
Monographie de la myrtille
Nom scientifique
Vaccinium myrtillus L.
Famille botanique
Ericaceae
Autres noms communs
Myrtille, myrtille noire, brimbelle dans les Vosges, airelle noire, airelle myrtille, raisin des bois, raisin de bruyère, bluet, European bilberry.
Le terme « bleuet » peut prêter à confusion avec les bleuets nord-américains cultivés, notamment Vaccinium corymbosum. Dans cette monographie, le terme myrtille désigne uniquement Vaccinium myrtillus L.
Habitat et répartition
La myrtille est un sous-arbrisseau acidophile des forêts montagnardes et boréales d’Europe et d’Asie tempérée froide. Elle affectionne les sols acides, frais, pauvres en calcaire, souvent dans les hêtraies-sapinières, les pessières, les landes, les tourbières acides et les sous-bois clairs.
En Suisse et en France, elle est commune dans de nombreuses régions montagnardes : Jura, Alpes, Vosges, Massif central, Ardennes. Elle forme souvent des tapis denses, parfois étendus, de l’étage collinéen jusqu’à la limite supérieure de la forêt, selon les conditions écologiques locales.
Parties utilisées
Les fruits mûrs de Vaccinium myrtillus L. sont utilisés frais ou séchés. Les fruits frais correspondent à Myrtilli fructus recens, les fruits secs à Myrtilli fructus siccus.
Les fruits secs sont employés comme drogue végétale dans les préparations traditionnelles destinées à l’usage interne ou local oromucosal.
Les fruits frais servent de base à certains extraits anthocyaniques standardisés utilisés en phytothérapie.
Les feuilles, désignées sous le nom de Myrtilli folium, relèvent d’un usage traditionnel ancien, notamment comme « plante du diabète ». Cet usage doit être nettement distingué des usages validés des fruits, car les données modernes ne permettent pas de confirmer un effet antidiabétique clinique robuste chez l’humain. Les feuilles doivent donc être considérées comme une partie de plante d’intérêt surtout historique, pharmacologique et préclinique, mais non comme un remède antidiabétique établi.
Notes botaniques
La myrtille est un sous-arbrisseau de 15 à 50 cm, très ramifié, à tiges vertes nettement anguleuses. Les feuilles sont caduques, ovales, finement dentées, vert clair, généralement longues de 1 à 3 cm. Les fleurs sont solitaires, pendantes, en forme de petit grelot, de couleur verdâtre à rosée. Les fruits sont des baies sphériques de 5 à 8 mm, bleu-noir, recouvertes d’une pruine violacée. Leur chair est violette, très pigmentée, et contient de nombreuses petites graines.
Plusieurs espèces proches peuvent prêter à confusion sur le terrain. Vaccinium uliginosum L., l’airelle des marais, présente des feuilles plus entières, souvent bleutées au revers, et des baies bleu pâle à chair claire. Vaccinium vitis-idaea L., l’airelle rouge, porte des baies rouges et des feuilles persistantes. Vaccinium corymbosum L., le bleuet américain ou myrtille cultivée, donne des baies plus grosses, à chair généralement claire. La véritable myrtille, Vaccinium myrtillus, se reconnaît notamment à ses tiges anguleuses et à sa chair violette, qui tache fortement les doigts, la langue et parfois les selles après consommation importante.
Histoire et traditions
La myrtille occupe une place ancienne dans les usages alimentaires européens, mais son identification dans les sources antiques doit être abordée avec prudence. Certaines affirmations modernes attribuent à Pline l’Ancien une mention directe de la myrtille ; cette attribution n’est pas suffisamment fiable, car les termes botaniques anciens ne correspondent pas toujours aux espèces définies par la botanique moderne. Il est donc préférable de ne pas utiliser Pline comme source directe pour Vaccinium myrtillus sans validation philologique et botanique solide.
Au Moyen Âge, certaines traditions savantes attribuent à la myrtille des usages médicinaux, notamment autour des flux sanguins et des menstruations. Ces mentions historiques doivent toutefois être replacées dans leur contexte et ne peuvent pas être utilisées comme preuve pharmacologique moderne.
Dans les pharmacopées populaires européennes, la myrtille occupe une double place d’aliment et de remède. Les fruits frais sont consommés crus ou transformés en confitures, sirops ou préparations fermentées. Les fruits secs sont traditionnellement utilisés en décoction contre les diarrhées non spécifiques et, en usage local, dans les inflammations bénignes de la bouche et du pharynx. Ces usages sont bien représentés dans les traditions germaniques et nordiques, puis repris dans plusieurs pharmacopées européennes.
Les feuilles ont connu une histoire différente. Elles ont été intégrées au répertoire des plantes dites « antidiabétiques » à partir de la fin du XIXe siècle et du début du XXe siècle. La notion de « myrtilline », présentée comme principe hypoglycémiant végétal, s’est progressivement imposée dans certains textes de phytothérapie. Les relectures historiques modernes montrent toutefois que les petites séries cliniques ouvertes et les expérimentations animales anciennes ont donné des résultats contradictoires et globalement peu convaincants. Helmstädter et Schuster (2010) concluent que les données historiques ne permettent pas de confirmer solidement un effet antidiabétique des feuilles de myrtille.
Cette relecture est confirmée par les synthèses pharmacologiques modernes. La revue systématique de Ștefănescu et al. (2023) montre que les feuilles présentent un potentiel préclinique réel, notamment par inhibition d’enzymes digestives et modulation du stress oxydatif, mais sans preuve clinique robuste d’un effet antidiabétique chez l’humain.
Au XXe siècle, l’isolement et la standardisation des anthocyanosides de myrtille ont renouvelé l’intérêt scientifique pour la plante. Des extraits titrés ont été développés, notamment en Europe, pour des indications vasculaires et oculaires : fragilité capillaire, insuffisance veineuse, troubles de la microcirculation, rétinopathies, asthénopie et confort visuel. Ces usages reposent sur un ensemble de données précliniques et cliniques de qualité variable, réévaluées de manière critique dans les revues modernes (Ulbricht et al., 2009 ; Vaneková & Rollinger, 2022).
Dans l’alimentation contemporaine, la myrtille est devenue un fruit emblématique des régions de montagne et un représentant majeur des baies riches en anthocyanes. Sa densité en polyphénols explique l’intérêt croissant pour ses effets antioxydants, vasculaires, métaboliques et neuroprotecteurs. Toutefois, ce potentiel doit être distingué des indications thérapeutiques validées : la myrtille est d’abord un fruit médicinal traditionnel et un aliment fonctionnel, non un traitement spécifique des maladies métaboliques, oculaires ou cardiovasculaires.
