
Monographie du Frêne commun
Nom scientifique
Fraxinus excelsior L.
Famille botanique
Oleaceae.
Autres noms communs
Frêne commun, frêne élevé, grand frêne.
Habitat et répartition
Le frêne commun est un grand arbre caduc d’Europe et d’Asie occidentale. Il pousse surtout dans les forêts fraîches, les boisements de ravins, les lisières humides, les bords de rivières et les plaines alluviales. Il apprécie les sols profonds, riches, frais et bien alimentés en eau. En Suisse comme en France, il appartient à la flore indigène et se rencontre du niveau collinéen jusqu’à l’étage montagnard.
Parties utilisées
La partie médicinale principale est la feuille séchée, entière ou fragmentée, appelée Fraxini folium. Dans les références européennes, cette drogue végétale peut provenir du frêne commun, Fraxinus excelsior L., ou du frêne à feuilles étroites, Fraxinus angustifolia Vahl. Dans cette monographie, le frêne commun reste la plante de référence.
L’écorce, les graines ou les fruits apparaissent dans certaines études pharmacologiques ou nutritionnelles, mais ils doivent rester distingués de l’usage traditionnel reconnu des feuilles. Ils ne seront donc pas présentés ici comme parties d’usage courant du frêne commun.
La manne de frêne relève d’un autre cadre botanique, principalement associé au frêne à manne, Fraxinus ornus L. Elle ne doit pas être attribuée au frêne commun.
Notes botaniques
Le frêne commun, Fraxinus excelsior, est un grand arbre caduc pouvant atteindre une taille importante. Il se reconnaît surtout à ses bourgeons noirs, opposés, souvent veloutés, très caractéristiques en hiver et au début du printemps. Ses feuilles sont opposées, composées, imparipennées, généralement formées de 7 à 13 folioles lancéolées et dentées, disposées de part et d’autre d’un axe central. Les fruits sont des samares allongées, groupées en grappes pendantes, visibles en fin d’été et en automne.
Sur le terrain, l’association la plus utile est la suivante : bourgeons noirs opposés, feuilles composées opposées et samares en grappes. Cette combinaison permet de distinguer le frêne commun de la plupart des autres arbres à feuilles composées.
La confusion peut surtout se faire avec d’autres arbres à feuilles composées. Le sorbier des oiseleurs, Sorbus aucuparia, possède aussi des feuilles composées, mais elles sont alternes, ses bourgeons ne sont pas noirs et ses fruits sont des baies rouges, non des samares. Le sureau noir, Sambucus nigra, a des feuilles opposées composées, mais il s’agit d’un arbuste ou petit arbre à rameaux contenant une moelle blanche, à odeur forte au froissement, avec des fruits noirs en corymbes. L’érable negundo, Acer negundo, espèce introduite, possède également des feuilles opposées et composées, mais ses folioles sont moins nombreuses, souvent par 3 à 7, et ses fruits sont des disamares typiques d’érable.
Histoire et traditions
Cité dès l’Antiquité par les auteurs médicaux grecs et latins, le frêne a longtemps été associé aux remèdes d’élimination. Ses feuilles et son écorce furent notamment employées comme diurétiques, dans la goutte et les affections rhumatismales. Pline lui attribuait même une réputation d’antidote contre les morsures de vipères, témoignage de la place singulière qu’occupait le frêne dans la médecine antique.
Au Moyen Âge, le frêne conserve une partie de ces usages hérités de l’Antiquité, tout en s’enrichissant d’indications plus incertaines, parfois fantaisistes, comme la surdité. Au XVIIIe siècle, son écorce gagne la réputation de « quinquina d’Europe » et fut proposée comme substitut fébrifuge au quinquina tropical. Cette réputation témoigne de son importance dans la médecine européenne ancienne, même si cet usage fébrifuge n’est plus retenu aujourd’hui.
Au XIXe siècle et au début du XXe siècle, plusieurs médecins et auteurs de phytothérapie continuent de mentionner le frêne dans la goutte et les affections rhumatismales. Leclerc et Decaux le recommandent encore chez les rhumatisants, dans la continuité de cette tradition d’usage articulaire et dépurative. Cette filiation historique rejoint partiellement les usages traditionnels reconnus aujourd’hui pour la feuille de frêne : le soulagement des douleurs articulaires mineures et le soutien de la diurèse dans les troubles urinaires bénins.
Au-delà de ses usages médicinaux, le frêne occupe aussi une place symbolique forte dans les cultures européennes. Dans la cosmogonie nordique, Yggdrasil, l’arbre du monde reliant les différents royaumes, est souvent représenté comme un frêne, même si certaines traditions l’associent aussi à d’autres grands arbres.
