
Monographie de la scrofulaire noueuse
Nom scientifique
Scrophularia nodosa L.
Famille botanique
Scrophulariaceae.
Autres noms communs
Scrofulaire noueuse, scrofulaire des bois, grande scrofulaire, herbe aux écrouelles, orvale.
Habitat et répartition
La scrofulaire noueuse est une espèce eurasiatique indigène en France et en Suisse. Son aire naturelle s’étend de l’Europe jusqu’à la Mongolie et au nord de la Turquie. Elle pousse principalement dans les coupes forestières, les buissons et les forêts alluviales. En Suisse, on la rencontre de l’étage collinéen au subalpin.
Parties utilisées
- Sommités fleuries.
- Racine, dans l’usage traditionnel pharmacopéique français.
La Liste A de la Pharmacopée française mentionne pour Scrophularia nodosa la racine et la sommité fleurie parmi les parties traditionnellement utilisées. Les préparations et posologies actuellement documentées par la monographie de Santé Canada concernent en revanche les sommités séchées administrées par voie orale.
Notes botaniques
La scrofulaire noueuse est une plante vivace de 40 à 100 cm, reconnaissable notamment à son rhizome épaissi et noueux, à l’origine de son nom. Sa tige est quadrangulaire mais non ailée. Les feuilles sont opposées, pétiolées, ovales à cordées et irrégulièrement dentées. Les petites fleurs brun violacé sont regroupées en panicule terminale ; la corolle, longue d’environ 7 à 9 mm, présente un tube renflé et un limbe bilabié. Le fruit est une capsule conique. La floraison a lieu principalement en juin et juillet.
Un caractère utile pour éviter les confusions avec certaines autres scrofulaires est l’absence d’ailes sur les quatre angles de la tige. Scrophularia umbrosa, par exemple, possède au contraire des angles largement ailés.
Histoire et traditions
La scrofulaire noueuse possède une longue histoire médicinale européenne étroitement liée aux « écrouelles » ou scrofules, terme ancien désignant principalement des tuméfactions ganglionnaires, notamment cervicales. Une partie de ces affections sera ultérieurement rattachée à la tuberculose ganglionnaire. Son rhizome noueux, évoquant ces gonflements, a contribué à son emploi dans le cadre de la doctrine des signatures. Le nom même du genre Scrophularia conserve la trace de cette histoire.
L’utilisation de la scrofulaire contre les scrofules est attestée dès le début du XIVe siècle : Matthaeus Silvaticus mentionne « Scrofularia » dans son Liber pandectarum medicinae, achevé en 1317. Aux siècles suivants, la plante reste employée contre les tuméfactions glandulaires, les ulcérations, les plaies et différentes affections cutanées. Au XVIIe siècle, Culpeper rapporte également son utilisation locale contre les hémorroïdes.
Au XIXe siècle, les ouvrages de matière médicale mentionnent encore la racine comme ancien remède des scrofules et surtout l’emploi externe des feuilles, préparées notamment en onguent, dans différentes affections cutanées. Ces usages témoignent de la place durable de la scrofulaire dans la médecine populaire européenne, mais ne constituent pas en eux-mêmes une démonstration d’efficacité selon les critères cliniques actuels.
Principes actifs connus
La scrofulaire noueuse se caractérise principalement par sa richesse en glycosides iridoïdes. Parmi les composés clairement identifiés chez Scrophularia nodosa figurent notamment l’harpagoside, l’aucubine et le catalpol. Sesterhenn et al. (2007) ont mesuré dans des plantes cultivées au champ une teneur de 4,88 % de glycosides iridoïdes détectables rapportée à la matière sèche. L’harpagoside atteignait 1,05 % dans les feuilles, tandis que le catalpol n’était présent qu’à l’état de traces. La teneur et la répartition de ces constituants varient fortement selon les tissus végétaux et les conditions de culture.
