
Monographie du framboisier
Nom scientifique : Rubus idaeus L.
Famille botanique : Rosaceae
Autres noms communs : Framboisier, framboisier sauvage, framboise rouge, ronce du mont Ida, raspberry
Habitat et répartition : Arbrisseau ou sous-arbrisseau drageonnant de l’aire eurosibérienne, largement répandu dans les régions tempérées de l’hémisphère Nord. En Suisse, Rubus idaeus est très largement distribué ; Info Flora le rattache notamment aux mégaphorbiaies et clairières de coupe, ainsi qu’aux fourrés préforestiers, avec une présence abondante dans l’ensemble des grandes régions biogéographiques du pays.
Parties utilisées : Dans le cadre médicinal européen, la partie de plante de référence est la feuille séchée, correspondant à Rubi idaei folium. Les préparations reconnues par l’EMA concernent la feuille fragmentée. Le fruit a un intérêt nutritionnel et fait l’objet d’études cliniques, mais il ne constitue pas la base de la monographie médicinale européenne.
Notes botaniques : Rubus idaeus est un arbrisseau vivace à tiges bisannuelles, souvent épineuses, dont les cannes fructifient la deuxième année. Le fruit est un agrégat de petites drupéoles se détachant du réceptacle à maturité. En pratique de terrain, la confusion générique avec d’autres Rubus est possible, mais le framboisier sauvage garde un port, un feuillage pâle sur la face inférieure et un fruit creux à la récolte assez caractéristiques.
Histoire et traditions
Le framboisier occupe une place ancienne dans l’histoire alimentaire et médicinale européenne. Jean-Marie Pelt rappelle l’ancienneté culturelle du fruit et sa place dans l’histoire des aliments de cueillette (Pelt, 1994)
Dans la tradition européenne, la feuille de framboisier a surtout été utilisée comme plante astringente, notamment dans les diarrhées bénignes, les irritations de la bouche ou de la gorge, et certains troubles menstruels
La feuille de framboisier a aussi occupé une place importante dans la tradition herboriste féminine, en particulier autour de la grossesse et de l’accouchement. Une revue récente rappelle que cet usage est historiquement très répandu, mais conclut que les données disponibles ne permettent pas d’établir clairement son efficacité sur le déroulement du travail ; elle évoque également un possible effet défavorable sur la maturation cervicale (Socha et al., 2023)
Une étude récente menée en Catalogne confirme que cet usage persiste dans les pratiques contemporaines : la feuille de framboisier figurait parmi les produits à base de plantes consommés pendant la grossesse et le post-partum, sans que cette étude n’évalue son efficacité propre (Romero et al., 2025)
Principes actifs connus
- Composés de la fraction ellagitaninique
La feuille de Rubus idaeus est riche en composés relevant de la fraction ellagitaninique. Dans l’étude LC-MS/MS d’Alkhudaydi et al., l’acide ellagique est le composé quantitativement prédominant dans les échantillons analysés, avec des variations selon l’origine des lots et les conditions d’extraction (Alkhudaydi et al., 2025) - Flavonoïdes
La feuille contient une fraction flavonoïdique diversifiée, comprenant notamment des dérivés de la quercétine et du kaempférol, ainsi que de la lutéoline, de la myricétine, de l’isoquercitrine, de la naringénine, de l’hespérétine et de l’ériodictyol (Alkhudaydi et al., 2025) - Acides phénoliques
Plusieurs acides phénoliques ont été identifiés, notamment l’acide gallique, l’acide caféique, l’acide chlorogénique, l’acide férulique, l’acide p-coumarique, l’acide vanillique, l’acide gentisique, l’acide syringique et l’acide néochlorogénique (Alkhudaydi et al., 2025) - Catéchines
La feuille renferme également de la catéchine et de l’épicatéchine ; des traces d’autres flavan-3-ols ont aussi été rapportées dans certaines préparations analysées (Alkhudaydi et al., 2025) - Autres composés phénoliques
D’autres composés phénoliques ont également été identifiés, notamment le verbascoside, la phloridzine et la diosmine, à des teneurs variables selon les échantillons (Alkhudaydi et al., 2025) - Polysaccharides
