système immunitaire. Med Sci (Paris) 2016 ; 32 : 961–967.
  6. Bindels LB, Delzenne NM, Cani PD, Walter J. Towards a more comprehensive concept for prebiotics. Nat Rev Gastroenterol Hepatol 2015;12(5):303–10.
  7. David LA, Maurice CF, Carmody RN, Gootenberg DB, Button JE, Wolfe BE, Ling AV, Devlin AS, Varma Y, Fischbach MA., et al. Diet rapidly and reproducibly alters the human gut microbiome. Nature 2014;505(7484):559–63.
  8. Carlson JL, Erickson JM, Lloyd BB, Slavin JL. Health Effects and Sources of Prebiotic Dietary Fiber. Curr Dev Nutr. 2018;2(3):nzy005. Published 2018 Jan 29. doi:10.1093/cdn/nzy005
  9. Frei R, Akdis M, O’Mahony L. Prebiotics, probiotics, synbiotics, and the immune system. Curr Opin Gastroenterol 2015;31(2):153–8.
  10. FAO/WHO: Health and nutritional properties of probiotics in food including powder milk with live lactic acid bacteria. 2001. fao.org.
  11. Bermudez-Brito M., Plaza-Díaz J., Muñoz-Quezada S., Gómez-Llorente C., Gil A. Probiotic mechanisms of action. Annals of Nutrition and Metabolism. 2012;61(2):160–174. doi: 10.1159/000342079.
  12. Gad, M. , Ravn, P. , Søborg, D. A., Lund‐Jensen, K. , Ouwehand, A. C. and Jensen, S. S. (2011), Regulation of the IL‐10/IL‐12 axis in human dendritic cells with probiotic bacteria. FEMS Immunology & Medical Microbiology, 63: 93-107. doi:1111/j.1574-695X.2011.00835.x
  13. Riché. Epinutrition du sportif. De Boeck supérieur. 2017
  14. Antibiotics and the Human Gut Microbiome: Dysbioses and Accumulation of Resistances. Front Microbiol. 2016;6:1543. Published 2016 Jan 12. doi:10.3389/fmicb.2015.01543
  15. Jernberg C, Löfmark S, Edlund C, Jansson JK. Long-term ecological impacts of antibiotic administration on the human intestinal microbiota. ISME J. 2007;1:56–66. doi: 10.1038/ismej.2007.3.
  16. Dethlefsen L., Relman D. A. (2011). Incomplete recovery and individualized responses of the human distal gut microbiota to repeated antibiotic perturbation. Natl. Acad. Sci. U.S.A. 108(Suppl. 1), 4554–4561. 10.1073/pnas.1000087107
  17. Blaabjerg S, Artzi DM, Aabenhus R. Probiotics for the Prevention of Antibiotic-Associated Diarrhea in Outpatients-A Systematic Review and Meta-Analysis. Antibiotics (Basel). 2017;6(4):21. Published 2017 Oct 12. doi:10.3390/antibiotics6040021

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©2019 Sylvain GARRAUD, Naturopathe & Herboriste

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