Cette famille moléculaire est particulièrement diversifiée. Miyase et Mimatsu (1999) ont isolé, dans les parties aériennes de S. nodosa, dix-huit glycosides iridoïdes acylés ainsi que neuf glycosides phényléthanoïdes. Les capsules sèches contiennent également des iridoïdes acylés spécifiques : Stevenson et al. (2002) y ont notamment identifié le scopolioside A, le scrophuloside A4 et le scrovalentinoside.
Des flavonoïdes sont également présents. Ahmad et al. (2012) en ont isolé sept à partir de la fraction chloroformique d’un extrait éthanolique de plante entière, parmi lesquels la centauréine, la serpylline, le kaempférol-7-O-rhamnoside, le vitexoside et le spinoside. Des acides phénoliques ont par ailleurs été identifiés, notamment dans les parties souterraines de la plante.
Certaines sources plus anciennes ou secondaires mentionnent également des saponines, des glucosides cardioactifs, de la rhéine, des résines, des sucres et différents autres constituants. Leur caractérisation spécifique chez S. nodosa est toutefois beaucoup moins robuste que celle des iridoïdes, des glycosides phényléthanoïdes et des flavonoïdes ; ils ne sont donc pas retenus ici parmi les constituants majeurs bien établis.
Propriétés pharmacologiques majeures
Sphère antalgique
- Activité antinociceptive (préclinique in vivo, Scrophularia nodosa, extrait méthanolique de plante séchée, souris) : Ahmad et al. (2012) ont évalué l’extrait dans le test des contorsions induites par l’acide acétique. À 300 et 500 mg/kg, l’extrait réduit respectivement les contorsions de 54,5 % et 65,6 %, contre 68,9 % avec l’aspirine à 300 mg/kg. Les fractions obtenues après partition de l’extrait présentent à 300 mg/kg des inhibitions comprises entre 35,4 et 50,6 %. Dans le test thermique du retrait de la queue, l’extrait brut à 500 mg/kg augmente également le temps de réponse, avec un maximum de 6,6 ± 0,35 secondes après 90 minutes, contre environ 2 secondes chez les témoins. La partie végétale exacte n’est pas précisée et l’extrait n’est caractérisé ni par un DER ni par une standardisation en iridoïdes (Ahmad et al., 2012).
Sphère cicatrisante et réparatrice cutanée
- Activité sur les fibroblastes dermiques humains (in vitro, Scrophularia nodosa, capsules fructifères sèches, iridoïdes isolés) : Stevenson et al. (2002) ont isolé par HPLC le scopolioside A, le scrophuloside A4 et le scrovalentinoside. Les trois composés stimulent la croissance de fibroblastes dermiques humains. Pour le scrophuloside A4 et le scrovalentinoside, l’effet maximal est observé à 0,78 µg/mL puis diminue avec l’augmentation de la concentration ; à 100 µg/mL, la croissance n’est plus significativement différente du contrôle. Cette donnée porte sur des molécules isolées issues des capsules et non sur une préparation de scrofulaire entière (Stevenson et al., 2002).
- Cicatrisation en association (observations vétérinaires, quatre chevaux) : Fehrenbach et al. (2025) ont utilisé par voie topique une préparation associant Scrophularia nodosa, Achillea millefolium, Centella asiatica, Plantago major et Tabebuia dans une base de vaseline sur quatre plaies équines, pendant respectivement 20, 40, 18 et 22 jours. Une évolution favorable des plaies est décrite, avec granulation et réduction ou fermeture progressive des lésions. Aucun groupe témoin n’était présent et l’effet ne peut être attribué spécifiquement à S. nodosa ; les auteurs indiquent eux-mêmes que la récupération spontanée ne peut être exclue (Fehrenbach et al., 2025).
Sphère anti-inflammatoire
- Activité anti-inflammatoire sur cellules immunitaires primaires (ex vivo, Scrophularia nodosa, parties aériennes séchées) : Soulimani et al. (2023) ont comparé trois poudres de granulométrie 50–100, 100–180 et 180–315 µm à un extrait hydroéthanolique préparé dans eau/éthanol 70/30 v/v. Les préparations, testées à 250 et 500 µg/mL sur des cellules mononucléées du sang périphérique provenant de 18 souris puis stimulées par LPS à 1 µg/mL, réduisent significativement la production de TNF-α, d’IL-1β, d’IL-6 et de monoxyde d’azote. Les poudres les plus fines, particulièrement les fractions 50–100 et 100–180 µm, présentent généralement une activité supérieure à l’extrait hydroéthanolique. Les poudres de S. nodosa diminuent parallèlement la production d’IL-10 induite par le LPS, indiquant que l’activité observée ne repose pas sur une stimulation de cette cytokine anti-inflammatoire (Soulimani et al., 2023).