Des polysaccharides ont également été décrits dans Rubus idaeus. Une revue récente rapporte des travaux sur leur extraction, leur purification, leur composition monosaccharidique, leur poids moléculaire, leurs liaisons glycosidiques et leurs activités biologiques, tandis que les données sur leurs structures avancées, leurs modifications et leurs relations structure-activité restent plus limitées (Gao et al., 2026)
Cette diversité chimique s’inscrit dans un ensemble plus large de données de revue décrivant, à l’échelle de la plante entière, la présence de phénols, de terpènoïdes, d’alcaloïdes, de stéroïdes et d’acides gras, près de 194 composés ayant été isolés au total, sans que tous ces groupes soient documentés avec le même niveau de précision dans les organes et préparations retenus ici (Tao et al., 2023)
Propriétés pharmacologiques majeures
Sphère gynécologique
- Propriété avérée (préclinique ex vivo) : une tisane, une préparation en gélule et un extrait éthanolique commerciaux de feuille de Rubus idaeus ont modifié de façon faible ou variable la contractilité d’utérus de rat selon la préparation utilisée et le statut gestationnel ; l’extrait éthanolique a eu peu d’effet, et l’étude ne soutient pas l’hypothèse d’un effet direct facilitateur du travail (Zheng et al., 2010)
- Propriété avérée (préclinique in vivo) : dans un modèle rat d’endométriose induite par autotransplantation d’endomètre, un extrait de feuille de Rubus idaeus administré pendant 28 jours à la dose de 0,25 mL/kg/j a restauré les taux plasmatiques des métalloprotéinases matricielles 2 et 9 vers les valeurs initiales ; associé au diénogest à 1 mg/kg/j, il a aussi été lié à une moindre prise de poids et à une réduction du diamètre des lésions endométriosiques par rapport au diénogest seul (Jianu et al., 2024)
- Propriété observée (clinique observationnelle) : dans une étude prospective observationnelle australienne portant sur 91 femmes, dont 44 exposées à la feuille de Rubus idaeus pendant la grossesse, son usage a été associé à une moindre fréquence d’augmentation médicale du travail, à des durées de travail plus courtes et à une moindre fréquence de certaines interventions obstétricales ; les auteurs précisent toutefois que ces résultats ne peuvent pas être généralisés et ne constituent pas une preuve de sécurité ni d’efficacité (Bowman et al., 2024)
La revue systématique intégrative de Bowman et al. confirme que les effets biophysiques observés sur le muscle lisse, y compris utérin, ne s’accompagnent pas de preuves cliniques solides d’efficacité ou de sécurité pendant la grossesse, ce qui rejoint la position prudente de l’EMA sur cet usage (Bowman et al., 2021)
Sphère anti-inflammatoire et ostéoarticulaire
- Propriété avérée (clinique) : dans un essai randomisé en double aveugle contre placebo chez 198 patients atteints d’arthrose fémoro-tibiale, un extrait éthanolique de feuille de Rubus idaeus à 400 mg/j pendant 12 semaines n’a pas amélioré significativement le score douleur de l’indice WOMAC dans l’analyse en intention de traiter, mais a réduit la douleur mesurée sur échelle visuelle analogique ; les autres critères cliniques évalués sont restés globalement inchangés (Henrotin et al., 2022)
- Propriété avérée (préclinique in vitro et ex vivo) : un extrait hydroalcoolique des parties aériennes de Rubus idaeus (éthanol 30 % / eau 70 %, rapport d’extraction natif 3–5:1, > 10 % de polyphénols, > 0,4 % de sanguiine H-6) a montré, dans des modèles murins, un effet contrasté selon le système étudié : limitation de certaines altérations cartilagineuses dans les explants inflammatoires, mais profil plus ambigu dans les chondrocytes isolés (Bourmaud et al., 2021)
Sphère anti-inflammatoire et vasculaire
- Propriété avérée (in vitro) : des extraits de fruit de Rubus idaeus, ainsi que leurs fractions anthocyanique et polyphénolique, ont réduit dans des macrophages activés l’expression induite par le lipopolysaccharide de plusieurs gènes pro-inflammatoires, notamment IL-6, IL-1β, TNF-α et NF-κB ; dans des cellules endothéliales humaines dysfonctionnelles induites par le TNF-α, ils ont également diminué l’expression de gènes inflammatoires et de molécules d’adhésion telles que VCAM-1, ICAM-1 et SELE (Kowalska et al., 2025)
Sphère anti-infectieuse