Principes actifs connus
Fruits
Les fruits de Vaccinium myrtillus présentent une matrice polyphénolique complexe, dominée par les anthocyanosides, qui constituent les marqueurs les plus caractéristiques de la plante. Les synthèses de Pires et al. (2020) et de Vaneková & Rollinger (2022) servent ici de base principale.
Les anthocyanosides, ou anthocyanines glycosylées, sont les principaux constituants caractéristiques des fruits. Ils sont plus concentrés dans la peau et la pulpe, et expliquent la coloration bleu-noir externe ainsi que la chair violette très pigmentée. Une étude récente menée sur des populations sauvages du Monténégro rapporte un contenu total en anthocyanes d’environ 236 à 656 mg/100 g de fruits frais, soit environ 0,24 à 0,65 % du poids frais, avec une variabilité importante liée au génotype, à l’altitude et à l’irradiation UV. Le profil est dominé par les glycosides de delphinidine, suivis de ceux de cyanidine, puis de malvidine, péonidine et pétunidine, sous forme de 3-glucosides, 3-galactosides et 3-arabinosides (Mujanović et al., 2024).
Les fruits contiennent également des proanthocyanidines, ou tanins condensés, formés d’oligomères et de polymères de catéchine et d’épicatéchine. Ces constituants contribuent aux propriétés astringentes des fruits secs et à certaines activités anti-adhésion bactérienne observées in vitro. Les flavonols comprennent notamment la quercétine, la myricétine et le kaempférol, principalement sous forme glycosylée, comme l’hyperoside ou la quercétine-3-O-galactoside. Les acides phénoliques comprennent notamment l’acide chlorogénique et d’autres acides hydroxycinnamiques : acide caféique, acide férulique, acide p-coumarique et acide quinique, avec des teneurs variables selon l’origine géographique, l’altitude et les conditions environnementales des populations sauvages.
Les autres constituants comprennent des tanins hydrolysables, des pectines, des sucres à hauteur d’environ 5 à 7 %, principalement fructose, glucose et oligosaccharides, des acides organiques comme l’acide citrique et l’acide malique, des vitamines, notamment vitamine C et vitamines du groupe B, des caroténoïdes en faible quantité, ainsi que des minéraux, en particulier manganèse et potassium, et à des teneurs moindres magnésium et calcium. Des traces de trans-resvératrol ont également été mises en évidence dans certaines séries analytiques menées sur des baies de myrtille, confirmant la présence sporadique de ce stilbénoïde dans les fruits (Stanoeva et al., 2017).
Feuilles
La composition des feuilles de Vaccinium myrtillus diffère nettement de celle des fruits. La revue systématique de Ștefănescu et al. (2023) constitue ici la principale synthèse de référence.
Les flavonoïdes sont les constituants dominants des feuilles. L’hyperoside est généralement considéré comme l’un des principaux marqueurs. On retrouve aussi la quercétine-3-O-rutinoside, l’isoquercitrine et différents glycosides du kaempférol. L’acide chlorogénique est également l’un des constituants majeurs, accompagné de dérivés féruloylquiniques, de dérivés p-coumariques et de traces d’acide caféique.
Les feuilles contiennent des tanins condensés, notamment des procyanidines dimères et trimères, ainsi que des tanins hydrolysables. Plusieurs études confirment des teneurs significatives en tanins, ce qui peut contribuer à l’astringence et aux effets biologiques observés en laboratoire. D’autres constituants sont décrits : triterpènes, notamment acides oléanolique et ursolique, phytostérols, acides gras et petite fraction de composés volatils, parmi lesquels le 1,8-cinéole, l’α-pinène et le linalol.
La présence d’arbutine dans les feuilles de myrtille a longtemps été discutée. Plusieurs études analytiques modernes par HPLC n’ont pas détecté d’arbutine ni d’hydroquinone dans les feuilles de Vaccinium myrtillus (Sticher et al., 1979 ; Rychlińska & Nowak, 2012 ; Ieri et al., 2013 ; Hokkanen et al., 2009 ; Ștefănescu et al., 2020, résumé par Vaneková & Rollinger, 2022). Deux travaux plus anciens ont rapporté la présence d’arbutine, mais les revues modernes soulignent des limites méthodologiques ou des incertitudes d’authentification botanique. Une étude plus récente a détecté de faibles quantités d’arbutine dans un extrait aqueux de feuilles, mais non dans l’extrait hydroéthanolique, ce qui suggère une présence possible, minoritaire, variable et dépendante du solvant d’extraction (Bljajić et al., 2017).
En l’état actuel des données, l’arbutine ne peut pas être considérée comme un constituant majeur, constant ou caractéristique de Myrtilli folium. Il ne faut donc pas assimiler les feuilles de myrtille aux drogues végétales classiques riches en arbutine, comme la busserole.
Propriétés pharmacologiques majeures
Sphère antioxydante et modulation du stress oxydatif
- Propriété avérée (in vitro, systèmes chimiques d’évaluation antioxydante et modèles précliniques in vivo) : dans des modèles cellulaires, des extraits de fruits de Vaccinium myrtillus riches en anthocyanes, ainsi que certaines fractions phénoliques, réduisent la production d’espèces réactives de l’oxygène, les dommages oxydatifs à l’ADN et modulent le glutathion intracellulaire. Dans l’étude de Juadjur et al. (2015), l’extrait complet et la fraction enrichie en acides phénolcarboxyliques se montrent plus actifs que la fraction anthocyanique isolée. Ces résultats soutiennent l’idée d’un effet synergique de la matrice polyphénolique complète, et non d’une action exclusivement portée par les anthocyanes.
- Propriété avérée (in vitro, systèmes antiradicalaires) : des travaux menés sur des extraits de myrtille séchée montrent que les fractions enrichies en flavonoïdes et en acides phénoliques présentent une forte activité antiradicalaire, notamment dans les tests DPPH et sur les radicaux hydroxyles. Ces données confirment que les flavonoïdes, dont la quercétine et ses dérivés, ainsi que les acides phénoliques, contribuent de manière importante au profil antioxydant global des fruits (Tumbas Šaponjac et al., 2015).
- Propriété avérée (préclinique in vivo) : dans plusieurs modèles animaux d’agression oxydative, notamment des modèles d’atteinte hépatique, de stéatohépatite, de NASH expérimentale ou d’agression par le tétrachlorure de carbone, des extraits de myrtille réduisent la peroxydation lipidique, améliorent l’activité de systèmes antioxydants endogènes comme la superoxyde dismutase, la catalase et la glutathion peroxydase, et atténuent certaines lésions tissulaires, en particulier au niveau hépatique (Popović et al., 2016).
