Cancer : méfiez-vous des « remèdes maison » !


S’empoisonner pour se soigner ! Il n’y a rien de nouveau, c’est la dose qui fait le poisson [1]. Ce qui est plus nouveau, c’est la possibilité de se procurer toutes les molécules dites thérapeutiques à travers le monde. L’amygdaline, appelée  » laetrile  » et  » vitamine B-17 « [2] est un bon exemple du marché des pilules. Certains malades n’hésitent pas à consommer des amandes amères, riche en amygdaline, pour ses potentiels bienfaits contre le cancer…Une nouvelle tendance qui a ses risques…


Du cyanure dans les intestins !

L’amygdaline est une substance naturelle retrouvée dans les amandes de noyau, pêches, prunes et autres fruits à noyau notamment les amandes amères. Le principe est simple. Une fois ingéré, l’amygdaline se transforme en cyanure dans votre intestin. Ce cyanure aurait ensuite un effet de « suffocation » des cellules cancéreuses [3]. Il n’y a plus qu’un clic à faire et vous recevez vos paquets d’amande amère à la maison pour votre propre traitement. Au-delà des slogans commerciaux commence la valse des contradictions.

4 amandes… et un enterrement

 Selon l’EFSA, pour un adulte de 80 kilogrammes, mangez entre 10 et 60 amandes amères par jour équivaut à être exposé à une quantité de cyanure de 24 à 112 milligrammes (10 amandes) et de 160 à 640 milligrammes (60 amandes) alors que la dose minimale létale est de 40 milligrammes (3). Pour les adultes, trois très petites amandes pourraient être consommées, mais la consommation de moins de la moitié d’une grosse amande pourrait déjà dépasser la dose de référence aiguë [4].

154 intoxications ces dernières années

La revue de référence Cochrane dans une étude de 2015 indique clairement que les patients cancéreux doivent être informés du risque élevé de développement de graves effets indésirables dus à un empoisonnement au cyanure après une utilisation de laetrile ou d’amygdaline, en particulier après une ingestion orale [5] Elle va plus loin en citant : il n’existe aucune preuve fiable des prétendus effets curatifs du laetrile ou de l’amygdaline chez les patients cancéreux [6]. Il y aurait même eu 154 cas d’intoxication entre janvier 2012 et octobre 2017.

Une étude de 1982 publié New England Journal of Medicine est souvent citée comme référence [7] car elle a conduit l’agence du médicament à interdire l’amygdaline aux USA.  Leur conclusion est sans appel : l’amygdaline (Laetrile) est un médicament toxique qui n’est pas efficace dans le traitement du cancer.

L’effet cyanure un mal pour un bien ?

Une autre étude de revue de 2019 conteste bel et bien la publication de Moertel et remet en cause sa fiabilité pour des raisons de manque de groupe témoin, de taille de l’échantillon et d’absence de données complètes sur les patients [8]. Il met en avant que l’amygdaline exerce bien un effet antitumoral. Toutefois, il confirme que l’amygdaline peut se transformer en acide cyanhydrique (cyanure) et que l’accumulation d’acide cyanhydrique au fil du temps peut avoir des effets toxiques néfastes sur le corps humain. Une autre étude de revue récente de 2018 corrobore les mécanismes anticancéreux de l’amygdaline, le rôle possible de l’amygdaline naturelle dans la lutte contre le cancer et la croyance erronée sur la toxicité du cyanure qui pourrait causer l’amygdaline[9].

Or, même si ces dernières études attestent du rôle positif de l’amygdaline dans le cancer, elles indiquent aussi clairement le besoin de poursuivre la recherche surtout in vivo pour mieux pour comprendre les mécanismes pharmacologiques de l’amygdaline en termes de dose optimale, de faisabilité d’utilisation combinée de l’amygdaline avec d’autres médicaments antitumoraux afin de renforcer son effet antitumoral et réduire ses effets secondaires et enfin pour une utilisation clinique plus sécuritaire.

