
Monographie du lierre grimpant
Nom scientifique
Hedera helix L.
Famille botanique
Araliaceae
Autres noms communs
Lierre grimpant, lierre commun, lierre des poètes, herbe de saint Jean, bourreau des arbres, lierre en arbre.
Habitat et répartition
Le lierre grimpant est une liane ligneuse à feuillage persistant, très commune en Europe tempérée. Il se rencontre dans les lisières, les haies, les bois frais, sur les vieux murs, les rochers et les troncs d’arbres.
Il supporte bien l’ombre et grimpe grâce à des racines adventives, qui lui permettent de s’accrocher à son support. Il est également naturalisé dans d’autres régions du monde, notamment en Amérique du Nord et en Océanie.
Parties utilisées
La partie médicinale utilisée est la feuille, désignée en pharmacopée sous le nom de Hederae folium.
En phytothérapie, seules les feuilles sont utilisées, principalement sous forme d’extraits standardisés en saponines triterpéniques, notamment en hédéracoside C et en α-hédérine.
Les baies ne sont pas utilisées par voie interne en raison de leur toxicité.
Note botanique
Le lierre grimpant ne doit pas être confondu avec le lierre terrestre, Glechoma hederacea L., qui appartient à la famille des Lamiaceae. Il s’agit d’une plante herbacée rampante, non apparentée au lierre grimpant.
Histoire et traditions
Le lierre grimpant est mentionné depuis l’Antiquité dans les textes médicaux. Dioscoride lui attribuait différents usages, notamment dans certaines affections digestives et spléniques, tout en soulignant déjà la puissance et les risques de la plante.
Cette prudence traverse ensuite l’histoire de son usage. Au Moyen Âge, le lierre est employé de multiples façons, mais certains auteurs, dont Matthiole, en restreignent surtout l’usage aux applications externes.
Aux XIXᵉ et XXᵉ siècles, le lierre apparaît encore dans plusieurs traités médicaux, dans des indications aujourd’hui abandonnées ou non retenues, comme la scrofulose, les métrorragies ou certains catarrhes chroniques. L’hédérine, isolée de la plante, est décrite comme une substance active à manier avec précaution, notamment en raison d’effets vasculaires et cardiaques dose-dépendants rapportés dans les textes anciens.
Cazin mentionne le lierre dans l’atrophie mésentérique, tandis que Leclerc insiste davantage sur son usage externe, notamment comme antirhumatismal et antinévralgique. Les décoctions de feuilles étaient traditionnellement appliquées en lotions ou en cataplasmes sur certaines affections cutanées, les ulcères atoniques, les brûlures ou les érysipèles.
Dans l’usage populaire, les feuilles macérées dans le vin ou le vinaigre étaient aussi appliquées localement sur les cors, les verrues et les durillons. Ces usages historiques témoignent de la place ancienne du lierre dans la médecine populaire, mais ils ne doivent pas être confondus avec les usages modernes retenus, aujourd’hui centrés sur les extraits standardisés de feuilles dans les affections respiratoires productives.
Principes actifs connus
- Saponosides triterpéniques : les feuilles de lierre contiennent principalement des saponosides triterpéniques, généralement évalués entre 2,5 et 6 %. L’hédéracoside C constitue le principal marqueur pharmacognostique. D’autres hédéracosides sont également décrits, notamment les hédéracosides B, D, E, F, G, H et I.
- Sapogénines et dérivés apparentés : les saponosides du lierre sont associés à des sapogénines triterpéniques, principalement l’hédéragénine, l’acide oléanolique et la bayogénine. Parmi les formes monodesmosidiques, on retrouve notamment l’α-hédérine et l’hédéragénine-glucoside.
- Flavonoïdes glycosidiques : les feuilles contiennent des flavonoïdes glycosidiques, dont le rutoside, ou rutine, et le kaempférol-3-rutinoside.
- Dérivés polyacétyléniques : le lierre contient plusieurs dérivés polyacétyléniques, notamment la falcarinone, le falcarinol et le didéhydrofalcarinol. Ces composés sont à prendre en compte dans les réactions irritatives ou allergiques possibles au contact de la plante fraîche.