Ces données restent précliniques. Elles soutiennent un effet antioxydant biologique cohérent, mais ne suffisent pas à définir une indication clinique hépatoprotectrice ou cardiovasculaire chez l’humain.
- Données intégratives : une revue ciblée des études précliniques et cliniques publiées entre 2007 et 2022 indique que différentes préparations de myrtille — fruits frais ou congelés, jus, poudres, extraits anthocyaniques — peuvent réduire plusieurs marqueurs de l’inflammation systémique dans la majorité des études analysées. Les marqueurs concernés incluent notamment TNF-α, IL-6, IL-1β, hsCRP et certaines molécules d’adhésion. Les mécanismes proposés reposent principalement sur la modulation des voies NF-κB, MAPK et JAK/STAT (Sharma & Lee, 2022). Les auteurs soulignent toutefois plusieurs limites : petits effectifs, durées d’intervention courtes, hétérogénéité des formes utilisées et absence de standardisation entre les études.
En pratique, les fruits de myrtille peuvent être considérés comme un aliment à haute densité polyphénolique, dont les effets antioxydants sont bien documentés in vitro et dans plusieurs modèles animaux. Chez l’humain, les signaux cliniques restent cohérents mais encore limités. Ce socle antioxydant, associé à une modulation de l’inflammation de bas grade, constitue probablement l’un des mécanismes transversaux impliqués dans les effets observés sur les sphères veineuse, oculaire, métabolique et digestive.
Sphère veineuse et microcirculatoire
- Propriété avérée (préclinique in vivo, avec appui de petites études cliniques anciennes ; niveau de preuve clinique faible à modéré) : les extraits standardisés en anthocyanosides de myrtille présentent un effet vasoprotecteur sur la microcirculation. Dans des modèles animaux, notamment chez le rat et le lapin, les anthocyanosides de Vaccinium myrtillus réduisent l’hyperperméabilité capillaire induite expérimentalement et diminuent la formation d’œdème, avec un effet capillaroprotecteur et anti-œdémateux au niveau des capillaires cutanés et de la paroi vasculaire (Lietti et al., 1976 ; Mian et al., 1977).
Chez le rat hypertendu, un traitement oral par anthocyanosides pendant 12 jours maintient une perméabilité presque normale de la barrière hémato-encéphalique et limite l’augmentation de la perméabilité vasculaire dans la peau et l’aorte. Ces résultats suggèrent un effet protecteur sur la microcirculation dans un contexte de stress hémodynamique expérimental (Detre et al., 1986, cité dans les synthèses EMA/HMPC et Ulbricht et al., 2009).
- Propriété avérée (in vitro) : des travaux montrent que des extraits anthocyaniques de myrtille peuvent inhiber l’agrégation plaquettaire et moduler certains paramètres de la fonction microvasculaire. Ces données soutiennent l’hypothèse d’un potentiel antithrombotique léger et d’une action sur le tonus vasculaire. Elles restent cependant expérimentales et ne doivent pas être extrapolées à une indication anticoagulante ou antithrombotique chez l’humain (Bottecchia et al., 1987, résumé dans Upton, 2001 ; Ulbricht et al., 2009).
- Propriété avérée (essais cliniques anciens, niveau de preuve faible) : plusieurs petits essais, principalement italiens, ont évalué des extraits d’anthocyanosides de myrtille chez des patients présentant une insuffisance veineuse chronique, des phlébopathies de stase ou une fragilité capillaire accrue. Les doses utilisées se situent globalement entre 80 et 480 mg par jour d’extrait standardisé, soit environ 20 à 120 mg par jour d’anthocyanidines, sur quelques semaines. Ces études rapportent une diminution des œdèmes et de la sensation de lourdeur, une réduction des crampes et une amélioration de certains paramètres de microcirculation, notamment des tests de fragilité capillaire et des évaluations instrumentales (Ghiringhelli et al., 1978 ; Gatta, 1988 ; Grismondi, 1981, cités par Morazzoni & Bombardelli, 1996 ; Ulbricht et al., 2009). Ces essais restent toutefois de petite taille, avec un insu souvent incomplet et une méthodologie statistique limitée.
Les synthèses de Morazzoni & Bombardelli (1996), d’Ulbricht et al. (2009) et le rapport d’évaluation de l’EMA/HMPC concluent à un signal d’efficacité compatible avec un effet veinotonique et capillaroprotecteur modéré. Ce signal reste cependant insuffisant pour établir des recommandations thérapeutiques fortes. La revue critique de Vaneková & Rollinger (2022) confirme que, pour les troubles circulatoires mineurs, l’insuffisance veineuse et la microcirculation, le corpus clinique disponible repose surtout sur des études anciennes, de petite taille et méthodologiquement hétérogènes.
Sphère oculaire
- Propriété avérée (rétinopathies diabétiques ou hypertensives, essais anciens, niveau de preuve faible à modéré) : d’après la revue systématique d’Ulbricht et al. (2009), un extrait standardisé d’anthocyanosides de Vaccinium myrtillus a montré, dans un petit essai en double insu contre placebo chez des patients atteints de rétinopathie diabétique et/ou hypertensive, une amélioration de paramètres ophtalmoscopiques, notamment microanévrismes, hémorragies ponctiformes et exsudats, ainsi que de certains signes angiographiques. Ces données restent anciennes, de faible puissance et méthodologiquement limitées ; elles ne permettent pas d’établir un effet clinique robuste ni de recommander la myrtille comme traitement des rétinopathies.
- Propriété avérée (asténopie fonctionnelle, essais cliniques récents, niveau de preuve modéré) : dans un essai mené chez des travailleurs sur écran, une supplémentation de 480 mg/j d’extrait de myrtille pendant 8 semaines améliore significativement la fusion critique du scintillement et plusieurs scores de fatigue oculaire subjective par rapport au placebo (Ozawa et al., 2015). Dans un essai contrôlé randomisé en double insu, un extrait standardisé de myrtille à 240 mg/j pendant 12 semaines améliore la microfluctuation accommodative et réduit la fatigue visuelle fonctionnelle (Kosehira et al., 2020). Ces résultats soutiennent un effet modeste mais cohérent sur l’asténopie liée aux écrans et le confort visuel.
- Signal expérimental et clinique exploratoire (sécheresse oculaire, niveau de preuve faible) : Riva et al. (2017) associent une phase expérimentale de biodisponibilité chez le rat et une phase clinique randomisée en double insu contre placebo chez des sujets présentant des symptômes de sécheresse oculaire. La phase expérimentale suggère une biodisponibilité plasmatique plus élevée des anthocyanosides avec Mirtoselect® qu’avec un extrait anthocyanique purifié. Dans la phase clinique, 22 sujets ont été inclus et 21 ont terminé l’étude, avec 11 sujets dans le groupe Mirtoselect® et 10 dans le groupe placebo. Après 4 semaines, le groupe Mirtoselect® présente une amélioration significative du test de Schirmer et du potentiel antioxydant plasmatique. Ces résultats suggèrent un intérêt possible dans la sécheresse oculaire fonctionnelle, mais restent exploratoires en raison du faible effectif.
