Ginseng : méfiez-vous du Mickey Mouse de la santé naturelle !

Cette plante sacralisée en extrême orient est devenue le joujou mercantile des vendeurs de miracles naturels. Et ça marche ! Aujourd’hui, les produits dérivés du ginseng représentent un chiffre d’affaires mondial de 2,7 milliards de dollars[1]. La petite racine représente une valeur sûre de la phytothérapie lucrative, il est le Mickey Mouse de l’industrie des plantes… Pourtant, il y a de quoi se méfier.

Trop de succès… tue le ginseng

L’engouement autour du ginseng est mondial, avec des produits dérivés plus farfelus les uns que les autres, des rhumes aux performances sportives, des pertes de mémoire à la fatigue chronique, en substitut de café ou boisson tonique, nous aurions notre « Red bull » naturel, notre remède pour la longévité.

Cela a induit des pratiques de cueillette intensive qui l’ont pratiquement fait disparaître de la nature, autant le ginseng asiatique qu’américain. Ce dernier est menacé directement d’extinction avec les effets additionnels du changement climatique[2].

Il a donc fallu développer de nombreux projets pour reproduire les conditions culturales de cette plante de sous-bois…

Mais cette production intensive conduit à une moindre efficacité de la plante, car elle ne prend pas en compte les nombreux facteurs qui interviennent dans la composition chimique de cette racine : l’âge de la récolte (pas avant 5-6 ans), la température du séchage et le conditionnement qui influe directement sur les charges en ginsénosides[3], l’espèce de ginseng cultivé (il en existe 4 différentes) et ses variétés, ainsi que la transformation de la racine principale ou secondaire[4].

Il serait donc naïf de croire que tous les ginsengs du marché se valent. La loi de la rentabilité n’a jamais été un signe de respect de l’environnement ni même de qualité du produit concerné.

Au menu : cocktail d’insecticides et de fongicides

Un test en laboratoire mené par l’émission À bon entendeur, de la Radio Télévision suisse (RTS), avec l’Institut de pharmacognosie de l’université de Lausanne a relevé la présence de substances toxiques dans la plupart des ginseng du commerce.

Sur 11 produits, 7 contiennent des résidus de pesticides, dont des organochlorés qui s’éliminent extrêmement lentement de l’organisme, l’hexachlorobenzène (HCB), un fongicide interdit pour l’agriculture dans les pays occidentaux, mais aussi le lindane, l’insecticide qui a remplacé le DDT. Un beau cocktail de santé !

Une efficacité incontestable…

Le ginseng mérite quand même son nom de grand guérisseur[5]. Il est populaire pour maintenir l’énergie naturelle, augmenter les capacités mentales et physiques, améliorer l’humeur et promouvoir la santé et le bien-être en général.

Il a une action complexe et efficace sur les maladies du système nerveux central : Alzheimer, Parkinson, ischémie cérébrale, dépressions et de nombreux autres troubles neurologiques[6].

Il est un régulateur du système immunitaire et est bénéfique dans les maladies inflammatoires et infectieuses[7].

Il lutte contre les maladies cardiovasculaires par son action antioxydante, agit sur le métabolisme lipidique (il est donc anti-obésité[8]), la régulation de la tension artérielle et sur la réduction de l’adhésion plaquettaire[9].

Mais attention, il n’est peut-être pas bon pour vous

Les personnes en bonne santé n’ont pas besoin de l’effet tonique-stimulant du ginseng, encore moins celles sanguines, au tempérament de feu. Il n’est pas non plus à recommander en cas d’épuisement. Cela pourrait être un beau feu de paille.

Il est adapté à nos vies contemporaines stressées, mais ne doit pas cautionner la performance individuelle comme une règle de vie.

Il est aussi contre-indiqué en cas de troubles cardiovasculaires, d’insomnie, de schizophrénie, de diabète, d’hypertension ou d’hypotension artérielles[10], sans compter les traditionnelles interactions reconnues avec les anticoagulants (Warfarine), les inhibiteurs de la monoamine-oxydase (classe d’antidépresseurs) et les triptans (antimigraineux ou algies faciales).

Choisissez bien votre ginseng

En tant que professionnel, je le réserve seulement aux :

  • Personnes âgées aux fonctions métaboliques et cognitives diminuées en cure intermittente
  • Insulino-résistants sédentaires avec infections récidivantes
  • Personnes aux ressources suffisantes, mais seulement occasionnellement, en période de stress majeur, de surmenage, de troubles de l’humeur et de la mémoire

Au niveau des produits, j’opte pour Sinolux (www.sinolux.lu), un laboratoire professionnel de médecine chinoise, ou des Extraits fluides de plantes fraîches standardisés (EPS) bios, avec une concentration indiquée en ginsénosides à 4-7% (et pas en saponines).

La durée du traitement sera au maximum de trois mois avec des pauses thérapeutiques d’une semaine toutes les trois semaines (déconseillé aux moins de 6 ans). En cas de fatigue passagère, une cure de trois semaines avec un bon ginseng en poudre (2 à 3 g/jour) sera suffisante.

Et pour ce qui est des produits marketing, le mieux est de les laisser dans leurs boîtes.


Remplacez l’exotique ginseng par le bourgeon de chêne

Le chêne symbolise la force de vie. Remède contre le vieillissement et la sénilité, c’est un stimulant général de l’organisme. Il sera efficace dans les asthénies, la convalescence et le surmenage.

Son action de dynamisation hypophysaire et surrénalienne le rapproche de la classe des adaptogènes, dont le ginseng est l’emblème médiatique.

Il sera à essayer avec le séquoia et le cassis comme tonique des organismes fatigués par les nombreuses situations de stress de la vie moderne, de plus en plus difficile à supporter avec le temps qui passe.

Posologie : 15 gouttes par jour avant les repas en cure d’un mois. J’utilise la marque La Royale personnellement.


[1]. https://pages.rts.ch/emissions/abe/sante-cosmetique/1371787-ginkgo-et-ginseng-de-la-poudre-aux-yeux.html

[2]. McGraw, Lubbers, and al., « Ecology and conservation of ginseng (Panax quinquefolius) in a changing world », Ann N Y Acad Sci. 2013 May, Epub 2013 Feb 11.

[3]. www.omafra.gov.on.ca/english/crops/facts/98-067.htm

[4]. Jean Bruneton, « Pharmacognosie, phytochimie, plantes médicinales » (4e ed.) Front Cover. Lavoisier, Oct 2, 2009

[5]. Panax vient du grec pan (tout) et akos (remède) ou panacée

[6]. Kim HJ, Kim P, Shin CY, « A comprehensive review of the therapeutic and pharmacological effects of ginseng and ginsenosides in central nervous system », J Ginseng Res. 2013

[7]. Kang S, Min H. Ginseng, « The ‘Immunity Boost’: The Effects of Panax ginseng on Immune System », J Ginseng Res. 2012

[8]. Gui QF, Xu ZR, Xu KY, Yang YM, « The Efficacy of Ginseng-Related Therapies in Type 2 Diabetes Mellitus », Medicine (Baltimore), 2016

[9]. Kim JH, « Pharmacological and medical applications of Panax ginseng and ginsenosides: a review for use in cardiovascular diseases ». J Ginseng Res. 2017

[10]. Vogler BK, Pittler MH, Ernst E., « The efficacy of ginseng », Eur J ClinPharmacol. 1999

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©2019 Sylvain GARRAUD, Naturopathe & Herboriste

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