Le bonheur ou te caches-tu ? Ou est-tu? Je te cherche tant ! c’est à désespérer de te trouver. J’ai tout essayé, je n’ai jamais réussi à t’attraper. Y ai-je droit d’ailleurs, moi, ici, dans mon costume de nanti, dans ce monde sécurisé où être heureux est un devoir. Et puis le bonheur c’est quoi, être aimer ou aimer ? Pardonner ou se pardonner? Un fantasme? Une quête de désirs? Peut-on conquérir le bonheur, se gagne-t-il par des batailles ? Est-il juste ou lui aussi inégalitaire ? Qui l’a compris, qui le vit et comment ? Est-il acquis pour de bon ou éphémère ? Et bonheur qui es-tu ? Où te trouves-tu ? Je ne te veux plus, tu es une alchimie impossible.
Je suis là. Ici. Sous le tilleul ou ronronne les grandes pollinisatrices, dans l’horizon devant tes yeux clos, dans cette lune voilée par les cirrus, sur ce banc qui regarde l’infini, dans cette pomme de jouvence que tu croques, dans ce sourire que tu ne vois plus, dans cette fraîcheur que tu ne ressens plus, dans ces mots que tu n’écoutes plus. Je suis là. Ici. Dans cette fleur de paradis, dans la mélodie du tremble, dans le son du serin qui s'égosille, dans cette campanule portée vers l’astre de feu, dans la lumière dorée de la vitre soigneusement lustrée, dans l’amour que tu n'arrives pas à donner, dans la compassion et la beauté des simples. Je suis là. Ici. Tu me vois maintenant ? tu m'as compris? ne cherche pas à m'acquérir, cherche plus à faire disparaître ce qui est en trop pour me sentir.
Le bonheur, c'est aussi ramasser ces petites baies qui s'offrent à nous dans les haies, refuge de la grive et de l'hermine. Elles vous attendent, ces succulentes, à bout de bras. Elles n'ont pas la densité des fruits domestiqués, elles sont sauvages, sèches et dites ingrates comme le silène le serait à côté de la batavia poussée dans ces infrastructures faussement tropicalisées, mais elles ont ce caractère que tu ne retrouveras jamais sur le marché.
Bonne cueillette, bel été.