En résumé, les travaux cliniques et expérimentaux suggèrent un effet modeste mais reproductible des extraits standardisés de myrtille sur l’asténopie liée aux écrans, le confort visuel et certains paramètres de sécheresse oculaire. Les doses utilisées dans les essais récents se situent notamment à 240 mg/j pendant 12 semaines et 480 mg/j pendant 8 semaines pour la fatigue visuelle, avec un essai clinique de 4 semaines pour Mirtoselect® dans la sécheresse oculaire. Ces données concernent des extraits standardisés et ne doivent pas être extrapolées à la simple consommation de fruits.
- Vision nocturne : la revue systématique de Canter & Ernst (2004) portant sur les essais contrôlés disponibles conclut à l’absence d’amélioration significative de la vision nocturne avec les anthocyanosides de myrtille. Les essais les plus rigoureux inclus sont négatifs, tandis que les études anciennes favorables présentent de nombreuses limites méthodologiques. La myrtille ne doit donc pas être présentée comme une plante validée pour améliorer la vision nocturne.
Sphère métabolique et cardiovasculaire
- Signal clinique exploratoire (marqueurs inflammatoires, niveau de preuve faible) : plusieurs essais cliniques de petite taille suggèrent que les fruits, jus ou poudres de myrtille peuvent moduler certains marqueurs de l’inflammation de bas grade chez des sujets présentant des facteurs de risque cardio-métabolique. Dans un essai randomisé contrôlé, la consommation de jus de myrtille pendant 4 semaines a diminué plusieurs marqueurs pro-inflammatoires, notamment CRP, IL-6, IL-15 et MIG, avec toutefois une élévation concomitante de TNF-α et sans modification nette des marqueurs de stress oxydatif ni des paramètres cliniques (Karlsen et al., 2010). Chez des sujets présentant des traits de syndrome métabolique, un régime enrichi en myrtilles fraîches, à raison d’environ 400 g/j pendant 8 semaines, a diminué plusieurs marqueurs d’inflammation de bas grade, notamment hsCRP, IL-6, IL-12 et LPS (Kolehmainen et al., 2012). Ces résultats restent hétérogènes et ne permettent pas de conclure à un effet cardioprotecteur établi.
- Signal clinique exploratoire (profil lipidique et glycémie, niveau de preuve faible) : certaines études rapportent une amélioration modeste du cholestérol total, du LDL-C, des triglycérides, du HDL-C ou de la glycémie à jeun après consommation régulière de myrtilles. Chez des adultes présentant des facteurs de risque cardiovasculaire, la consommation de myrtilles congelées à raison de 150 g, 3 fois par semaine pendant 6 semaines, a été associée à une baisse modeste mais significative du cholestérol total, du LDL-C et des triglycérides, avec hausse du HDL-C et diminution de la glycémie à jeun (Habanova et al., 2016). Ces résultats doivent être interprétés comme des effets nutritionnels possibles, dans un cadre alimentaire global, et non comme une action hypolipémiante ou hypoglycémiante thérapeutique.
- Signal clinique exploratoire (post-infarctus, essai ouvert, niveau de preuve faible) : après infarctus du myocarde, une supplémentation en poudre de myrtilles à la dose de 40 g/j pendant 8 semaines, soit l’équivalent d’environ 480 g de fruits frais, a été associée à une amélioration de la distance au test de marche de 6 minutes et à une diminution des LDL oxydés, sans effet net sur le cholestérol total (Arevström et al., 2019). Le caractère ouvert de l’essai et le faible volume de données ne permettent pas d’en faire une recommandation spécifique en réadaptation cardiovasculaire.
- Propriété avérée (préclinique in vivo, syndrome métabolique expérimental) : dans un modèle murin d’obésité induite par régime hypergras, un régime supplémenté à 20 % de poudre de myrtille séchée a limité certaines altérations métaboliques et inflammatoires, notamment l’élévation de l’ALT, de la cholestérolémie, de la glycémie et de plusieurs marqueurs inflammatoires systémiques ou hépatiques (Pemmari et al., 2022). Ces données suggèrent un potentiel métabolique expérimental, mais ne peuvent pas être directement extrapolées à la prise en charge humaine du syndrome métabolique.
- Propriété avérée (préclinique, stéatose hépatique et NASH expérimentale) : dans des modèles cellulaires et murins de stéatose hépatique ou de NASH, des extraits de fruits de Vaccinium myrtillus réduisent l’accumulation lipidique, améliorent certains paramètres antioxydants et atténuent des lésions hépatiques expérimentales (Haga et al., 2019). Ces résultats restent précliniques et ne permettent pas de retenir une indication dans la stéatose métabolique ou la NASH chez l’humain.
- Donnée de synthèse (méta-analyse clinique récente) : une méta-analyse de 11 essais contrôlés randomisés, incluant 409 participants, n’a pas mis en évidence d’amélioration significative de la glycémie à jeun, du cholestérol total, des triglycérides, du HDL-C, de la tension artérielle, du poids corporel ni des principaux marqueurs inflammatoires ou oxydatifs. Quelques signaux exploratoires sont rapportés sur l’HbA1c ou les triglycérides dans certaines sous-analyses, mais ils restent insuffisants pour définir une indication cardio-métabolique formelle (Talebi et al., 2025).
Dans l’ensemble, la myrtille peut être considérée comme un aliment polyphénolique intéressant dans une stratégie nutritionnelle globale, notamment en contexte de terrain cardio-métabolique débutant. Les quantités utilisées dans certains essais sont toutefois élevées, parfois éloignées d’un usage alimentaire courant. Les données actuelles ne permettent donc pas de lui attribuer une indication thérapeutique cardio-métabolique spécifique.
Sphère métabolique glucidique et diabète
- Feuilles, usage traditionnel et données précliniques : un extrait hydroéthanolique de feuilles de Vaccinium myrtillus inhibe fortement l’α-glucosidase in vitro, avec une puissance proche de celle de l’acarbose dans ce modèle expérimental. Ce résultat suggère un mécanisme potentiel de modulation de l’absorption glucidique au niveau intestinal (Bljajić et al., 2017 ; Ștefănescu et al., 2022). Il reste cependant limité à des données in vitro. Il ne permet pas de conclure à un effet antidiabétique clinique chez l’humain, ni de recommander les feuilles de myrtille comme traitement du diabète.