- Modulation de la réponse inflammatoire cutanée (in vitro, Scrophularia nodosa, extrait acétonitrile/méthanol 60:40, kératinocytes HaCaT et macrophages THP-1) : Fehrenbach et al. (2025) ont étudié un extrait préparé par sonication puis incubation nocturne à 37 °C, évaporation et reprise dans le DMSO, utilisé à 30 µg/mL après stimulation des cellules par LPS à 100 ng/mL. Sur les kératinocytes HaCaT, l’extrait de scrofulaire réduit significativement l’IL-8 et augmente significativement l’IL-10. Sur les macrophages THP-1 différenciés, il réduit également significativement l’IL-8. Aucun effet significatif sur la viabilité cellulaire n’est observé à la concentration étudiée. La préparation utilisée est toutefois un extrait expérimental de laboratoire qui ne correspond pas à une forme galénique employée en phytothérapie (Fehrenbach et al., 2025).
Scrofulaire et inflammation : quand une hypothèse pharmacologique devient une indication thérapeutique
La scrofulaire est régulièrement présentée dans la littérature professionnelle phytothérapeutique comme une plante du système locomoteur et rapprochée de l’harpagophyton. Cette proposition est ancienne : Faivre (2007) défendait déjà son intérêt dans les affections articulaires en s’appuyant notamment sur sa richesse en harpagoside, l’aucubine et différents composés phénoliques. Sesterhenn et al. (2007) ont effectivement montré que les feuilles de Scrophularia nodosa pouvaient contenir 1,05 % d’harpagoside. Ces observations apportent une plausibilité phytochimique à la comparaison, mais ne constituent pas une démonstration d’équivalence thérapeutique entre les deux plantes.
La présence d’une même molécule dans deux espèces ne signifie ni que leurs extraits possèdent la même pharmacologie, ni que leurs doses efficaces sont comparables, ni qu’ils produisent les mêmes effets chez l’être humain. L’harpagoside lui-même ne peut être considéré comme l’unique constituant responsable de l’activité de l’harpagophyton ; l’effet d’un extrait végétal dépend de son profil phytochimique global, de la préparation utilisée et de la biodisponibilité de ses constituants.
Les données expérimentales disponibles montrent néanmoins que l’hypothèse anti-inflammatoire de la scrofulaire n’est pas simplement théorique. Soulimani et al. (2023) ont observé une diminution significative de plusieurs médiateurs inflammatoires, notamment TNF-α, IL-1β, IL-6 et le monoxyde d’azote. Fehrenbach et al. (2025) ont également observé une modulation de l’IL-8 et de l’IL-10 dans des modèles cellulaires. Ahmad et al. (2012) avaient par ailleurs mis en évidence une activité antinociceptive chez la souris. Il existe donc, pour S. nodosa elle-même, un faisceau cohérent de données précliniques compatible avec une activité anti-inflammatoire et antalgique.
La difficulté apparaît lorsque cette activité expérimentale est transformée en indication clinique. Aucun essai clinique évaluant Scrophularia nodosa seule dans l’arthrose, l’arthrite, les tendinopathies ou les douleurs rhumatismales n’a été identifié. Aucun essai clinique publié n’a été retrouvé évaluant spécifiquement un EPS de scrofulaire dans ces indications, et aucune étude comparative directe avec un extrait d’harpagophyton n’a été identifiée.