- Propriété avérée (in vitro) : des extraits éthanoliques à 70 % de différentes parties morphologiques lyophilisées et broyées de Rubus idaeus cultivar Polka, ensuite redissous dans du méthanol à 80 % pour les essais antibactériens, ont montré une activité antibactérienne contre trois bactéries Gram positif pour les feuilles, les inflorescences et les fruits, tandis que les extraits de racines et de graines étaient les moins actifs dans cette étude comparative (Ispiryan et al., 2024)
- Propriété avérée (in vitro) : un hydrolat de feuilles fraîches de Rubus idaeus obtenu par distillation à la vapeur a montré une activité antibactérienne modeste sur deux souches bactériennes, dans un cadre strictement expérimental (De Santis et al., 2022)
Sphère gastro-intestinale
- Propriété avérée (tradition d’usage retenue par monographie) : l’usage antidiarrhéique de la feuille repose sur sa longue tradition d’emploi comme plante astringente, mais l’EMA souligne l’absence d’études cliniques suffisantes et le faible niveau des données pharmacologiques modernes pour étayer davantage cette indication (EMA/HMPC, 2014)
- Propriété avérée (préclinique in vivo) : chez la souris, RAP-3A, un polysaccharide de type pectine extrait de Rubus idaeus, a atténué la colite induite par le dextran sulfate de sodium, avec amélioration de la perte de poids, de l’indice d’activité de la maladie et des lésions histologiques ; l’étude rapporte aussi une inhibition de la voie TLR4/NF-κB, une augmentation de ZO-1 et d’occludine, une diminution de la déplétion en cellules caliciformes, une hausse des acides gras à chaîne courte fécaux et une modulation du microbiote en faveur de bactéries productrices de ces métabolites (Dou et al., 2025)
- Propriété avérée (in vitro) : dans des cellules Caco-2 différenciées exposées à un stimulus pro-inflammatoire par interféron-γ puis TNF-α, un extrait issu d’une poudre de fruit de Rubus idaeus à 1–5 mg/mL a limité la perte de résistance électrique transépithéliale, réduit le passage du FITC-dextran, diminué le 8-hydroxy-2-désoxyguanosine et augmenté l’expression de la claudine-1, ce qui suggère un effet protecteur sur l’intégrité de la barrière intestinale en contexte inflammatoire (Marino et al., 2024)
Sphère oro-pharyngée
- Propriété avérée (tradition d’usage retenue par monographie) : l’usage local sur les inflammations légères de la bouche ou de la gorge est admis au titre du traditionnel, vraisemblablement en lien avec l’astringence des tanins, mais sans démonstration clinique moderne robuste (EMA/HMPC, 2014)
Sphère hépatique et métabolique
- Propriété avérée (clinique) : chez 59 sujets en surpoids ou avec obésité abdominale, à risque de syndrome métabolique, la consommation quotidienne de 280 g de framboises surgelées pendant 8 semaines n’a pas modifié significativement les principaux paramètres métaboliques cliniques, mais a été associée à des modifications exploratoires de l’activité de certains gènes sanguins et de dix métabolites circulants, suggérant une modulation immuno-métabolique discrète sans bénéfice clinique net démontré (Franck et al., 2020)
Cette revue de synthèse montre que Rubus idaeus est étudié dans le champ métabolique à partir de la framboise congelée ou lyophilisée, de l’infusion de feuilles, de l’huile de graines et de certains composés extraits du fruit, avec un signal globalement favorable sur la glycémie ; les mécanismes rapportés concernent notamment l’inhibition de l’alpha-glucosidase et de la dipeptidyl peptidase-4, ainsi qu’une augmentation possible de la production d’insuline et de la sensibilité à l’insuline, tandis que les effets sur le profil lipidique apparaissent plus hétérogènes, surtout pour les triglycérides, malgré des résultats rapportés sur la baisse du cholestérol total et du cholestérol lié aux lipoprotéines de basse densité et sur l’augmentation du cholestérol lié aux lipoprotéines de haute densité (Piña-Contreras et al., 2022)
- Propriété avérée (préclinique in vivo) : chez des souris mâles recevant un régime riche en graisses pendant 4 semaines, un extrait phénolique enrichi de fruit de Rubus idaeus administré par voie orale à 2 g/kg/j a réduit la prise de poids et la masse adipeuse blanche, augmenté l’activité ambulatoire et majoré l’expression hépatique de la lipoprotéine lipase et de l’hème oxygénase-1 ; aucun effet n’a été observé sur l’apport alimentaire cumulatif, les profils de repas ou l’expression hypothalamique de gènes liés à la prise alimentaire (Kshatriya et al., 2019)