Troubles mentaux, vomissements, crampes…

Une étude de cas de 2017 rapporte qu’un patient qui a ingéré 1500 mg d’amygdaline prescrit, qui contient environ 90 mg de cyanure, quantité environ 1,8 fois plus élevée que la dose létale minimale de 50 mg de cyanure[10], a subi une intoxication avec altération de l’état mental, hypersudation, tachycardie, vomissements, étourdissements et douleurs abdominales avec crampes[11].

Devant l’incertitude et les contradictions, je ne peux qu’inviter à une grande prudence dans l’utilisation de l’amygdaline. Une de mes clientes prenait 20 amandes amères depuis plus de 10 ans en prévention d’un cancer du colon de son père. Elle souffrait de douleurs de l’hypocondre droit. Je ne peux pas recommander ce genre d’auto-prescription.

Soignez d’abord votre flore intestinale !

La toxicité de l’amygdaline serait susceptible de dépendre des microorganismes présents dans l’intestin. En effet, la quantité de cyanure d’hydrogène (HCN) produite par différents microbes intestinaux hydrolysant l’amygdaline est différente [12]. Avant de consommer des amandes amères, soignez votre flore intestinale.

Et allons vers une approche thérapeutique plus humaine et respectueuse des pratiques alternatives

Je citerai un dernier article de 2018 très intéressant sur une approche systémique en oncologie intégrant les pratiques de médecine complémentaire.  Les personnes atteintes de cancer ont besoin d’être guidés. Ils ont aussi besoin d’un médecin qui les comprend et les respecte pour les aider à naviguer dans leur parcours du cancer [13] en étant à leur écoute sur les médecines complémentaires. Cela pourrait aussi éviter en cas de cancer que la personne ait recours à des alternatives susceptibles d’interférer avec le traitement en cours ou de se mettre en danger. La convergence des pratiques entre médecines conventionnelles et complémentaires renforcera la qualité des services de santé aux patients et aux familles frappés par cette maladie de civilisation et évitera bien des cas d’intoxications, effets secondaires et débats sur la place à accorder aux médecines complémentaires.

A votre santé

Sylvain GARRAUD


[1] Paracelse

[2] Qui n’est pas une vitamine car pas indispensable à notre organisme

[3] https://www.sciencesetavenir.fr/sante/cancer/vendues-comme-anti-cancer-les-amandes-d-abricot-peuvent-vous-intoxiquer-au-cyanure_126323

[4] https://efsa.onlinelibrary.wiley.com/doi/epdf/10.2903/j.efsa.2016.4424

[5] Ce risque pourrait augmenter avec la prise concomitante de vitamine C et, chez les végétariens, avec une carence en vitamine B12.

[6] Milazzo S., Horneber M. Laetrile Treatment for Cancer. The Cochrane Library. 2015 doi: 10.1002/14651858.CD005476.pub4

[7] Moertel CG, Fleming TR, Rubin J, et al. A clinical trial of amygdalin (Laetrile) in the treatment of human cancer. N Engl J Med. 1982;306(4):201‐206. [PubMed] [Google Scholar]

 

[8] Shi J, Chen Q, Xu M, et al. Recent updates and future perspectives about amygdalin as a potential anticancer agent: A review. Cancer Med. 2019;8(6):3004–3011. doi:10.1002/cam4.2197

[9] Anticancer Agents Med Chem. 2018;18(12):1650-1655. doi: 10.2174/1871520618666180105161136.

[10] Selon une étude de 1982 : Shragg T. A., Albertson T. E., Fisher C. J., Jr. Cyanide poisoning after bitter almond ingestion. Western Journal of Medicine. 1982;136(1):65–69.

[11] Dang T, Nguyen C, Tran PN. Physician Beware: Severe Cyanide Toxicity from Amygdalin Tablets Ingestion. Case Rep Emerg Med. 2017

[12] aswal V, Palanivelu J, Ramalingam C. Effects of the Gut microbiota on amygdalin and its use as an anti‐cancer therapy: substantial review on the key components involved in altering dose efficacy and toxicity. Biochem Biophys Rep. 2018;14:125‐132.

[13] Kimball BC, Geller G, Warsame R, et al. Looking Back, Looking Forward: The Ethical Framing of Complementary and Alternative Medicine in Oncology Over the Last 20 Years. Oncologist. 2018;23(6):639–641. doi:10.1634/theoncologist.2017-0518

 

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