Noix du Brésil : gare aux intoxications !

La noix du brésil est une championne en sélénium : croquez une noix et vos besoins journaliers seront comblés. Vous avez peut-être déjà lu ou entendu ces conseils, mais le sélénium est-il vraiment sans danger ?

Le palmarès du sélénium est impressionnant

Le sélénium est le précurseur de l’activité de la glutathion peroxydase, enzyme connue pour lutter contre les radicaux libres. Je sais que ça peut paraître un peu compliqué, mais cela signifie simplement qu’il protège et détoxifie le foie, combat le stress oxydatif et contribue à l’élimination des métaux lourds. Il est aussi l’ami de la thyroïde, en participant à la conversion enzymatique de la T4 en T3, son hormone active[1].

Le sélénium joue également un rôle clé dans le système immunitaire, en réduisant les infections virales. Il semble même être un nutriment primordial pour contrer le développement de la virulence du VIH[2].

Et encore un atout du sélénium, et non des moindres : il est essentiel pour la fertilité. Il augmente la mobilité des spermatozoïdes et pourrait même réduire le risque de fausse couche2.

Le corps ne sait pas fabriquer ce nutriment. Nous devons donc le trouver dans notre alimentation ou, au besoin, prendre des suppléments. Autant dire que son palmarès est plutôt impressionnant… On pourrait alors être tenté de le consommer sans modération. Mais attention, le sélénium possède aussi… un deuxième visage, beaucoup plus sombre.

Diabète, déclin cognitif, paralysie : la face cachée du sélénium

Une étude parue dans le journal Lancet en 2012 prouve qu’un supplément de sélénium administré aux personnes qui en consomment déjà suffisamment via l’alimentation pourrait augmenter leur risque de diabète de type 21.

Une autre étude européenne, réalisée dans le cadre du projet Immidiet[3], évoque le fait que d’importantes concentrations en sélénium sont associées à un plus fort syndrome métabolique[4] pour les femmes[5].

Les concentrations excessives pourraient entraîner, dans les pires cas, des troubles du système nerveux et même la paralysie et la mort[6].

Haleine d’aïoli et nausée : attention danger

L’apport quotidien de sélénium actuellement recommandé a été établi à 70 µg[7] par jour pour les hommes adultes et à 60 µg par jour pour la femme[8]. La limite supérieure sécuritaire serait de 400 µg par jour[9].

Le seuil pour la toxicité est de 850-900 µg par jour. Une des manifestations cliniques de cet excès serait une haleine à forte odeur d’ail, accompagnée de nausées.

Une étude de 2018 a montré que le signe le plus commun de l’empoisonnement est la perte des cheveux, des ongles, des lésions de la peau, un état de fatigue prononcé et des maux de tête[10].

Consommer 4 ou 5 noix du Brésil peut être risqué

Une étude parue en 2017 dans la revue Chemosphere [9] démontre que la variation de la concentration en sélénium dans les noix du Brésil est considérable dans toute la région amazonienne. Une seule noix du Brésil pourrait fournir de 11 % (dans l’état du Mato Grosso) à 288 % (dans l’état de l’Amazonas) du besoin quotidien en sélénium pour un homme adulte (70 µg).

Il ne faudrait que 4 ou 5 noix aux teneurs les plus fortes pour atteindre le seuil de toxicité, tandis qu’il en faudrait 10 avec des noix aux valeurs les plus faibles pour atteindre le besoin journalier. La noix du brésil ne peut donc plus être une référence dans la couverture de vos besoins journaliers en sélénium.

Pire, en manger tous les jours peut constituer un risque de toxicité ! Bien évidemment, cela ne veut pas dire que vous ne pouvez plus manger de noix du Brésil. Dégustez-les simplement de façon modérée, dans le cadre d’une alimentation diversifiée. Et surtout n’en mangez pas dans le but de combler un déficit non vérifié.

Comment éviter un déficit en sélénium (sans s’empoisonner)

L’unique moyen de vous assurer d’un bon statut en sélénium est d’évaluer sa valeur biologique sanguine.