- Propriété avérée (préclinique in vivo) : dans un modèle murin de lésion hépatique aiguë induite par le tétrachlorure de carbone, des extraits crus et transformés de Rubus idaeus ont réduit les transaminases sériques, la phosphatase alcaline, le malondialdéhyde et l’hydroxyproline hépatiques, tout en augmentant l’activité de la superoxyde dismutase ; l’analyse métabolomique a principalement orienté les auteurs vers une restauration du métabolisme énergétique et de celui de l’arginine (Xu et al., 2025)
Sphère cutanée et cicatrisation
- Propriété avérée (in vitro) : dans des fibroblastes dermiques humains normaux exposés aux UVB, un extrait de Rubus idaeus dont les constituants majeurs rapportés sont la sanguiine H-6 et la lambertianine C a réduit la sécrétion de métalloprotéinases matricielles et la production de médiateurs pro-inflammatoires, tout en inhibant les voies MAPK, NF-κB et AP-1 ; il a aussi stimulé la synthèse de procollagène de type I via les voies TGF-β/Smad et Nrf2, ce qui suggère un effet protecteur expérimental vis-à-vis du photo-vieillissement cutané induit par les UVB (Gao et al., 2018)
Sphère oncologique expérimentale
- Propriété avérée (in vitro) : un hydrolat de feuilles fraîches de Rubus idaeus obtenu par distillation à la vapeur a exercé une activité cytotoxique sur des lignées cellulaires tumorales, sans que ces données permettent d’en déduire un effet clinique anticancéreux (De Santis et al., 2022)
Indications médicinales retenues
- Spasmes mineurs associés aux règles
- Inflammations légères de la bouche ou de la gorge
- Diarrhées bénignes
Indications exploratoires ou émergentes (non validées cliniquement)
- Soutien symptomatique dans l’arthrose du genou
- Endométriose expérimentale
- Accompagnement de la fin de grossesse et du travail
- Soutien de la barrière intestinale et colite expérimentale
- Soutien nutritionnel et métabolique du fruit
Les indications retenues restent limitées aux trois usages traditionnels reconnus pour la feuille de Rubus idaeus. Les autres axes reposent soit sur un signal clinique encore insuffisant, soit sur des données précliniques ou observationnelles
Formes galéniques et posologies
Pour les spasmes mineurs associés aux règles : extrait aqueux sec de feuille, DER 4:1, en comprimés, à la dose de 113 à 226 mg par prise, jusqu’à 3 à 4 fois par jour, par voie orale, après les repas, pendant la période symptomatique. Dans le produit historique britannique retenu par l’EMA, 113 mg d’extrait aqueux sec correspondent à 452 mg de feuille. Cette posologie concerne donc un extrait aqueux sec défini et ne doit pas être convertie arbitrairement en poids de feuille brute (EMA/HMPC, 2014)
Pour les inflammations légères de la bouche ou de la gorge : 1,5 à 8 g de feuille fragmentée dans 150 ml d’eau bouillante, 3 fois par jour, en usage oromuqueux.
Repère pratique pour la feuille de framboisier : 1 cuillère à café rase ≈ 0,8 g.
Cela correspond à environ 2 à 10 cuillères à café rases par prise pour 150 ml (EMA/HMPC, 2014)
Pour les diarrhées bénignes : 1,5 à 8 g de feuille fragmentée dans 150 ml d’eau, en décoction, 3 fois par jour, par voie orale.
Avec le même repère pratique pour la feuille de framboisier, cela correspond également à environ 2 à 10 cuillères à café rases par prise pour 150 ml (EMA/HMPC, 2014)
Durée d’usage
Pour les spasmes menstruels et les inflammations de la bouche ou de la gorge, il convient de consulter si les symptômes persistent plus d’une semaine.
Pour la diarrhée, il convient de consulter si les symptômes persistent plus de trois jours ou s’aggravent (EMA/HMPC, 2014)
Recommandations de cueillette
La feuille est la partie médicinale de référence. La récolte peut se concevoir sur des rameaux sains, en évitant les feuilles très âgées, tachées ou souillées, et sans prélever excessivement sur une même station. En pratique, la culture ou la récolte sur stations abondantes est préférable. En Suisse, l’espèce n’est pas considérée comme menacée à l’échelle nationale.