Principes actifs connus
La feuille de frêne, ou Fraxini folium, contient principalement des dérivés hydroxycinnamiques, des secoiridoïdes, des iridoïdes, des coumarines simples en faibles quantités, des flavonoïdes, des phényléthanoïdes, des tanins, des mucilages et des polyols. La Pharmacopée européenne retient, pour le contrôle de qualité de la drogue officinale, une teneur minimale de 2,5 % en dérivés hydroxycinnamiques totaux, exprimés en acide chlorogénique (EMA/HMPC, 2012).
- Dérivés hydroxycinnamiques : ils constituent un groupe important de la feuille officinale de frêne. Leur dosage, exprimé en acide chlorogénique, sert de critère de qualité pour Fraxini folium.
- Sécoiridoïdes et iridoïdes : oléuropéine, ligstroside, 10-hydroxyligstroside, esters d’oléoside, fraxicarbosides et excelsioside. L’excelsioside a été isolé de Fraxinus excelsior par Damtoft et al. (1992).
- Phényléthanoïdes : actéoside, ou verbascoside, et oléoactéoside, rapportés dans les données phytochimiques du genre Fraxinus.
- Flavonoïdes : rutine, quercétine, kaempférol et dérivés glycosidiques, décrits dans les feuilles de frêne et dans les synthèses phytochimiques du genre Fraxinus.
- Coumarines simples : esculine, fraxine, esculetine, fraxétine, cichoriine, scopolétine et isoscopolétine. Dans les feuilles de Fraxinus excelsior, ces composés sont rapportés en faibles quantités ou à l’état de traces ; ils sont plus largement documentés dans certaines écorces de Fraxinus.
- Acides phénoliques : acides chlorogénique, caféique, férulique, vanillique, protocatéchique, syringique et sinapique, selon les espèces, les parties de plante et les méthodes analytiques.
- Tanins : teneurs variables, généralement modestes à modérées dans la feuille de frêne.
- Mucilages : fraction hydrophile décrite dans la feuille, avec des teneurs variables selon les lots et les sources.
- Polyols : mannitol. Dans la feuille de Fraxinus excelsior, Carnat et al. (1990) rapportent une teneur de 21,0 %, tandis que Gaedcke (1993) indique une fourchette de 16,4 à 28,6 %. Oddo et al. (2002) ont étudié le profil saisonnier du mannitol chez deux espèces de frêne méditerranéennes, Fraxinus ornus et F. angustifolia : la teneur augmente progressivement au printemps, atteint un pic estival, puis diminue ensuite.
- Triterpènes et stérols : β-sitostérol, acides ursolique et bétulinique, bétuline, rapportés dans les données phytochimiques du genre Fraxinus.
- Lignanes : pinoresinol, fraxiresinol et dérivés apparentés, surtout documentés chez Fraxinus angustifolia et certaines espèces proches.
Cette composition doit rester interprétée selon la partie de plante étudiée. Les feuilles officinales de frêne ne doivent pas être confondues avec les extraits d’écorce, de graines ou de fruits utilisés dans certaines études pharmacologiques. Les données générales du genre Fraxinus sont utiles pour comprendre la richesse chimique du groupe, mais elles ne suffisent pas à étendre les indications médicinales du frêne commun au-delà des usages reconnus pour la feuille.
Propriétés pharmacologiques majeures
Sphère urinaire et rénale
- Effet diurétique doux (usage traditionnel reconnu) : la feuille de frêne, Fraxini folium, est reconnue par l’EMA/HMPC comme médicament traditionnel à base de plantes pour augmenter la diurèse, afin de favoriser le rinçage des voies urinaires dans les troubles urinaires mineurs. Cet usage repose sur l’ancienneté d’emploi et doit s’accompagner d’un apport hydrique suffisant (EMA/HMPC, 2012).
- Effet diurétique et hypotenseur (préclinique, rat) : un extrait aqueux de Fraxinus excelsior a montré, chez le rat normal et spontanément hypertendu, une action hypotensive et diurétique. Cette donnée soutient la plausibilité pharmacologique de l’usage diurétique traditionnel, sans constituer une preuve clinique chez l’humain (Eddouks et al., 2005).
- Effet antilithiasique sur la struvite (in vitro, feuilles) : un extrait aqueux de feuilles de Fraxinus excelsior a montré un effet litholytique sur des cristaux de struvite et un effet inhibiteur sur leur cristallisation. Cette donnée reste expérimentale et concerne un modèle in vitro ; elle ne doit pas être transformée en indication clinique de prévention ou de traitement des lithiases urinaires (Ghenaiet et al., 2022).