L’étude de Soulimani et al. illustre d’ailleurs particulièrement bien cette limite. Dans le même protocole expérimental, Rosa canina, Salix alba, Hedera helix et Scrophularia nodosa présentent toutes une capacité à réduire plusieurs médiateurs inflammatoires. Une telle observation est pharmacologiquement intéressante, mais elle ne permet évidemment pas de conclure que chacune de ces plantes possède une efficacité clinique démontrée dans l’arthrose. L’activité anti-inflammatoire préclinique est fréquente dans le monde végétal ; sa traduction en bénéfice thérapeutique chez l’être humain constitue une étape scientifique différente.
Le cas de la scrofulaire montre ainsi comment peut progressivement se construire une affirmation phytothérapeutique : présence de constituants connus, plausibilité pharmacologique, données expérimentales, expérience professionnelle puis répétition de l’indication dans les ouvrages et les supports spécialisés. Chacune de ces étapes peut apporter une information pertinente, mais elles ne doivent pas être confondues avec une validation clinique.
La conclusion n’est donc pas que la scrofulaire serait dépourvue d’intérêt dans les phénomènes inflammatoires. Son potentiel anti-inflammatoire est désormais documenté expérimentalement et mérite des recherches supplémentaires. Mais les données disponibles permettent actuellement de parler d’un potentiel anti-inflammatoire et antalgique préclinique, et non d’une efficacité démontrée dans l’arthrose ou les rhumatismes. La comparaison avec l’harpagophyton reste une hypothèse phytothérapeutique plausible, mais aucune équivalence thérapeutique entre les deux plantes n’a été démontrée.
Sphère antioxydante et cytoprotectrice
- Activité antioxydante et influence de la granulométrie (Scrophularia nodosa, parties aériennes séchées, analyse phytochimique et test DPPH) : Zaiter et al. (2018) ont comparé différentes fractions de poudre obtenues par broyage et tamisage différentiel. La granulométrie modifie nettement la répartition des constituants phytochimiques et l’activité antiradicalaire de S. nodosa, les fractions fines et intermédiaires présentant globalement les profils les plus favorables. L’analyse LC-PDA-ESI/MS confirme également une distribution différentielle de plusieurs constituants, notamment des iridoïdes et des composés phénoliques, selon la taille des particules. Cette étude documente une capacité antiradicalaire chimique de la poudre de S. nodosa, sans permettre à elle seule de conclure à un effet antioxydant biologique in vivo (Zaiter et al., 2018).
- Activité cytoprotectrice contre un stress oxydatif (in vitro, Scrophularia nodosa, parties aériennes séchées, splénocytes primaires de souris) : Soualeh et al. (2018) ont comparé trois poudres de granulométrie 50–100, 100–180 et 180–315 µm à un extrait hydroéthanolique obtenu avec 30 % d’éthanol. Les préparations ont été testées à 250 et 500 µg/mL pendant une heure avant exposition des cellules à 20 mM de H₂O₂ pendant deux heures. À 250 µg/mL, les fractions 50–100 et 100–180 µm diminuent significativement la production de ROS, tandis que seule la fraction 50–100 µm réduit significativement le malondialdéhyde pour S. nodosa. À 500 µg/mL, toutes les préparations réduisent significativement le malondialdéhyde. Les poudres superfines augmentent également l’activité de la glutathion-peroxydase, avec une activité généralement supérieure à celle de l’extrait hydroéthanolique et de la fraction 180–315 µm, particulièrement à 250 µg/mL. Les activités de la catalase et de la superoxyde-dismutase, augmentées par le stress oxydatif, sont ramenées vers des valeurs plus proches de celles des cellules non exposées. L’ensemble met en évidence une activité cytoprotectrice et antioxydante directe de préparations issues des parties aériennes de S. nodosa dans un modèle cellulaire de stress oxydatif, avec un effet dépendant de la granulométrie (Soualeh et al., 2018).