- Composés phénoliques et stérols : des acides phénoliques, notamment les acides chlorogénique et caféique, ainsi que le scopoloside et le β-sitostérol, sont également rapportés.
- Huile essentielle : une fraction volatile est présente à l’état de traces, avec notamment du germacrène D, du limonène, du sabinène, du β-caryophyllène, de la méthyléthylcétone et de la méthylisobutylcétone. Ses teneurs très faibles ne justifient pas de rôle galénique central dans l’usage médicinal de la feuille.
Propriétés pharmacologiques majeures
Sphère respiratoire
- Effet bronchodilatateur (données précliniques, in vitro) : l’α-hédérine, saponine triterpénique du lierre, potentialise la signalisation β₂-adrénergique dans les cellules musculaires lisses bronchiques. Cet effet est associé à une réduction de la désensibilisation du récepteur β₂, notamment par inhibition de sa phosphorylation GRK2-dépendante (Sieben et al., 2009 ; Greunke et al., 2015 ; Schulte-Michels et al., 2016).
- Effet anti-inflammatoire bronchique de l’extrait EA 575 (données précliniques, in vitro) : l’extrait sec EA 575 inhibe la translocation nucléaire de NF-κB et réduit la libération d’IL-6. Il module également la signalisation du récepteur adénosine A₂B, avec diminution du recrutement de β-arrestine 2, de l’activation CRE et de la libération d’IL-6 (Schulte-Michels et al., 2019 ; Meurer et al., 2023).
- Effet expectorant et antitussif (données précliniques, in vivo) : un extrait de Hedera helix augmente la sécrétion trachéale et réduit la toux induite par l’acide citrique chez la souris et le cobaye. Dans ce modèle, l’association avec Rhizoma coptidis montre un effet synergique, avec une efficacité maximale observée pour un rapport 3:1 entre Hedera helix et Rhizoma coptidis (Song et al., 2015).
- Effet antitussif dans la bronchite aiguë (données cliniques, essais randomisés contrôlés) : un essai multicentrique randomisé, en double aveugle contre placebo, mené chez 181 adultes atteints de bronchite aiguë, a montré qu’EA 575 à 105 mg/j pendant 7 jours améliorait significativement le score BSS et réduisait la sévérité de la toux (Schaefer et al., 2016).
- Confirmation clinique avec EA 575 (données cliniques, essai randomisé contrôlé) : un second essai randomisé en double aveugle, mené chez 209 adultes atteints de bronchite aiguë, a confirmé l’efficacité d’EA 575 à 105 mg/j par rapport au placebo, avec deux schémas posologiques jugés équivalents (Schaefer et al., 2019).
- Confirmation par méta-analyse sur données individuelles (données cliniques, niveau de preuve modéré) : une méta-analyse regroupant les données individuelles de ces deux essais, soit 390 patients dont 228 traités par EA 575 et 162 sous placebo, confirme une amélioration significative de la toux au cours des infections respiratoires aiguës. L’amélioration est observable dès J2 et persiste une semaine après l’arrêt du traitement (Völp et al., 2022).
- Tolérance et données pédiatriques (données observationnelles) : une étude observationnelle ouverte menée chez 268 enfants de 0 à 12 ans rapporte une amélioration de la toux, de la rhinite et de la viscosité du mucus avec des formes sirop ou pastilles d’extrait de lierre. La tolérance est jugée bonne à très bonne dans 99 à 100 % des cas, avec 1,9 % d’effets indésirables mineurs rapportés (Schmidt et al., 2012).
- Analyse critique indépendante (revue systématique) : une revue systématique incluant 6 essais randomisés, 1 essai clinique contrôlé et 4 études observationnelles, soit plus de 3 500 patients, conclut à une sécurité globalement favorable des préparations de lierre. Elle souligne toutefois que l’importance clinique des bénéfices reste modeste ou incertaine, en raison de l’hétérogénéité des extraits, des formes galéniques et de l’usage fréquent de co-médications (Sierocinski et al., 2021).
Sphère inflammatoire et tissulaire
- Modulation de cytokines pro-inflammatoires (données précliniques, in vitro) : un extrait de feuilles de lierre analysé par HPLC, contenant notamment des acides caféique, chlorogénique et férulique ainsi que des flavonoïdes comme la rutine et la quercétine, inhibe la libération d’IL-6 et de TNF-α in vitro (Qabaha et al., 2025).