Sphère uricémie et goutte
- Effet hypouricémiant et uricosurique (préclinique, Cortex Fraxini) : dans un modèle murin d’hyperuricémie induite à l’oxonate, des coumarines isolées du Cortex Fraxini, notamment l’esculine et l’esculetine, ont réduit l’uricémie et amélioré plusieurs marqueurs de dysfonction rénale, avec restauration de transporteurs rénaux impliqués dans l’élimination de l’urate. Cette donnée concerne le Cortex Fraxini, non la feuille officinale (Li et al., 2011).
- Modulation métabolomique de l’hyperuricémie (préclinique, Cortex Fraxini) : chez le rat hyperuricémique, le Cortex Fraxini a amélioré plusieurs perturbations métaboliques associées à l’hyperuricémie, avec une analyse fondée sur la RMN et la spectrométrie de masse. Cette donnée soutient une piste pharmacologique autour de l’hyperuricémie, mais elle ne doit pas être attribuée à Fraxini folium (Wang et al., 2016).
Sphère inflammatoire et articulaire
- Douleurs articulaires mineures (usage traditionnel reconnu) : la feuille de frêne est reconnue par l’EMA/HMPC comme médicament traditionnel à base de plantes pour soulager les douleurs articulaires mineures. Les douleurs accompagnées de gonflement, rougeur ou fièvre nécessitent un avis médical, ce qui limite clairement cet usage aux situations bénignes et non compliquées (EMA/HMPC, 2012).
- Activité anti-inflammatoire de la feuille (in vitro, monocytes/macrophages humains) : une infusion et des fractions de feuilles de Fraxinus excelsior ont été étudiées par isolement guidé par l’activité anti-inflammatoire. Dans ce modèle cellulaire, les extraits et composés isolés modulent la sécrétion de médiateurs inflammatoires, notamment TNF-α et IL-6, ainsi que l’expression du récepteur de l’IL-10. Cette donnée soutient la plausibilité pharmacologique de l’usage articulaire traditionnel, sans constituer une preuve clinique (Kołtun-Jasion et al., 2023).
- Activité anti-inflammatoire et antioxydante dans un modèle d’arthrite (préclinique, écorce) : un extrait hydrométhanolique d’écorce de Fraxinus excelsior a été évalué chez le rat dans un modèle d’arthrite induite par adjuvant complet de Freund. L’étude rapporte une modulation des voies inflammatoires et antioxydantes, mais elle concerne l’écorce, non la feuille officinale ; elle ne doit donc pas être transférée directement à Fraxini folium (Asar et al., 2025).
- Activité anti-inflammatoire en association végétale (préclinique, association spécifique) : des extraits de Fraxinus excelsior, Populus tremula et Solidago virgaurea ont été étudiés dans des travaux expérimentaux portant notamment sur la dihydrofolate réductase. Ces données concernent une association végétale spécifique, et non la feuille de frêne seule ; elles peuvent expliquer l’intérêt historique de préparations antirhumatismales combinées, mais ne doivent pas être formulées comme une propriété isolée du frêne commun (Strehl et al., 1995).
Sphère métabolique
- Effet hypoglycémiant des graines (préclinique, rat) : un extrait aqueux de graines de Fraxinus excelsior a montré une activité hypoglycémiante chez le rat normal et une activité antihyperglycémiante chez le rat rendu diabétique par streptozotocine, sans modification des concentrations basales d’insuline. Cette donnée concerne la graine, non la feuille officinale, et reste préclinique (Maghrani et al., 2004).
- Effet sur la prise de poids, la glycémie et l’insulinémie (préclinique, extrait de graines) : un extrait de graines de Fraxinus excelsior, FraxiPure™, a limité la prise de poids, l’accumulation de graisse abdominale, l’hyperglycémie et l’hyperinsulinémie dans un modèle murin d’obésité induite par régime riche en graisses. Cette donnée concerne un extrait standardisé de graines, non la feuille de frêne utilisée en phytothérapie traditionnelle (Ibarra et al., 2011).
- Effet sur l’homéostasie glucidique et certains marqueurs d’adiposité (clinique, extrait de graines/fruits) : un extrait de graines/fruits de Fraxinus excelsior a été évalué dans un essai randomisé, croisé, en double aveugle, contrôlé par placebo, chez des sujets âgés en surpoids ou obèses. Les résultats suggèrent un effet favorable sur l’homéostasie glucidique et certains marqueurs liés à l’adiposité, mais cette donnée concerne un extrait nutritionnel standardisé de graines/fruits, non Fraxini folium (Zulet et al., 2014).
Sphère antimicrobienne
- Activité antimicrobienne de la feuille (préclinique, données limitées) : des extraits de feuilles de Fraxinus excelsior ont été rapportés pour une activité antifongique ou antimicrobienne dans des modèles expérimentaux. Ces données restent limitées et ne constituent pas une indication anti-infectieuse de la feuille de frêne (EMA/HMPC, 2012).