Sphère antimicrobienne
- Activité antibactérienne et antifongique (in vitro, Scrophularia nodosa, partie végétale non précisée, extrait méthanolique et fractions) : Ahmad et al. (2012) ont étudié un extrait méthanolique de plante séchée puis ses fractions n-hexane, chloroforme, acétate d’éthyle, n-butanol et aqueuse à 500 µg/disque. L’extrait brut ne montre aucune activité antibactérienne contre Escherichia coli, Bacillus subtilis, Shigella flexneri, Staphylococcus aureus, Pseudomonas aeruginosa et Salmonella Typhi. Certaines fractions sont cependant actives contre B. subtilis, avec des zones d’inhibition de 9 à 12 mm, contre S. aureus, de 8 à 13 mm, et contre S. Typhi, de 8 à 12 mm. Aucune activité n’est observée contre E. coli, S. flexneri ou P. aeruginosa. L’activité antifongique est plus nette : l’extrait brut et plusieurs fractions montrent des effets variables contre Trichophyton longifusum, Aspergillus flavus, Microsporum canis, Fusarium solani et Candida glabrata, avec des zones d’inhibition allant jusqu’à 16 mm. Aucune activité n’est observée contre Candida albicans (Ahmad et al., 2012).
- Activité antibactérienne sur la flore orale — résultat négatif (in vitro, Scrophularia nodosa, extraits successifs hexanique, éthanolique et aqueux) : Ferrazzano et al. (2013) ont inclus S. nodosa parmi 72 plantes vulnéraires de la flore italienne. Après séchage à 50 °C pendant 48 heures, 4 g de poudre végétale ont été soumis successivement à 40 mL d’hexane, 40 mL d’éthanol puis 40 mL d’eau. Aucun des extraits de S. nodosa ne présente d’activité antibactérienne détectable contre Streptococcus mutans, Streptococcus sobrinus, Lactobacillus casei ou Actinomyces viscosus. Cette donnée négative montre que l’activité antimicrobienne observée avec certaines fractions dans l’étude d’Ahmad et al. dépend fortement du procédé d’extraction et des microorganismes étudiés (Ferrazzano et al., 2013).
Sphère antispasmodique digestive
- Activité spasmolytique sur le muscle intestinal (ex vivo, Scrophularia nodosa, plante entière séchée, extrait éthanolique et fractions, jéjunum isolé de lapin) : Ahmad et al. (2012) ont étudié la plante entière séchée à l’ombre puis percolée avec de l’éthanol à température ambiante. L’extrait brut diminue progressivement les contractions spontanées du jéjunum, avec une relaxation de 31 % à 1 mg/mL, 50 % à 5 et 10 mg/mL, 55 % à 15 mg/mL, 71 % à 20 mg/mL et 91 % à 25 mg/mL. Après fractionnement, la fraction chloroformique présente l’activité relaxante la plus marquée, avec 67 % à 5 mg/mL et 77,37 % à 15 mg/mL. La fraction n-butanolique atteint 48,25 % de relaxation à 15 mg/mL, tandis que la fraction n-hexanique reste faiblement active, avec 11,98 % à cette concentration. La fraction aqueuse présente un comportement différent : après une faible relaxation aux plus basses concentrations, elle provoque une réponse contractile atteignant 38,56 % à 15 mg/mL. Les expériences complémentaires avec atropine, acétylcholine et adrénaline conduisent les auteurs à proposer une possible implication muscarinique, sans permettre d’établir formellement le mécanisme. L’étude met donc en évidence une activité spasmolytique directe de l’extrait éthanolique de plante entière et de certaines fractions de S. nodosa sur le jéjunum isolé, uniquement à un niveau ex vivo (Ahmad et al., 2012).
Indications médicinales retenues
- Affections cutanées chroniques : eczéma, psoriasis et prurit — usage traditionnel.
- Douleur — usage traditionnel comme antalgique.
- Usage traditionnel comme diurétique.
- Usage traditionnel comme laxatif léger.
Indications exploratoires ou émergentes
Aucune indication exploratoire propre à Scrophularia nodosa ne peut actuellement être retenue sur la base de données cliniques suffisantes.
L’intérêt dans les affections inflammatoires articulaires reste une hypothèse pharmacologique soutenue par des données précliniques, mais sans validation clinique spécifique à la plante.
Formes galéniques et posologies
- Partie utilisée : sommités séchées de Scrophularia nodosa, par voie orale, chez l’adulte à partir de 18 ans.