Un des arguments parfois avancés pour expliquer l’usage traditionnel antidiabétique des feuilles de myrtille était leur supposée richesse en chrome trivalent. Les données analytiques récentes ne confirment pas cette hypothèse. L’étude de Bljajić et al. (2017), utilisant une analyse multiélémentaire par TXRF, n’a pas détecté de chrome dans les feuilles examinées. Le chrome ne peut donc pas être retenu comme explication solide d’un éventuel effet hypoglycémiant de Myrtilli folium.
- Fruits, extraits anthocyaniques standardisés : deux petits essais cliniques exploratoires utilisant un extrait de myrtille standardisé à 36 % d’anthocyanes ont montré une réduction modeste de la réponse glycémique postprandiale après une charge orale en glucides. Dans l’étude de Hoggard et al. (2013), une dose unique de 0,47 g d’extrait, administrée à 8 hommes atteints de diabète de type 2, a diminué l’élévation de la glycémie et de l’insulinémie après une charge orale en glucides. Dans l’étude d’Alnajjar et al. (2020), une supplémentation de 0,47 g d’extrait trois fois par jour pendant 3 semaines, chez 16 adultes en surpoids dont certains diabétiques de type 2, a réduit d’environ 20 % la montée de la glycémie postprandiale, sans modification significative de la réponse insulinique.
Ces études demeurent exploratoires : effectifs faibles, durée courte, absence de données robustes sur l’HbA1c, la progression du diabète ou les complications métaboliques. Les revues critiques d’Ulbricht et al. (2009), de Ștefănescu et al. (2022) et de Vaneková & Rollinger (2022) convergent pour conclure que les données cliniques sont insuffisantes et hétérogènes. Ni les fruits ni les feuilles de Vaccinium myrtillus ne peuvent donc être classés parmi les antidiabétiques au sens moderne.
Sphère gastro-intestinale
- Propriété avérée (usage traditionnel reconnu, avec support pharmacologique) : les fruits secs de Vaccinium myrtillus, riches en tanins et en pectines, exercent un effet astringent au niveau intestinal. Cet effet contribue à expliquer leur usage traditionnel dans les diarrhées aiguës non spécifiques. L’EMA/HMPC, l’ESCOP et la Commission E reconnaissent l’usage des fruits secs dans le traitement symptomatique des diarrhées légères ou non spécifiques aiguës. Les données cliniques modernes restent limitées, reposant surtout sur l’expérience d’usage prolongée et sur la cohérence pharmacologique des tanins.
Sphère bucco-pharyngée
- Propriété avérée (usage traditionnel reconnu) : les fruits secs peuvent être utilisés en décoction concentrée, sous forme de bains de bouche ou de gargarismes, dans les inflammations bénignes de la muqueuse buccale et pharyngée. Cet usage repose sur l’effet astringent des tanins et sur la reconnaissance traditionnelle par les monographies officielles.
- Données cliniques exploratoires (gingivite) : dans un essai contrôlé chez des adultes présentant une gingivite, la consommation de 500 g/j de myrtilles fraîches pendant 7 jours a réduit le saignement au sondage dans des proportions comparables à un débridement professionnel, et diminué significativement plusieurs cytokines pro-inflammatoires dans le fluide creviculaire gingival, notamment IL-1β, IL-6 et VEGF (Widén et al., 2015). Ces résultats sont intéressants, mais ils reposent sur une consommation élevée de fruits frais sur une courte durée. Ils ne définissent pas un protocole thérapeutique de la gingivite et doivent rester distincts de l’usage traditionnel reconnu des fruits secs en bains de bouche ou gargarismes pour les inflammations bénignes de la muqueuse buccale et pharyngée.
Sphère anti-infectieuse et antimicrobienne
- Propriété avérée (in vitro) : un extrait méthanolique de fruits de Vaccinium myrtillus montre une activité antibactérienne modérée in vitro contre plusieurs bactéries Gram positif, notamment Staphylococcus epidermidis, Staphylococcus aureus et Streptococcus pyogenes, ainsi que contre certaines bactéries Gram négatif, comme Proteus mirabilis (Miljković et al., 2018). Cet effet est attribué à la matrice polyphénolique des fruits, en particulier aux tanins et aux acides phénoliques. Ces données restent strictement in vitro et ne permettent pas de retenir une indication anti-infectieuse clinique.
Sphère dermatologique et vieillissement cutané
- Données cliniques exploratoires (vieillissement cutané, nutricosmétique) : un essai randomisé en double insu contre placebo, mené chez 66 adultes présentant des rides péri-orbitaires modérées, a évalué un extrait fermenté spécifique de Vaccinium myrtillus administré pendant 84 jours. Par rapport au placebo, la supplémentation a entraîné une réduction modeste mais statistiquement significative de la profondeur des rides, d’environ 10 %, une amélioration de la fermeté et de l’élasticité cutanées, une augmentation d’environ 20 % de la capacité antioxydante de la peau et une homogénéisation du teint (Nobile et al., 2024). Ces données concernent un extrait fermenté spécifique, dans un champ nutricosmétique, et ne peuvent pas être généralisées aux fruits frais, aux fruits secs, aux tisanes, aux jus ou aux extraits anthocyaniques classiques de myrtille.
Sphère oncologique et antiproliférative
- Propriété avérée (in vitro, extraits de fruits, niveau de preuve expérimental) : des fractions phénoliques de myrtille, notamment des dérivés flavonoïdiques et des acides phénoliques, inhibent la prolifération de plusieurs lignées tumorales humaines in vitro, dont HeLa, MCF-7 et HT-29, avec des IC₅₀ de l’ordre de 125 à 300 µg/mL. Les fractions riches en flavonoïdes et en acides phénoliques sont les plus actives, ce qui suggère un rôle particulier de ces composés au-delà des seules anthocyanes isolées (Tumbas Šaponjac et al., 2015). Ces résultats démontrent une activité antiproliférative dans des modèles cellulaires, mais ne permettent aucune conclusion thérapeutique chez l’humain.
- Propriété avérée (in vitro, extraits expérimentaux de résidus de pressurage) : des extraits aqueux de résidus de pressurage de myrtille, riches en polyphénols — anthocyanes, flavonols et acides cinnamiques — exercent un effet antiprolifératif in vitro sur trois lignées de cancer colorectal humain : Caco-2, HT-29 et HCT-116. Les extraits obtenus à haute température, environ 80 à 100 °C, présentent la plus forte teneur en polyphénols et la plus forte inhibition de prolifération, avec une corrélation entre concentration phénolique et effet antiprolifératif (Aaby et al., 2013). Ces données concernent des extraits expérimentaux de résidus de pressurage et des lignées cellulaires ; elles ne peuvent pas être transposées à la consommation de myrtilles ni à un usage thérapeutique en oncologie.