- Activité antibactérienne de la fraxétine (in vitro, coumarine isolée) : la fraxétine a montré une activité antibactérienne contre Staphylococcus aureus, avec effets sur la membrane bactérienne, la synthèse des protéines, les acides nucléiques et les topoisomérases. Cette étude concerne une molécule isolée, présentée comme constituant de Fraxinus rhynchophylla, et ne doit donc pas être attribuée directement à la feuille officinale de Fraxinus excelsior (Wang et al., 2014).
Sphère neuroprotectrice
- Effet neuroprotecteur dans un modèle expérimental de maladie d’Alzheimer (préclinique, écorce) : un extrait hydrométhanolique d’écorce de Fraxinus excelsior a été étudié chez le rat dans un modèle de troubles de type Alzheimer induits par le chlorure d’aluminium. L’étude rapporte un effet protecteur en lien avec des mécanismes anti-inflammatoires et antioxydants, mais elle concerne l’écorce et un modèle animal ; elle ne doit donc pas être rattachée aux usages de la feuille officinale de frêne commun (Iranpanah et al., 2024).
Sphère osseuse
- Effet ostéoprotecteur par inhibition de l’ostéoclastogenèse (préclinique, molécule isolée) : la fraxine, glycoside coumarinique présent dans le genre Fraxinus, a été étudiée dans un modèle murin d’ostéoporose post-ovariectomie. L’étude rapporte une réduction de la perte osseuse et de l’ostéoclastogenèse, avec un mécanisme associé à la diminution de l’activité des espèces réactives de l’oxygène. Cette donnée concerne une molécule isolée et un modèle animal ; elle ne doit donc pas être rattachée aux usages de la feuille officinale de frêne commun (Zhou et al., 2025).
Sphère tumorale
- Activité antitumorale des métabolites du Cortex Fraxini (préclinique, revue de synthèse) : les métabolites actifs du Cortex Fraxini, notamment l’esculine, l’esculetine et la fraxétine, présentent dans plusieurs modèles expérimentaux des effets antiprolifératifs, pro-apoptotiques, anti-invasifs et anti-migratoires, avec modulation de voies impliquées dans la prolifération tumorale, l’apoptose et la signalisation cellulaire. Cette revue concerne le Cortex Fraxini, issu notamment d’espèces asiatiques comme Fraxinus rhynchophylla ou Fraxinus chinensis, et non la feuille officinale de Fraxinus excelsior. Elle doit donc rester une donnée exploratoire du genre Fraxinus, sans implication clinique ni indication anticancéreuse (Cai et al., 2024).
Synthèse pharmacologique
La revue de Sarfraz et al. (2017) confirme la polyvalence pharmacologique du genre Fraxinus, mais elle rassemble des espèces, parties de plantes, extraits et composés hétérogènes. Les données sur le Cortex Fraxini, l’écorce, les graines/fruits ou les molécules isolées documentent la richesse pharmacologique du genre, mais elles ne doivent pas être attribuées directement à Fraxini folium.
Indications médicinales retenues
Feuille, usage interne
- Troubles urinaires bénins : la feuille de frêne, Fraxini folium, peut être retenue comme plante de soutien pour augmenter la diurèse et favoriser le rinçage des voies urinaires dans les troubles urinaires mineurs. Cet usage doit rester limité aux situations simples, sans fièvre, douleur lombaire, sang dans les urines, rétention urinaire, infection sévère ou trouble rénal connu.
- Douleurs articulaires mineures : la feuille de frêne peut être retenue dans le soulagement des douleurs articulaires légères, notamment dans un contexte de raideur ou d’inconfort articulaire banal. Cet usage relève de la tradition européenne reconnue et ne doit pas être confondu avec une prise en charge des rhumatismes inflammatoires actifs, des arthrites aiguës ou des douleurs articulaires accompagnées de rougeur, gonflement, chaleur locale ou fièvre.
Ces indications concernent la feuille officinale de frêne, Fraxini folium, et non le Cortex Fraxini, l’écorce, les graines/fruits ou les molécules isolées étudiées dans d’autres cadres pharmacologiques.
Indications exploratoires ou émergentes
Les données suivantes relèvent de pistes pharmacologiques expérimentales ou d’extraits qui ne correspondent pas directement à l’usage officinal de Fraxini folium. Elles doivent donc être distinguées des indications médicinales retenues.
- Hyperuricémie et goutte : les données précliniques sur le Cortex Fraxini suggèrent un effet hypouricémiant et uricosurique, avec modulation de transporteurs rénaux de l’urate. Elles éclairent la tradition autour de la goutte, mais concernent le cortex et non la feuille officinale.