Sécurité et précautions d’usage
Tolérance et sécurité générale
La feuille de Rubus idaeus est globalement considérée comme raisonnablement sûre chez les adultes non enceintes dans le cadre des usages traditionnels retenus. L’EMA souligne toutefois que les données d’efficacité restent limitées et que les données toxicologiques sont incomplètes, en particulier pour la génotoxicité, la cancérogénicité, la toxicité reproductive et la toxicité développementale (EMA/HMPC, 2014)
Contre-indications
Aucune contre-indication clinique spécifique clairement documentée n’a été identifiée pour les usages traditionnels retenus. En revanche, l’usage n’est pas recommandé pendant la grossesse, l’allaitement, ni chez les enfants et adolescents de moins de 18 ans, en raison de l’insuffisance des données de sécurité et d’efficacité (EMA/HMPC, 2014)
Effets indésirables possibles
Aucun signal grave spécifique n’a été clairement établi pour les usages traditionnels retenus. Dans les études cliniques menées pendant la grossesse, les effets rapportés correspondaient surtout à des symptômes fréquents de cette période, notamment nausées, vomissements, diarrhée, constipation et variations tensionnelles, sans différence significative avec les témoins. Dans une étude rétrospective, une diarrhée et une augmentation des contractions de Braxton Hicks ont aussi été rapportées. Ces données restent insuffisantes pour conclure à la sécurité pendant la grossesse (EMA/HMPC, 2014)
Précautions d’emploi
L’usage du framboisier pour faciliter le travail ou raccourcir l’accouchement est largement relayé dans la tradition, mais les données disponibles ne permettent pas d’en confirmer clairement l’efficacité ni la sécurité. L’EMA ne recommande pas son emploi pendant la grossesse. Une étude observationnelle récente a retrouvé une association entre l’usage de feuille de Rubus idaeus et une moindre fréquence d’augmentation médicale du travail, sans permettre d’établir de lien causal ni de modifier le cadre prudentiel actuel (Bowman et al., 2024). Les revues récentes concluent également que les preuves restent faibles et qu’un possible effet défavorable sur la maturation cervicale a été évoqué dans la littérature de synthèse (Socha et al., 2023). Une étude chez la souris gestante a par ailleurs montré qu’un extrait aqueux fluide de Rubus idaeus pouvait, à forte dose, raccourcir la durée de gestation, réduire la taille des portées et modifier certains paramètres de la descendance, ce qui renforce la prudence vis-à-vis de cet usage en grossesse (Hastings-Tolsma et al., 2022). Enfin, une étude menée en Catalogne a confirmé que le framboisier reste utilisé dans les pratiques contemporaines pendant la grossesse et le post-partum, sans évaluer pour autant son efficacité ou sa sécurité spécifique (Romero et al., 2025)
Interactions médicamenteuses
Aucune interaction clinique spécifique n’a été clairement documentée. L’EMA mentionne toutefois une inhibition in vitro du CYP2D6 avec des extraits aqueux de tisane de feuille de framboisier, dont la signification clinique reste inconnue ; cette donnée justifie une prudence théorique en cas de traitement à marge étroite métabolisé par cette voie (EMA/HMPC, 2014)
Vision personnelle
Le framboisier est, à mes yeux, une plante exemplaire. Exemplaire non pas parce qu’elle confirmerait tout ce que la tradition lui attribue, mais justement parce qu’elle oblige à revisiter cette tradition avec rigueur, humilité et exigence. La feuille de Rubus idaeus reste très valorisée, y compris dans certains milieux de sages-femmes ou dans les réseaux de soin alternatifs, en particulier autour de la grossesse et de la fin de gestation. Or, lorsque l’on reprend les données de façon sérieuse, on voit que cet usage n’est pas réellement confirmé par des preuves solides d’efficacité, et qu’il ne bénéficie pas non plus d’une reconnaissance claire de sécurité d’emploi dans ce contexte.
Cela ne signifie pas que nous soyons face à une plante inquiétante ou manifestement dangereuse. Ce n’est pas cela que montrent les données. En revanche, cela signifie qu’on ne peut pas continuer à présenter comme acquis ce qui ne l’est pas. Le framboisier rappelle ainsi une distinction essentielle : il existe des plantes qui accompagnent, qui rassurent, qui s’inscrivent dans un geste de soin, d’attention, de présence, parfois même d’affection, mais cela ne suffit pas à en faire des outils physiologiquement démontrés. Le soulagement perçu, le cadre relationnel, la valeur symbolique du remède et la qualité du geste thérapeutique ont leur place, mais ils ne doivent pas être confondus avec une action pharmacologique clairement établie.
Pour moi, le framboisier représente donc très bien l’enjeu actuel de nos pratiques : ne pas figer nos usages sur des traditions répétées sans réévaluation, mais les confronter sans cesse à l’état réel des connaissances. C’est à cette condition que nos approches peuvent évoluer vers plus de justesse, plus de crédibilité et, surtout, vers des choix thérapeutiques mieux fondés.
Reconnaissances officielles
EMA / HMPC
Une monographie européenne est disponible pour Rubi idaei folium. Elle retient trois usages traditionnels : les spasmes mineurs associés aux règles, les inflammations légères de la bouche ou de la gorge et les diarrhées bénignes.
ESCOP
Aucune monographie ESCOP de Rubus idaeus n’a été identifiée dans le catalogue actuellement accessible en ligne.
Commission E
Aucune monographie Commission E approuvée n’a été retrouvée pour la feuille de Rubus idaeus.
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