- Inhibition enzymatique liée à l’inflammation tissulaire (données précliniques, in vitro) : les sapogénines du lierre, notamment l’hédéragénine et l’acide oléanolique, exercent une inhibition dose-dépendante de l’élastase et de la hyaluronidase, deux enzymes impliquées dans la perméabilité vasculaire et les phénomènes inflammatoires tissulaires (Facino et al., 1995).
- Activité anti-inflammatoire et anti-arthritique (données précliniques, modèle animal) : un extrait éthanolique de feuilles de lierre montre une activité anti-inflammatoire et anti-arthritique significative dans des modèles animaux, avec une inhibition proche de celle observée avec le diclofénac dans les conditions expérimentales étudiées (Rai, 2013).
Autres pistes précliniques
- Activité antivirale contre l’Enterovirus 71 (données précliniques, in vitro) : l’hédérasaponine B présente une activité antivirale in vitro contre l’Enterovirus 71, notamment les sous-types C3 et C4a, impliqués dans la maladie mains-pieds-bouche et certaines complications neurologiques infantiles (Song et al., 2014).
- Activité antivirale en association avec l’oseltamivir (données précliniques, modèle animal) : l’hédérasaponine F, associée à l’oseltamivir, montre un effet synergique antiviral et anti-inflammatoire dans un modèle murin d’infection par le virus de la grippe A/PR/8, avec amélioration de la protection et réduction de l’inflammation pulmonaire (Hong et al., 2015).
- Activité gastroprotectrice (données précliniques, modèle animal) : dans un modèle d’ulcère gastrique induit par l’éthanol chez le rat, un extrait aqueux de Hedera helix administré à 300 mg/kg par voie intrapéritonéale réduit l’indice ulcéreux, de 3,17 dans le groupe témoin à 1,38 dans le groupe traité, et augmente le taux de guérison macroscopique à 56,6 % (Mulkijanyan et al., 2013).
- Activité antimicrobienne (données précliniques, in vitro) : des extraits méthanoliques et éthyl-acétate de Hedera helix inhibent la croissance de plusieurs souches bactériennes Gram positives et Gram négatives, avec des zones d’inhibition atteignant 18 mm à la concentration testée de 22 mg/ml. Cette donnée reste préclinique et ne constitue pas une indication anti-infectieuse retenue (Uddin et al., 2011).
Indications médicinales retenues
Les indications retenues concernent les préparations de feuilles de lierre, principalement sous forme d’extraits standardisés, dans les affections respiratoires aiguës bénignes avec toux productive.
- Toux productive associée aux infections aiguës des voies respiratoires : usage retenu comme expectorant dans les toux productives liées au rhume ou aux infections respiratoires aiguës bénignes.
- Bronchite aiguë de l’adulte : les extraits standardisés, notamment EA 575, disposent de données cliniques montrant une amélioration de la toux, du score symptomatique bronchique et du confort respiratoire sur une durée courte d’environ 7 jours.
- Catarrhes bronchiques légers avec mucus visqueux : usage d’appoint lorsque l’objectif est de faciliter l’expectoration et de diminuer la viscosité des sécrétions bronchiques.
- Enfant de plus de 2 ans : utilisation possible selon la spécialité, la forme galénique et la posologie adaptée à l’âge. Les formes sans alcool sont à privilégier chez l’enfant.
Indications exploratoires ou émergentes
- Toux spasmodique, trachéobronchite chronique, asthme léger : usages évoqués dans certaines traditions ou données anciennes, mais non retenus comme indications cliniques validées dans le cadre actuel.
- Modulation de l’inflammation bronchique : données in vitro avec l’extrait EA 575, notamment sur NF-κB, IL-6 et la signalisation du récepteur adénosine A₂B. Ces données soutiennent la compréhension mécanistique de l’usage respiratoire, sans constituer une indication indépendante.
- Effet bronchodilatateur de l’α-hédérine : données in vitro sur la signalisation β₂-adrénergique et la désensibilisation du récepteur β₂. Cet effet éclaire le mécanisme respiratoire du lierre, mais ne suffit pas à retenir une indication dans l’asthme.