- Métabolisme glucidique et surpoids : des extraits de graines ou de graines/fruits de Fraxinus excelsior ont montré des effets sur la glycémie, l’insulinémie, la prise de poids et certains marqueurs d’adiposité, y compris dans un petit essai clinique.
- Lithiases urinaires : un extrait aqueux de feuilles de Fraxinus excelsior a montré in vitro un effet sur des cristaux de struvite, ce qui ouvre une piste expérimentale limitée à ce modèle.
- Inflammation articulaire chronique : plusieurs données expérimentales soutiennent une activité anti-inflammatoire du genre Fraxinus, notamment sur la feuille, l’écorce ou certaines associations végétales. Elles renforcent la plausibilité de l’usage traditionnel dans les douleurs articulaires mineures.
- Neuroprotection : les données disponibles concernent surtout des modèles animaux et des extraits d’écorce, avec des effets antioxydants et anti-inflammatoires observés dans un modèle de troubles de type Alzheimer.
- Protection osseuse : la fraxine a montré un effet ostéoprotecteur dans un modèle animal d’ostéoporose, avec inhibition de l’ostéoclastogenèse et modulation du stress oxydatif.
- Activité antimicrobienne : les données disponibles concernent des modèles in vitro, des extraits ou des molécules isolées comme la fraxétine.
- Activité tumorale : les données antitumorales relèvent du Cortex Fraxini, de métabolites isolés et d’espèces asiatiques du genre Fraxinus, avec des effets antiprolifératifs, pro-apoptotiques et anti-invasifs observés expérimentalement.
Formes galéniques et posologies
Feuille, usage interne
- Infusion de feuilles fragmentées : 10 à 30 g de feuilles sèches fragmentées pour 1 litre d’eau bouillante, à répartir en 2 à 3 prises dans la journée. Cette forme correspond à la préparation en tisane reconnue par l’EMA/HMPC pour l’usage traditionnel de Fraxini folium chez l’adulte et la personne âgée (EMA/HMPC, 2012).
- Décoction de feuilles fragmentées : 20 g de feuilles sèches fragmentées pour 1 litre d’eau, à répartir en 2 à 3 prises dans la journée. Cette forme est également retenue par l’EMA/HMPC pour l’usage traditionnel de la feuille de frêne (EMA/HMPC, 2012).
- Durée d’utilisation : pour les douleurs articulaires mineures, un avis médical est nécessaire si les symptômes persistent plus de 4 semaines. Pour les troubles urinaires mineurs, un avis médical est nécessaire si les symptômes persistent plus de 2 semaines. L’usage chez l’enfant et l’adolescent de moins de 18 ans n’est pas recommandé faute de données suffisantes (EMA/HMPC, 2012).
- Hydratation : dans l’usage urinaire, un apport hydrique suffisant est nécessaire pendant la durée de la prise afin d’assurer l’augmentation du volume urinaire recherchée (EMA/HMPC, 2012).
Préparation combinée étudiée
- Association frêne – peuplier tremble – solidage, Phytodolor® / STW 1 : cette préparation associe un extrait d’écorce fraîche de frêne, un extrait d’écorce et de feuilles fraîches de peuplier tremble, et un extrait d’herbe fraîche de solidage. La composition actuelle indique, pour 1 ml de liquide : 0,2 ml d’extrait d’écorce fraîche de frêne, 0,6 ml d’extrait d’écorce et de feuilles fraîches de peuplier tremble, et 0,2 ml d’extrait d’herbe fraîche de solidage, soit un rapport 1:3:1. Le solvant d’extraction est l’éthanol 60 %, avec un titre alcoolique final de 45,6 % vol.
- Posologie de la préparation combinée : chez l’adulte, la posologie indiquée est de 30 gouttes 3 fois par jour, avec possibilité de monter jusqu’à 40 gouttes 3 fois par jour en cas de douleurs plus marquées, dans un peu de liquide. La durée d’utilisation doit être limitée à 4 semaines. L’usage n’est pas prévu chez l’enfant et l’adolescent de moins de 18 ans.
- Cadrage : cette préparation est utilisée chez l’adulte dans les douleurs liées aux affections rhumatismales dégénératives ou inflammatoires. Elle doit être distinguée de Fraxini folium, car elle contient de l’écorce de frêne et deux autres plantes, dont le peuplier tremble, porteur de dérivés salicylés. Elle relève donc d’une formulation combinée étudiée, non d’une forme simple de feuille de frêne.
Extraits spécifiques étudiés hors feuille officinale
- Extrait de graines de Fraxinus excelsior FraxiPure™ : dans un modèle murin d’obésité induite par régime riche en graisses, FraxiPure™ a été administré à 0,5 % dans l’alimentation pendant 16 semaines. Cette dose expérimentale a été associée à une limitation de la prise de poids et de l’hyperglycémie. Cette donnée concerne un extrait standardisé de graines, non la feuille officinale (Ibarra et al., 2011).