- Formes admises : plante sèche, poudre, extrait sec non standardisé, teinture, extrait fluide, décoction, concentré de décoction, infusion et concentré d’infusion.
- Posologie : 0,2 à 8 g de sommités séchées par jour, quelle que soit la méthode de préparation retenue dans le cadre de la monographie. Aucun nombre de prises quotidiennes n’est imposé.
- Extraits secs non standardisés : seuls l’eau et/ou l’éthanol sont admis comme solvants dans cette monographie. Cette restriction de solvant concerne spécifiquement la catégorie « extrait sec non standardisé » ; elle ne doit pas être étendue arbitrairement aux autres préparations.
- Infusion et décoction : aucune quantité d’eau, température, durée d’infusion ou de décoction n’est précisée.
- Durée : pour l’usage diurétique, usage occasionnel uniquement. Pour les autres usages traditionnels, aucune durée maximale spécifique n’est imposée par la monographie.
- Aucun DER, aucune teneur minimale en harpagoside et aucune préparation standardisée ne sont définis. Aucune posologie provenant d’un essai clinique humain sur S. nodosa seule n’a été identifiée.
Sécurité et précautions d’usage
Contre-indications
- Aucune contre-indication spécifique n’est actuellement exigée par la monographie de Santé Canada pour Scrophularia nodosa.
Précautions d’emploi
- Consulter un professionnel de santé si les symptômes persistent ou s’aggravent.
- Demander l’avis d’un professionnel de santé avant utilisation en cas de maladie cardiaque.
- Pour l’usage diurétique, l’utilisation doit rester occasionnelle.
Grossesse et allaitement
- Demander l’avis d’un professionnel de santé avant utilisation pendant la grossesse ou l’allaitement, les données disponibles étant insuffisantes pour établir la sécurité dans ces situations.
Enfant et adolescent
- Les posologies reconnues concernent uniquement l’adulte à partir de 18 ans. Aucune posologie pédiatrique suffisamment documentée n’est disponible.
Effets indésirables
- Un effet diurétique peut survenir lorsque la scrofulaire est utilisée pour une autre indication que son usage diurétique.
Interactions médicamenteuses
- Aucune interaction médicamenteuse cliniquement établie n’a été identifiée pour Scrophularia nodosa. Les anciennes mentions concernant la warfarine, les antiarythmiques ou les digitaliques ne disposent pas d’un niveau de preuve suffisant pour être retenues.
Données toxicologiques
- Les données toxicologiques spécifiques à S. nodosa restent limitées. Aucune toxicité hépatique, rénale ou cardiaque propre à la plante n’est actuellement établie aux doses traditionnelles.
Cueillette écoresponsable
- Récolter uniquement les sommités aériennes lorsqu’elles sont destinées à l’usage familial, sans arracher le rhizome. La scrofulaire étant une plante vivace, le maintien des parties souterraines permet sa repousse et limite l’impact de la récolte sur les populations locales.
- La floraison a lieu principalement en juin et juillet en Suisse. Lorsque la récolte est réalisée sur plante fleurie, cette période facilite également l’identification botanique et réduit le risque de confusion avec d’autres espèces du genre Scrophularia.
- Prélever seulement une partie des tiges d’une population suffisamment abondante, en laissant en place des individus fleuris et fructifiés pour assurer la reproduction. Éviter les stations peu fournies et ne pas récolter systématiquement au même endroit d’une année à l’autre.
- Privilégier les stations éloignées des routes, des zones agricoles traitées, des décharges et des autres sources potentielles de contamination.
- En Suisse, Scrophularia nodosa est actuellement classée « non menacée » (LC), sans priorité nationale particulière. Cette situation ne dispense pas de respecter les règles locales de cueillette, notamment dans les réserves naturelles et sur les terrains privés.
- En France, l’espèce est largement répertoriée sur le territoire. Avant toute récolte, vérifier néanmoins les éventuelles réglementations locales, le statut du site et les restrictions propres aux espaces protégés.
- Faire sécher rapidement les parties récoltées dans un endroit sec, ventilé et à l’abri de la lumière. Aucune donnée suffisamment solide n’a été identifiée permettant de définir pour S. nodosa une température de séchage optimale ou une durée précise.