- Activités anti-inflammatoires, antivirales, gastroprotectrices ou antimicrobiennes : données précliniques intéressantes, mais hors des indications actuellement retenues en phytothérapie clinique courante.
Formes galéniques et posologies
Le lierre grimpant s’utilise principalement sous forme d’extraits standardisés de feuilles. En pratique, les formes les plus adaptées sont les sirops, gouttes, comprimés ou pastilles préparés à partir d’extraits secs, liquides ou mous, avec un DER et un solvant d’extraction clairement indiqués.
Les posologies doivent toujours être ajustées à la spécialité utilisée, car les concentrations varient fortement selon les fabricants. Le résumé des caractéristiques du produit ou la notice de la spécialité reste la référence pratique. Les posologies suivantes reprennent les formes et doses retenues dans la monographie européenne de l’EMA/HMPC pour Hedera helix L., folium (EMA/HMPC, 2017).
Adultes et adolescents à partir de 12 ans
- Extrait sec hydroalcoolique 24–30 %, DER 4–8:1 : 15 à 65 mg par prise, 1 à 3 fois par jour, soit environ 45 à 105 mg/j.
- Extrait sec 40 %, DER 6–7:1 : 14 à 18 mg par prise, 3 fois par jour, soit environ 42 à 54 mg/j.
- Extrait sec 60 %, DER 3–6:1 : 33 mg par prise, 2 fois par jour, soit environ 66 mg/j.
- Extrait liquide 70 %, DER 1:1 : 100 mg par prise, 3 fois par jour, soit environ 300 mg/j.
- Extrait mou 50 % avec propylèneglycol, DER 2,2–2,9:1 : 40 mg par prise, 3 fois par jour, soit environ 120 mg/j.
- Pour les présentations alcooliques, l’EMA retient des limites spécifiques selon l’âge et la quantité équivalente de drogue végétale. Chez l’adulte, cela correspond approximativement à un maximum de 67 mg/j d’extrait pour certaines préparations alcooliques, soit environ 420 mg de drogue végétale (EMA/HMPC, 2017).
Enfants de 6 à 11 ans
- Extrait sec hydroalcoolique 24–30 % : 11 à 35 mg par prise, 2 à 3 fois par jour, soit environ 33 à 70 mg/j.
- Pour les présentations alcooliques, ne pas dépasser environ 34 mg/j d’extrait, correspondant à environ 210 mg de drogue végétale (EMA/HMPC, 2017).
- Extrait sec 40 % : 9 à 18 mg par prise, 1 à 3 fois par jour, soit environ 15 à 40 mg/j.
- Extrait sec 60 % : 25 mg par prise, 2 fois par jour, soit environ 50 mg/j.
- Extrait liquide 70 % : 75 mg par prise, 3 fois par jour, soit environ 225 mg/j.
- Extrait mou 50 % avec propylèneglycol : 20 à 26 mg par prise, 3 à 4 fois par jour, sans dépasser environ 80 mg/j.
Enfants de 2 à 5 ans
- Extrait sec hydroalcoolique 24–30 % : 8 à 18 mg par prise, 2 à 3 fois par jour, soit environ 24 à 36 mg/j.
- Pour les présentations alcooliques, ne pas dépasser environ 24 mg/j d’extrait, correspondant à environ 150 mg de drogue végétale (EMA/HMPC, 2017).
- Extrait sec 40 % : 7 à 9 mg par prise, 2 à 3 fois par jour, soit environ 14 à 27 mg/j.
- Extrait sec 60 % : 17 mg par prise, 2 fois par jour, soit environ 34 mg/j.
- Extrait mou 50 % avec propylèneglycol : 20 mg par prise, 3 fois par jour, soit environ 60 mg/j.
- Les extraits liquides alcooliques sont à éviter avant 6 ans en raison de leur teneur en éthanol.
- Le lierre est contre-indiqué chez l’enfant de moins de 2 ans.
Repères pratiques pour les sirops prêts à l’emploi
Les sirops de lierre varient selon la concentration en extrait. Les repères usuels doivent donc être interprétés selon la spécialité utilisée.