- Extrait de graines/fruits de Fraxinus excelsior Glucevia® : dans l’essai clinique randomisé, croisé, en double aveugle de Zulet et al. (2014), l’extrait de graines/fruits de Fraxinus excelsior a été administré à raison de 3 gélules par jour contenant chacune 333 mg d’extrait, soit environ 999 mg/jour, pendant 3 semaines, chez des sujets âgés en surpoids ou obèses. Cette donnée concerne un extrait métabolique spécifique de graines/fruits, non Fraxini folium (Zulet et al., 2014).
Recommandations de cueillette
La récolte concerne uniquement les feuilles de frêne, c’est-à-dire la partie correspondant à Fraxini folium. Elle ne concerne ni l’écorce, ni les jeunes rameaux, ni les graines ou fruits. Les feuilles se récoltent de préférence à la fin du printemps ou au début de l’été, lorsqu’elles sont bien développées, encore souples, vertes et saines.
Le frêne commun est aujourd’hui fortement fragilisé en Europe par la chalarose du frêne, ou dépérissement des pousses du frêne, une maladie causée par le champignon Hymenoscyphus fraxineus. Elle peut provoquer des nécroses, des dessèchements de rameaux, un dépérissement progressif de la couronne et la mort de nombreux sujets. Cette situation impose une cueillette particulièrement prudente : ne jamais prélever sur un arbre affaibli, présentant des rameaux secs, des lésions visibles, une couronne clairsemée ou des signes de dépérissement.
La cueillette doit rester légère et répartie : prélever seulement quelques feuilles ou folioles sur plusieurs arbres vigoureux, sans dépouiller un même individu. Il faut éviter les jeunes frênes, les arbres isolés déjà fragilisés et les populations localement très atteintes. Dans les zones où la chalarose est fortement présente, il est préférable de renoncer à la récolte et de privilégier une drogue végétale issue d’une filière contrôlée.
L’écorce ne doit pas être prélevée sur les arbres vivants. Cette pratique blesse inutilement l’arbre et ne correspond pas à l’usage officinal européen de la feuille de frêne. Les données pharmacologiques relatives au Cortex Fraxini relèvent d’un autre cadre et ne justifient pas une récolte d’écorce sur le frêne commun.
Comme pour toute cueillette médicinale, les feuilles doivent être récoltées loin des routes, zones industrielles, cultures traitées, talus pollués et lieux fortement fréquentés par les animaux domestiques. Les feuilles sont ensuite séchées rapidement, en couche mince, dans un endroit sec, aéré et à l’abri de la lumière directe. Une fois bien sèches, elles se conservent dans un sachet en papier épais ou un bocal fermé, à l’abri de l’humidité. Il est préférable de renouveler la récolte chaque année afin de conserver une drogue végétale de bonne qualité.
Sécurité et précautions d’usage
- Tolérance : la feuille de frêne, Fraxini folium, est globalement bien tolérée aux posologies traditionnelles recommandées en infusion ou décoction. Aucun effet indésirable spécifique ni aucun cas de surdosage n’est rapporté par l’EMA/HMPC aux doses usuelles. Les extraits standardisés de graines ou de graines/fruits, notamment FraxiPure™ et Glucevia®, ont également montré une bonne tolérance dans les études disponibles, jusqu’à environ 1 g/j chez l’adulte, mais ils relèvent d’un cadre distinct de la feuille officinale (Flanagan et al., 2013 ; Zulet et al., 2014).
- Contre-indications : hypersensibilité connue au frêne ou aux Oleaceae. L’usage est contre-indiqué dans les situations nécessitant une restriction hydrique, notamment en cas d’insuffisance cardiaque ou rénale sévère, car l’effet recherché repose en partie sur une augmentation de la diurèse.
- Effets indésirables : aucun effet indésirable grave n’est rapporté dans les données cliniques disponibles sur les extraits de graines/fruits ni dans les données EMA/HMPC concernant la feuille. Des réactions d’hypersensibilité restent possibles, comme avec toute drogue végétale.
- Précautions spécifiques : l’usage n’est pas recommandé chez l’enfant et l’adolescent de moins de 18 ans, faute de données suffisantes. Pendant la grossesse et l’allaitement, l’usage thérapeutique est à éviter en l’absence de données de sécurité suffisantes ; aucune donnée de fertilité n’est disponible. Si les symptômes s’aggravent pendant l’utilisation, un avis médical est nécessaire. Pour les troubles urinaires mineurs, consulter si les symptômes persistent plus de 2 semaines, ou immédiatement en cas de fièvre, dysurie, spasmes ou sang dans les urines. Pour les douleurs articulaires mineures, consulter si les symptômes persistent plus de 4 semaines, ou en cas de gonflement articulaire, rougeur ou fièvre. Un apport hydrique suffisant est nécessaire pendant l’usage urinaire.