- Données expérimentales mécanistiques : ces résultats s’intègrent dans un ensemble plus large de données montrant que les extraits de myrtille riches en polyphénols peuvent réduire la viabilité ou la prolifération de lignées tumorales digestives in vitro, via des mécanismes associant stress oxydatif contrôlé, modulation de voies de signalisation et induction d’apoptose (Vaneková & Rollinger, 2022). Ces mécanismes restent expérimentaux et ne doivent pas être interprétés comme une preuve d’effet anticancéreux clinique.
- Propriété avérée (préclinique in vivo, carcinogenèse hépatique expérimentale) : dans un modèle de carcinogenèse hépatique, un extrait de fruits de myrtille réduit la formation de lésions prénéoplasiques hépatiques et les marqueurs de peroxydation lipidique, suggérant un effet chimio-préventif potentiel lié à la combinaison d’effets antioxydants et de modulation de la prolifération cellulaire (Hara et al., 2014). Ces données restent précliniques et ne permettent pas de conclure à un effet préventif du cancer chez l’humain.
- Propriété avérée (préclinique in vivo, xénogreffe chez le poisson-zèbre) : un extrait de myrtille diminue la viabilité, la prolifération, la migration et l’invasion de cellules de carcinome épidermoïde oral dans un modèle in vivo de xénogreffe chez le poisson-zèbre, ce qui renforce l’hypothèse d’un potentiel antiprolifératif en contexte tumoral expérimental (Mauramo et al., 2021). Cette donnée reste strictement préclinique et ne permet pas de retenir une application thérapeutique en cancérologie humaine.
- Données cliniques très limitées : un petit essai pilote non contrôlé mené chez des patients atteints de cancer colorectal a évalué un extrait de fruits de myrtille riche en anthocyanes, Mirtocyan®, administré pendant 7 jours avant la chirurgie. L’étude observe une diminution modeste de l’indice de prolifération tumorale Ki-67 et une augmentation de l’apoptose dans les biopsies tumorales, sans données sur la survie ni sur des critères cliniques durs (Thomasset et al., 2009). À ce jour, aucune étude clinique de plus grande ampleur n’a montré d’effet significatif de Vaccinium myrtillus sur l’évolution ou le pronostic des cancers, quelle qu’en soit la localisation (Vaneková & Rollinger, 2022). La myrtille ne peut donc en aucun cas être présentée comme un traitement anticancéreux.
Indications médicinales retenues
Fruits secs de myrtille, usage interne
- Diarrhées aiguës non spécifiques bénignes
- Traitement symptomatique de courte durée des diarrhées légères
Ces indications correspondent à l’usage traditionnel reconnu pour Myrtilli fructus siccus par l’EMA/HMPC, l’ESCOP et la Commission E.
Les fruits secs sont utilisés en décoction ou macération, en complément des mesures de réhydratation et d’une alimentation adaptée. L’usage doit rester court. Un avis médical est nécessaire en cas de fièvre, sang dans les selles, douleurs importantes, signes de déshydratation, diarrhée persistante ou terrain fragile.
Fruits secs de myrtille, usage local oromucosal
- Inflammations bénignes de la muqueuse buccale
- Irritations légères de la gorge et du pharynx
- Stomatites ou pharyngites bénignes en accompagnement local
Ces indications correspondent également au cadre traditionnel reconnu pour Myrtilli fructus siccus, utilisé sous forme de décoction concentrée en bains de bouche ou gargarismes.
Cet usage ne doit pas retarder une consultation en cas de douleur importante, fièvre, lésions persistantes, difficultés à avaler, ulcérations étendues ou suspicion d’infection nécessitant un traitement spécifique.
Extraits anthocyaniques standardisés issus du fruit frais
- Troubles circulatoires veineux mineurs
• Sensation de gêne ou de lourdeur des jambes
• Fragilité capillaire cutanée superficielle, notamment tendance aux ecchymoses
• Asténopie fonctionnelle et inconfort oculaire léger liés à l’effort visuel prolongé
Les usages veineux et capillaires s’appuient sur la reconnaissance traditionnelle de Myrtilli fructus recens sous forme de préparations anthocyaniques standardisées. Ils ne doivent pas être confondus avec la simple consommation alimentaire de myrtilles fraîches. L’usage dans l’asténopie fonctionnelle repose sur des essais cliniques récents avec extraits standardisés.
Feuilles de myrtille
Aucune indication médicinale moderne ne doit être retenue pour les feuilles de myrtille.
L’usage traditionnel comme « plante du diabète » appartient à l’histoire de la phytothérapie, mais les données cliniques modernes sont insuffisantes pour confirmer un effet antidiabétique chez l’humain. Les feuilles ne doivent donc pas être proposées comme remède antidiabétique, ni comme alternative aux mesures diététiques ou aux traitements médicaux du diabète.
Indications exploratoires ou émergentes
- Terrain cardio-métabolique : intérêt nutritionnel possible des fruits dans une alimentation riche en polyphénols, sans indication thérapeutique cardio-métabolique spécifique.
- Diabète de type 2 et états prédiabétiques : signaux ponctuels sur la réponse glycémique postprandiale avec extraits standardisés, insuffisants pour classer la myrtille comme antidiabétique.
- Rétinopathies diabétiques ou hypertensives : données anciennes et limitées, sans indication clinique formelle ni posologie validée.
- Maladies inflammatoires chroniques de l’intestin : signaux préliminaires avec préparations riches en anthocyanes, sans indication de routine.
- Gingivites et parodontopathies débutantes : données cliniques ponctuelles, relevant plutôt de l’accompagnement nutritionnel que d’un protocole thérapeutique établi.
- Vieillissement cutané et nutricosmétique : données favorables avec un extrait fermenté spécifique, non généralisables aux autres formes de myrtille.
- Atteintes hépatiques métaboliques : données cellulaires et animales, sans validation clinique dans la stéatose métabolique ou la NASH.
- Oncologie : données expérimentales et pilote très limitées, sans indication de prévention ni de traitement.
- Effet anti-infectieux systémique : activité observée in vitro, sans indication clinique anti-infectieuse.
Formes galéniques et posologies
Fruits secs de myrtille, usage interne
Décoction ou macération de fruits secs pour les diarrhées aiguës non spécifiques.
Chez l’adulte, la dose journalière totale recommandée se situe entre 15 et 60 g de fruits secs, répartis en plusieurs prises.
Préparation type : environ 4 g de fruits secs fragmentés pour 150 à 250 ml d’eau. Porter à frémissement et maintenir en décoction 10 à 15 minutes, puis filtrer.