- Adulte et adolescent à partir de 12 ans : souvent 5 ml, 3 fois par jour, ou 7,5 ml, 2 fois par jour, ce qui correspond dans certaines spécialités à environ 105 mg/j d’extrait sec.
- Enfant de 6 à 11 ans : souvent 5 ml, 3 fois par jour, selon la concentration du sirop.
- Enfant de 2 à 5 ans : souvent 2,5 ml, 3 fois par jour, selon la concentration du sirop.
Ces repères ne remplacent pas la posologie de la spécialité utilisée.
Durée d’utilisation
La durée d’utilisation est courte. Une réévaluation est nécessaire si les symptômes persistent au-delà de 7 jours.
Un avis médical ou pharmaceutique est nécessaire en cas de fièvre, dyspnée, douleur thoracique, expectoration purulente, aggravation de la toux, toux persistante ou terrain fragile (EMA/HMPC, 2017).
Données cliniques utiles pour la pratique
Les données cliniques les plus solides concernent l’extrait standardisé EA 575, utilisé chez l’adulte dans la toux aiguë ou la bronchite aiguë, avec une dose d’environ 105 mg/j d’extrait sec pendant 7 jours.
Chez l’enfant, les données disponibles sont surtout observationnelles. Elles suggèrent une bonne tolérance globale des préparations adaptées à l’âge, avec principalement des effets digestifs légers possibles.
Points pratiques pour la prescription familiale
Privilégier les formes standardisées de feuilles de lierre avec DER, solvant d’extraction et dose en mg d’extrait clairement indiqués.
Éviter l’usage domestique en tisane ou décoction de feuilles de lierre. Pour cette plante, l’usage moderne repose sur des préparations standardisées, mieux dosées et mieux encadrées.
Ne pas utiliser les baies de lierre.
Chez l’enfant, privilégier les formes sans alcool.
Ne pas associer le lierre à un antitussif central en cas de toux productive, afin d’éviter la stagnation des sécrétions bronchiques.
Sécurité et précautions d’usage
Tolérance
Les extraits de feuilles de lierre sont généralement bien tolérés aux doses usuelles, lorsqu’ils sont utilisés sous forme de spécialités correctement dosées.
Les effets indésirables les plus fréquents sont digestifs : nausées, vomissements, diarrhée ou gêne gastrique, généralement légers et transitoires (EMA/HMPC, 2017).
Des réactions allergiques sont possibles : rash, urticaire, éruption cutanée, dyspnée isolée. De très rares réactions anaphylactiques ont été rapportées en pharmacovigilance, sans confirmation clinique systématique (EMA/HMPC, 2017).
Contre-indications
- Enfant de moins de 2 ans : contre-indiqué, en raison du risque d’aggravation des symptômes respiratoires avec les substances sécrétolytiques (EMA/HMPC, 2017).
- Hypersensibilité connue au lierre, Hedera helix L., ou à d’autres plantes de la famille des Araliaceae (EMA/HMPC, 2017).
- Grossesse et allaitement : usage non recommandé par prudence, en raison de données de sécurité insuffisantes (EMA/HMPC, 2017).
Précautions d’emploi
- Gastrite ou ulcère gastroduodénal : prudence, en raison du risque d’irritation digestive lié aux saponosides.
- Formes alcoolisées : éviter chez l’enfant jeune et chez les sujets pour lesquels l’alcool est déconseillé. Privilégier les formes sans alcool lorsque c’est possible.
- Toux productive : ne pas associer à un antitussif central, afin d’éviter une stase des sécrétions bronchiques.
- Toux persistante ou signes d’alerte : avis médical ou pharmaceutique en cas de fièvre, dyspnée, douleur thoracique, expectoration purulente, aggravation des symptômes ou persistance au-delà de 7 jours (EMA/HMPC, 2017).
- Surdosage : des doses supérieures aux recommandations peuvent provoquer nausées, vomissements et diarrhée. La prise en charge est symptomatique (EMA/HMPC, 2017).
Plante fraîche, baies et préparations domestiques
Le lierre ne doit pas être utilisé en tisane, décoction ou préparation domestique pour un usage interne. Les usages médicinaux modernes reposent sur des extraits de feuilles standardisés.