- Interactions : aucune interaction médicamenteuse spécifique n’est rapportée pour Fraxini folium par l’EMA/HMPC. Par prudence, tenir compte de son effet diurétique doux chez les personnes sous diurétiques, antihypertenseurs ou traitements nécessitant une surveillance rénale. Pour les extraits de graines/fruits à visée métabolique, prudence en cas de traitement antidiabétique ou de suivi glycémique, car les études portent sur l’homéostasie glucidique.
- Données toxicologiques : les tests de toxicité reproductive, de génotoxicité et de cancérogénicité n’ont pas été réalisés pour Fraxini folium. Cette absence de données justifie la prudence chez la femme enceinte, allaitante, l’enfant et l’adolescent.
Vision personnelle
Plante « douce » mais fidèle des cures dépuratives, le frêne mérite d’être rappelé comme un adjuvant léger des troubles articulaires et urinaires. Sa reconnaissance EMA en usage traditionnel confirme son rôle dans la phytothérapie familiale, à la fois sûr et complémentaire.
Reconnaissances officielles
- Pharmacopée française : le frêne figure dans la Liste A des plantes médicinales utilisées traditionnellement de la Pharmacopée française, avec la feuille comme partie utilisée. Cette inscription confirme son statut traditionnel, mais ne constitue pas à elle seule une monographie d’usage thérapeutique détaillée.
- EMA/HMPC (2012) : Fraxini folium fait l’objet d’une monographie européenne d’usage traditionnel portant sur les feuilles de Fraxinus excelsior L. ou de Fraxinus angustifolia Vahl. Les usages reconnus par voie orale chez l’adulte et la personne âgée sont le soulagement des douleurs articulaires mineures et l’augmentation de la diurèse afin de favoriser le rinçage des voies urinaires dans les troubles urinaires mineurs. Cette reconnaissance repose sur l’ancienneté de l’usage traditionnel, et non sur une démonstration clinique moderne d’efficacité.
- Commission E : aucune monographie positive spécifique du frêne commun n’est retenue.
- ESCOP : aucune monographie spécifique du frêne commun n’est retenue.
Bibliographie scientifique
- Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé. Liste A des plantes médicinales utilisées traditionnellement. Pharmacopée française. Janvier 2026.
- Asar S, Gravandi MM, Khazaei H, Fakhri S, Iranpanah A, et al. Fraxinus excelsior L. hydromethanolic extract modulates rheumatoid arthritis induced by complete Freund’s adjuvant in rats emphasizing inflammatory and antioxidant pathways. Jundishapur J Nat Pharm Prod. 2025;20(2):e160639. doi:10.5812/jjnpp-160639.
- Blumenthal M, Busse WR, Goldberg A, Gruenwald J, Hall T, Riggins CW, et al., editors. The Complete German Commission E Monographs: Therapeutic Guide to Herbal Medicines. Austin: American Botanical Council; 1998.
- Cai B, Chen X, Yang L, et al. The possible anti-tumor actions and mechanisms of active metabolites from Cortex Fraxini: a review. Front Pharmacol. 2024;15:1404172. doi:10.3389/fphar.2024.1404172.
- Damtoft S, Franzyk H, Jensen SR. Excelsioside, a secoiridoid glucoside from Fraxinus excelsior L. Phytochemistry. 1992;31:4197-4201.
- Eddouks M, Maghrani M, Zeggwagh NA, Michel JB. Fraxinus excelsior L. evokes a hypotensive action in normal and spontaneously hypertensive rats. J Ethnopharmacol. 2005;99(1):49-54. doi:10.1016/j.jep.2005.01.042.
- European Medicines Agency, Committee on Herbal Medicinal Products. Assessment report on Fraxinus excelsior L. or Fraxinus angustifolia Vahl, folium. EMA/HMPC/239269/2011. London: EMA; 27 March 2012.
- European Medicines Agency, Committee on Herbal Medicinal Products. Community herbal monograph on Fraxinus excelsior L. or Fraxinus angustifolia Vahl, folium. EMA/HMPC/239271/2011. London: EMA; 27 March 2012.
- European Scientific Cooperative on Phytotherapy. ESCOP Monographs: The Scientific Foundation for Herbal Medicinal Products. 2nd ed. Exeter: ESCOP; 2003. Supplement 2009.