Mon regard
La scrofulaire fait partie de ces plantes locales que l’on croise facilement sans vraiment les voir. Je l’ai souvent observée au bord des chemins forestiers, parfois aux côtés de la valériane, de l’ortie, de la prêle ou du frêne, avec cette impression très concrète que notre environnement immédiat constitue déjà une pharmacopée considérable.
C’est aussi pour cela que cette plante m’intéresse. Sa richesse en iridoïdes, notamment en harpagoside, rappelle forcément l’harpagophyton, devenu l’une des grandes plantes du marché des douleurs articulaires. La comparaison s’arrête pourtant là : nous disposons aujourd’hui de données précliniques intéressantes pour la scrofulaire, mais pas d’essais cliniques permettant d’affirmer qu’elle puisse remplacer l’harpagophyton. Cette distinction est importante, précisément parce qu’elle évite de transformer une intuition phytothérapeutique séduisante en certitude scientifique.
Elle pose néanmoins une vraie question : pourquoi connaissons-nous parfois mieux des plantes importées de régions lointaines que celles qui poussent à quelques kilomètres de chez nous ? L’harpagophyton est récolté dans des zones arides d’Afrique australe où sa demande internationale soulève depuis longtemps des enjeux de gestion de la ressource et de rémunération des cueilleurs. La scrofulaire, elle, pousse spontanément dans une grande partie de l’Europe et reste largement méconnue.
Je ne vois donc pas la scrofulaire comme une « alternative démontrée » à l’harpagophyton, mais comme une plante locale qui mérite beaucoup plus de recherche. Revaloriser ce type d’espèce, c’est aussi accepter de regarder notre propre flore avec la même curiosité scientifique que celle que nous portons aux grandes plantes médicinales venues d’ailleurs.
Reconnaissances officielles
- Pharmacopée française – Liste A des plantes médicinales utilisées traditionnellement : Scrophularia nodosa L. est inscrite sur la Liste A des plantes médicinales utilisées traditionnellement. Les parties mentionnées sont la racine et la sommité fleurie. Cette inscription reconnaît son appartenance à la pharmacopée traditionnelle française, mais ne constitue pas une validation clinique de ses indications.
- Pharmacopée française – préparations homéopathiques : une monographie spécifique « Scrofulaire noueuse pour préparations homéopathiques » (Scrophularia nodosa ad praeparationes homoeopathicas) existe depuis 2007. Elle concerne la plante entière fraîche en fleurs et définit des critères d’identité et de qualité. Il s’agit d’une monographie pharmacopéique de qualité et non d’une reconnaissance d’efficacité phytothérapeutique.
- Santé Canada : une monographie spécifique à Scrophularia nodosa, mise à jour le 31 juillet 2026, concerne les sommités séchées administrées par voie orale chez l’adulte. Elle reconnaît comme usages traditionnels l’emploi antalgique, diurétique et laxatif léger ainsi que le soulagement des affections cutanées chroniques, notamment l’eczéma, le psoriasis et le prurit. Il s’agit d’une reconnaissance d’usages traditionnels et non d’une validation clinique d’efficacité.
- EMA/HMPC : aucune monographie communautaire ni rapport d’évaluation spécifique à Scrophularia nodosa n’a été identifié.
- Pharmacopée européenne : aucune monographie spécifique à Scrophularia nodosa n’a été identifiée. La monographie « Scrophularia root » n° 2973 concerne Scrophularia ningpoensis Hemsl. et ne doit pas être appliquée à S. nodosa.
- ESCOP et OMS : aucune monographie spécifique à Scrophularia nodosa n’a été identifiée.
- Suisse : aucune monographie phytothérapeutique spécifique de Swissmedic attribuant des indications à Scrophularia nodosa n’a été identifiée. La plante est présente dans certains médicaments homéopathiques ou homéopathiques-spagyriques autorisés, ce qui ne constitue pas une reconnaissance de son efficacité en phytothérapie.
Bibliographie scientifique
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