Prendre 4 à 6 tasses par jour, soit environ 16 à 24 g de fruits secs par jour, selon l’intensité des symptômes et la tolérance digestive.
Repère pratique : 1 cuillère à café rase de fruits secs correspond approximativement à 4 g de drogue végétale. Cette équivalence reste indicative.
Si un effet astringent plus marqué est recherché chez l’adulte, il est possible d’augmenter temporairement à 2 cuillères à café rases par tasse, soit environ 8 g de fruits secs, 3 à 4 fois par jour, sans dépasser 60 g par jour.
Durée : usage court. Si les symptômes persistent au-delà de 3 jours, s’aggravent ou s’accompagnent de signes d’alerte, un avis médical est nécessaire.
Fruits secs de myrtille, usage local oromucosal
Décoction concentrée pour bains de bouche ou gargarismes.
Préparation : environ 20 g de fruits secs pour 200 ml d’eau. Maintenir en décoction 10 à 15 minutes, laisser tiédir, puis filtrer soigneusement.
Repère pratique : 20 g correspondent approximativement à 5 cuillères à café rases de fruits secs, ou à environ 2 cuillères à soupe bien remplies.
Utiliser en bain de bouche ou en gargarisme, 2 à 4 fois par jour, pendant quelques jours. Ne pas avaler la préparation utilisée en gargarisme concentré.
Durée : usage court. Si les symptômes persistent au-delà d’une semaine, s’aggravent, ou s’accompagnent de fièvre, douleur importante, lésions persistantes, ulcérations étendues, difficulté à avaler ou suspicion d’infection, un avis médical est nécessaire.
Fruits frais de myrtille, usage alimentaire et traditionnel
En pratique courante, une consommation de 50 à 100 g de myrtilles par jour peut être intégrée à l’alimentation comme source de polyphénols. Les fruits peuvent être consommés frais, surgelés ou intégrés à des préparations maison.
Dans les essais cliniques portant sur les marqueurs cardio-métaboliques ou inflammatoires, les apports utilisés se situent souvent entre environ 100 et 400 g par jour, sous forme de fruits frais, congelés ou de jus. Ces doses correspondent à des protocoles d’étude et ne doivent pas être automatiquement transformées en recommandation quotidienne.
À doses élevées, les fruits frais peuvent avoir un effet légèrement laxatif chez certaines personnes. Pour l’effet antidiarrhéique, ce sont les fruits secs qui doivent être privilégiés.
Extraits anthocyaniques standardisés issus du fruit frais
Pour les troubles veineux mineurs et la fragilité capillaire, les extraits utilisés sont généralement titrés en anthocyanosides, souvent autour de 36 %, ce qui correspond approximativement à 20–25 % d’anthocyanidines selon les préparations.
La dose journalière courante est de 160 à 480 mg d’extrait standardisé par jour, soit environ 60 à 170 mg d’anthocyanosides, en 1 à 3 prises, sur une durée de 3 à 4 semaines. Une réévaluation est nécessaire ensuite, selon l’évolution clinique.
Dans le cadre EMA/HMPC pour Myrtilli fructus recens, les préparations reconnues correspondent à des extraits secs de fruit frais, avec une dose de 80 à 180 mg par prise, jusqu’à 160 à 540 mg par jour selon les préparations. La durée recommandée est de 4 semaines ; si les symptômes persistent au-delà de 2 semaines pendant l’usage du produit, un avis médical est nécessaire.
Pour l’asténopie fonctionnelle ou l’inconfort visuel léger, les doses utilisées dans les essais récents se situent généralement entre 240 et 480 mg par jour d’extrait standardisé, en 1 à 2 prises, sur 4 à 8 semaines. Toute baisse d’acuité visuelle, douleur oculaire, vision trouble ou symptôme inhabituel impose une consultation ophtalmologique.
Feuilles de myrtille
L’usage thérapeutique des feuilles n’est pas encouragé dans une pratique moderne de phytothérapie.
Les feuilles peuvent présenter un intérêt historique ou pharmacologique, mais elles ne doivent pas être proposées comme remède antidiabétique familial.
Recommandations de cueillette
Fruits
Récolter uniquement les baies parfaitement mûres, bleu-noir, à chair violette, généralement entre juillet et septembre selon l’altitude et les conditions locales. Choisir des stations non polluées, éloignées des routes, des zones traitées, des pâturages intensivement fréquentés, des sites industriels ou des sols potentiellement contaminés.
Éviter les confusions avec d’autres baies noires ou bleuâtres. La chair violette, fortement colorante, constitue un bon critère de reconnaissance de Vaccinium myrtillus, contrairement à certaines espèces proches dont la chair reste claire.
Pour un usage médicinal des fruits secs, réaliser un séchage rapide, à basse température, idéalement sous 40 °C ou au déshydrateur. Conserver ensuite les fruits à l’abri de la lumière, de l’air et de l’humidité afin de préserver au mieux les anthocyanes et de limiter les dégradations.
Feuilles
En raison de l’absence de démonstration clinique robuste d’un effet antidiabétique, des incertitudes sur la sécurité d’un usage répété et de la variabilité possible de leur composition selon les milieux, la récolte des feuilles à visée thérapeutique n’est pas encouragée.
Sécurité et précautions d’usage
Fruits de myrtille, usage alimentaire
La tolérance est très bonne aux apports alimentaires usuels.
Effets indésirables possibles : ballonnements, selles plus molles en cas de consommation importante de fruits frais, coloration foncée ou violacée des selles liée aux pigments anthocyaniques.
Contre-indication principale : hypersensibilité connue à Vaccinium myrtillus ou à d’autres Ericaceae.
Chez la femme enceinte ou allaitante, la consommation alimentaire modérée de fruits frais, surgelés ou secs est considérée comme sûre.
Chez l’enfant, la consommation alimentaire de myrtilles ne pose pas de problème particulier dans les quantités alimentaires habituelles.
Fruits secs de myrtille, usage médicinal interne
La tolérance est généralement bonne aux doses traditionnelles et sur une courte durée.
Effets indésirables possibles : constipation légère, gêne digestive ou sensation d’astringence en cas de doses élevées.
Contre-indications : diarrhée sévère, sanglante, fébrile, chronique ou associée à des signes de déshydratation. Dans ces situations, la myrtille ne doit pas retarder une prise en charge médicale.
Enfants de moins de 12 ans : usage médicinal non recommandé faute de données suffisantes selon les monographies officielles.
Grossesse et allaitement : les préparations traditionnelles à base de fruits secs, utilisées aux doses usuelles et sur une courte durée, ne présentent pas de signal particulier de toxicité. Par prudence, éviter les usages prolongés ou fortement dosés sans avis professionnel.