- Flanagan J, Meyer M, Pasamar MA, Ibarra A, Roller M, Alvarez E, et al. Safety evaluation and nutritional composition of a Fraxinus excelsior seed extract, FraxiPure™. Food Chem Toxicol. 2013;53:10-17. doi:10.1016/j.fct.2012.11.026.
- Ghenaiet K, Boutefnouchet A, Asma L, Tichati L. Evaluation of the antilithiasic activity, phospho-ammoniaco-magnesien, of the aqueous extract of Fraxinus excelsior L. Asian J Res Chem. 2022;15(6):449-454.
- Gundermann KJ, Müller J. Phytodolor®—effects and efficacy of a herbal medicine. Wien Med Wochenschr. 2007;157(13-14):343-347. doi:10.1007/s10354-007-0436-4.
- Ibarra A, Bai N, He K, Bily A, Cases J, Roller M, et al. Fraxinus excelsior seed extract FraxiPure™ limits weight gains and hyperglycemia in high-fat diet-induced obese mice. Phytomedicine. 2011;18(6):479-485. doi:10.1016/j.phymed.2010.09.010.
- Iranpanah A, Fakhri S, Bahrami G, Majnooni MB, Gravandi MM, Taghavi S, et al. Protective effect of a hydromethanolic extract from Fraxinus excelsior L. bark against a rat model of aluminum chloride-induced Alzheimer’s disease: relevance to its anti-inflammatory and antioxidant effects. J Ethnopharmacol. 2024;323:117708. doi:10.1016/j.jep.2024.117708.
- Kołtun-Jasion M, Piwowarski JP, Granica S, et al. Bio-guided isolation of compounds from Fraxinus excelsior leaves with anti-inflammatory activity. Int J Mol Sci. 2023;24(4):3750. doi:10.3390/ijms24043750.
- Kostova I, Iossifova T. Chemical components of Fraxinus species. Fitoterapia. 2007;78(2):85-106. doi:10.1016/j.fitote.2006.08.002.
- Li JM, Zhang X, Wang X, Xie YC, Kong LD. Protective effects of cortex fraxini coumarines against oxonate-induced hyperuricemia and renal dysfunction in mice. Eur J Pharmacol. 2011;666(1-3):196-204. doi:10.1016/j.ejphar.2011.05.021.
- Maghrani M, Zeggwagh NA, Lemhadri A, El Amraoui M, Michel JB, Eddouks M. Study of the hypoglycaemic activity of Fraxinus excelsior and Silybum marianum in an animal model of type 1 diabetes mellitus. J Ethnopharmacol. 2004;91(2-3):309-316. doi:10.1016/j.jep.2004.01.008.
- Oddo E, Saiano F, Alonzo G, Bellini E. An investigation of the seasonal pattern of mannitol content in deciduous and evergreen species of the Oleaceae growing in northern Sicily. Ann Bot. 2002;90(2):239-243. doi:10.1093/aob/mcf177.
- Sarfraz I, Rasul A, Jabeen F, Younis T, Zahoor MK, Arshad M, et al. Fraxinus: a plant with versatile pharmacological and biological activities. Evid Based Complement Alternat Med. 2017;2017:4269868. doi:10.1155/2017/4269868.
- Strehl E, Schneider W, Elstner EF. Inhibition of dihydrofolate reductase activity by alcoholic extracts from Fraxinus excelsior, Populus tremula and Solidago virgaurea. Arzneimittelforschung. 1995;45(2):172-174.
- Wang H, Zou D, Xie K, Xie M. Antibacterial mechanism of fraxetin against Staphylococcus aureus. Mol Med Rep. 2014;10(5):2341-2345. doi:10.3892/mmr.2014.2529.
- Wang Y, Zhao M, Xin Y, Liu J, Wang M, Zhao C. 1H NMR and MS based metabolomics study of the therapeutic effect of Cortex Fraxini on hyperuricemic rats. J Ethnopharmacol. 2016;185:272-281. doi:10.1016/j.jep.2016.03.043.
- Zhou H, Chen P, Zhao C, et al. Fraxin inhibits ovariectomized-induced bone loss and osteoclastogenesis by suppressing ROS activity. Int Immunopharmacol. 2025;147:113871. doi:10.1016/j.intimp.2024.113871.
- Zulet MA, Navas-Carretero S, Lara y Sánchez D, Abete I, Flanagan J, Issaly N, Fança-Berthon P, Bily A, Roller M, Martínez JA. A Fraxinus excelsior L. seeds/fruits extract benefits glucose homeostasis and adiposity related markers in elderly overweight/obese subjects: a longitudinal, randomized, crossover, double-blind, placebo-controlled nutritional intervention study. Phytomedicine. 2014;21(10):1162-1169. doi:10.1016/j.phymed.2014.04.021.