Comme le sélénium d’origine animale est mieux assimilé, les vegans sont une population à risque [11] . Il est donc important qu’ils contrôlent annuellement leur statut avec la vitamine D, le DHA et la B12. Les habitudes alimentaires ne peuvent pas permettre de prévoir un déficit car la teneur des aliments en sélénium dépend de sa présence dans les sols souvent appauvri par une agriculture intensive.

Le meilleur conseil pour éviter un déficit reste d’adopter une alimentation biologique variée de type méditerranéen, avec des produits locaux et des produits d’animaux … pas plus qu’il n’en faut[12].

Le régime méditerranéen, ou crétois, est basé sur une alimentation riche en fruits et légumes ainsi qu’en bonnes graisses (notamment l’huile d’olive et de colza). Les produits industriels et sucrés, tout comme la viande rouge, y ont une place très limitée. En revanche, le poisson, tout comme les légumineuses, les noix et les épices, sont consommés quotidiennement.

Sylvain Garraud

Article publié décembre 2018, révélations santé.


[1]. Rayman MP., Selenium and human health. Lancet. 2012 ; 379(9822):1256–68.

[2]. Rayman MP., The importance of selenium to human health. Lancet. 2000;356:233–41

[3]. Le projet IMMIDIET (Dietary habit profile in European communities with different risk of myocardial infarction: the impact of migration as a model of gene/environment interaction) a été financé par l’Union européenne dans le cadre du programme thématique « Qualité de la vie et gestion des ressources du vivant ». Cette étude démographique, menée par des chercheurs en Italie, en Belgique, aux Pays-Bas, en France et au Royaume-Uni, se penche sur le problème de l’hypertension en Europe.

[4]. Le syndrome métabolique, aussi appelé syndrome X, n’est pas une maladie en soi. Il désigne plutôt la présence d’un ensemble de signes physiologiques qui accroissent le risque de diabète de type 2, de maladies cardiaques et d’accident vasculaire cérébral (AVC).

[5]. Arnaud J, de Lorgeril M, Akbaraly T, Salen P, Arnout J, Cappuccio FP, van Dongen MC, Donati MB, Krogh V, Siani A, Iacoviello L ; European Collaborative Group of the IMMIDIET Project. Nutr Metab Cardiovasc Dis. 2012 Jun;22(6):517-24. doi: 10.1016/j.numecd.2010.09.005. Epub 2010 Dec 28.

[6]. Lemire, M., Philibert, A., Fillion, M., Passos, C.J.S., Guimarães, J.R.D., Barbosa Jr, F., Mergler, D., 2012. No evidence of selenosis from a selenium-rich diet in the Brazilian Amazon. Environment International 40, 128–136.

[7]. Symbole du microgramme, unité de mesure de masse du Système international.

[8]. Kipp, A.P., Strohm, D., Brigelius-Flohé, R., Schomburg, L., Bechthold, A., Leschik-Bonnet, E. ; Heseker, H.,2015. Revised reference values for selenium intake. Journal of Trace Elements in Medicine and Biology 32.

[9]. Da Silva Júnior, E.C., de Oliveira Wadt, Lú.Helena., da Silva, Ká.Emí.,de Lima, R.M.B., Batista, K.D., Guedes, M.C., Carvalho, G.S., de Carvalho, T.S., dos Reis, André.Rodrigues., Lopes, G., Guimarães Guilherme, L.R., Natural variation of selenium in Brazil nuts and soils from the Amazon region, Chemosphere (2017), doi: 10.1016/j.chemosphere. 2017.08.158.480 195–199.

[10]. Majumdar B, Saini N, Agrawal S, Prakash C. Familiar Manifestations of Unfamiliar Selenium Toxicity. Indian Journal of Dermatology. 2018;63(5):430-431. doi:10.4103/ijd.IJD_455_17.

[11]. Kim S, Fenech MF, Kim PJ. Nutritionally recommended food for semi- to strict vegetarian diets based on large-scale nutrient composition data. Sci Rep. 2018;8(1):4344. Published 2018 Mar 12. doi:10.1038/s41598-018-22691-1

[12]. Lordegil Michel, « Le nouveau régime méditerranéen », Terre vivante, 2015


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