Durée : ne pas dépasser 3 jours d’automédication en cas de diarrhée sans amélioration. Avis médical plus précoce chez l’enfant, la personne âgée, la personne fragile ou en cas de comorbidités.
Fruits secs de myrtille, usage local bucco-pharyngé
La tolérance est généralement bonne en bains de bouche ou gargarismes de courte durée.
Effets indésirables possibles : sensation d’astringence, irritation locale chez les personnes sensibles, coloration temporaire des muqueuses ou des dents.
Précautions : ne pas avaler la préparation utilisée en gargarisme concentré. Arrêter en cas d’irritation, brûlure, réaction allergique ou aggravation des symptômes.
Avis médical nécessaire en cas de fièvre, douleur importante, lésions persistantes, ulcérations étendues, difficulté à avaler ou suspicion d’infection.
Extraits anthocyaniques standardisés
La tolérance est globalement bonne dans les essais cliniques aux doses usuelles sur quelques semaines.
Effets indésirables possibles : troubles digestifs légers, nausées, céphalées ou inconfort digestif ponctuel.
Prudence chez les personnes sous anticoagulants ou antiagrégants en cas de doses élevées ou d’association avec d’autres compléments à visée vasculaire, même si aucune interaction médicamenteuse majeure n’est clairement documentée.
Prudence chez les personnes diabétiques traitées si l’extrait est concentré ou associé à d’autres plantes pouvant moduler la glycémie. La myrtille ne doit jamais remplacer un traitement antidiabétique.
Grossesse et allaitement : éviter les cures prolongées ou fortement dosées d’extraits concentrés faute de données spécifiques suffisantes.
En cas d’usage pour le confort visuel, toute baisse d’acuité visuelle, douleur oculaire, vision trouble, éclairs lumineux, mouches volantes ou symptôme inhabituel impose une consultation ophtalmologique rapide.
Feuilles de myrtille
L’usage thérapeutique des feuilles n’est pas encouragé.
Les données modernes de sécurité sont insuffisantes pour un usage répété ou prolongé. Les feuilles ne disposent pas d’une reconnaissance positive comparable à celle des fruits dans les grandes monographies officielles, et la Commission E a émis une monographie négative pour Myrtilli folium.
Prudence renforcée en raison de l’absence de preuve clinique robuste d’efficacité antidiabétique, de la variabilité chimique des feuilles et de la possibilité d’accumulation de métaux lourds selon l’origine des sols.
Contre-indications de prudence : grossesse, allaitement, enfant, diabète traité sans suivi médical, automédication prolongée, origine botanique ou géographique non contrôlée.
Les feuilles ne doivent pas être proposées comme remède familial du diabète.
Vision personnelle
La myrtille est un bon exemple de ce que la phytothérapie fonctionnelle devrait faire aujourd’hui : distinguer ce qui relève d’un socle historique intéressant de ce qui est devenu, au fil des répétitions, presque une légende.
Le cas des feuilles, longtemps présentées comme « plante du diabète », illustre bien ce glissement : quelques observations anciennes, peu contrôlées, un concept de « myrtilline » largement reconstruit a posteriori, puis des décennies de reprises textuelles ont fini par donner à cette indication une apparence de solidité qu’elle n’a jamais réellement acquise.
Les revues modernes sur Myrtilli folium montrent pourtant un tableau assez clair : un potentiel préclinique cohérent, notamment sur l’inhibition d’enzymes digestives et la modulation du stress oxydatif, mais aucune démonstration clinique robuste d’un effet hypoglycémiant chez l’humain. Autrement dit, la feuille de myrtille comme « plante du diabète » relève davantage d’un héritage discursif que d’un outil thérapeutique confirmé. Répéter cette indication sans nuance revient à entretenir une confusion entre promesse traditionnelle et réalité clinique.
Dans la démarche que j’essaie de poser à travers ces monographies, la phytothérapie n’est ni une rupture avec la tradition ni une simple reconduction de celle-ci. Elle se situe dans un entre-deux exigeant : respecter les usages anciens, les replacer dans leur contexte, mais aussi élaguer ce qui n’est pas confirmé ou repose sur des extrapolations fragiles.
Pour la myrtille, cela signifie assumer pleinement l’intérêt des fruits : un aliment fonctionnel riche en polyphénols, utile dans certaines situations digestives, microcirculatoires ou visuelles. Mais cela signifie aussi reconnaître que les feuilles ne sont, à ce jour, qu’un champ de recherche préclinique, et non une réponse phytothérapeutique documentée au diabète.
En filigrane, cette plante rappelle que la phytothérapie fonctionnelle ne gagne rien à conserver des « fantasmes » séduisants mais non vérifiés. Elle gagne au contraire en crédibilité lorsqu’elle sait dire : ici, la tradition a probablement surestimé un usage ; ici, les données nous invitent à rester prudents ; ici, il faut recentrer la plante sur ce que l’on sait vraiment d’elle.
Reconnaissances officielles
EMA / HMPC
Myrtilli fructus siccus — fruit sec de myrtille
L’EMA/HMPC reconnaît le fruit sec de Vaccinium myrtillus comme médicament traditionnel à base de plantes :
- par voie orale, dans le traitement symptomatique de la diarrhée légère ;
- par voie oromucosale, dans le traitement symptomatique des inflammations légères de la muqueuse buccale, sous forme de décoction utilisée en bain de bouche.
Myrtilli fructus recens — fruit frais de myrtille
L’EMA/HMPC reconnaît le fruit frais de Vaccinium myrtillus comme médicament traditionnel à base de plantes :
- pour le soulagement des symptômes de gêne et de lourdeur des jambes liés à des troubles circulatoires veineux mineurs ;
- pour le soulagement des symptômes de fragilité capillaire cutanée, par exemple la tendance aux ecchymoses superficielles.
ESCOP — Myrtilli fructus
L’ESCOP reconnaît :
- l’usage des fruits secs dans les diarrhées non spécifiques aiguës ;
- l’usage externe, sous forme de décoction, pour les inflammations bénignes de la bouche et du pharynx ;
- l’usage des extraits anthocyaniques standardisés dans les troubles de la microcirculation, notamment l’insuffisance veineuse chronique légère et la fragilité capillaire, sur la base des essais cliniques disponibles.
Commission E
Myrtilli fructus — fruits de myrtille
La Commission E a publié une monographie positive pour :
- les diarrhées non spécifiques aiguës ;
- le traitement local des inflammations bénignes de la muqueuse buccale et pharyngée.
Myrtilli folium — feuilles de myrtille
La Commission E a publié une monographie négative pour les feuilles, en raison de l’absence de preuves suffisantes d’efficacité et de sécurité, notamment vis-à-vis des usages antidiabétiques traditionnels.
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