Les baies ne doivent pas être ingérées en raison de leur toxicité.
Le contact répété avec la plante fraîche peut provoquer des réactions cutanées chez les sujets sensibles, notamment des dermatites de contact, de l’urticaire ou des éruptions. Ces réactions sont principalement liées aux dérivés polyacétyléniques, notamment le falcarinol et le didéhydrofalcarinol (Hausen et al., 1987 ; Gafner et al., 1988 ; García et al., 1995).
Enfants
L’usage est contre-indiqué avant 2 ans (EMA/HMPC, 2017).
Entre 2 et 5 ans, l’utilisation doit se limiter aux spécialités adaptées à l’âge, avec une posologie conforme au RCP ou à la notice.
Chez l’enfant, les formes sans alcool sont à privilégier.
Interactions
Aucune interaction cliniquement pertinente n’est bien établie à ce jour.
Une vigilance théorique peut être retenue chez les sujets polymédiqués, certains extraits ayant montré in vitro une inhibition de CYP2C8, CYP2C19 et CYP2D6. Cette donnée reste expérimentale et ne constitue pas, à elle seule, une interaction clinique démontrée (Rehman et al., 2017).
Vision personnelle
Le lierre est une plante que l’on croit connaître parce qu’elle est partout : sur les murs, les troncs, les haies, les vieux jardins, parfois au point d’être perçue comme envahissante. Pourtant, derrière cette familiarité se cache une plante médicinale exigeante, qui ne se laisse pas réduire à un simple remède de cueillette.
C’est justement ce qui rend le lierre intéressant. Il appartient à notre environnement proche, mais son usage thérapeutique moderne demande une vraie rigueur : feuilles sélectionnées, extraits standardisés, posologies précises, durée courte, formes adaptées à l’âge. Avec lui, la frontière entre plante familière et phyto-médicament est très claire.
Son intérêt principal reste respiratoire, dans les toux productives aiguës et les catarrhes bronchiques légers. Les données cliniques ne justifient pas d’en faire une plante miracle de l’hiver, mais elles confirment une place utile, bien cadrée, lorsque le mucus est épais et que l’on cherche à soutenir l’expectoration.
Les pistes précliniques, notamment antivirales ou anti-inflammatoires, rappellent que le lierre n’a pas encore livré toute sa complexité. Plus récemment, l’étude d’un champignon endophyte associé à ses racines a montré une activité antimicrobienne intéressante contre des bactéries multirésistantes (Osama et al., 2024). Cela ne fait évidemment pas du lierre un antibiotique, ni même une indication thérapeutique nouvelle, mais cela rappelle combien les plantes communes restent des milieux vivants, traversés par des interactions biologiques encore largement à explorer.
Le lierre est donc, pour moi, une plante de prudence autant que d’intérêt : proche de nous, presque banale en apparence, mais à utiliser uniquement dans des formes modernes, standardisées et sécurisées. C’est une belle illustration de cette phytothérapie qui relie la plante du quotidien à l’exigence scientifique.
Reconnaissances officielles
- EMA/HMPC : la feuille de lierre, Hedera helix L., folium, est reconnue dans les préparations à base de plantes comme expectorant dans les toux productives associées au rhume. Les formes, extraits, solvants, dosages et limites d’âge dépendent des préparations évaluées par la monographie européenne.
- ESCOP : l’usage du lierre est reconnu dans la toux, en particulier lorsqu’elle s’accompagne d’une production importante de mucus, ainsi que comme traitement complémentaire des affections bronchiques bénignes.
- Commission E allemande : la feuille de lierre est approuvée dans les catarrhes des voies respiratoires et les symptômes de bronchite chronique.
Bibliographie scientifique et réglementaire
- Blumenthal M, Goldberg A, Brinckmann J, eds. Herbal Medicine: Expanded Commission E Monographs. Austin: American Botanical Council; 2000.
- EMA/HMPC. European Union herbal monograph on Hedera helix, folium. Revision 2. London: European Medicines Agency; 2017.
- EMA/HMPC. Assessment report on Hedera helix, folium. Revision 2. London: European Medicines Agency; 2017.
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