
Monographie de l’Aunée
Nom scientifique
Inula helenium L.
Famille botanique
Asteraceae
Autres noms communs
Grande aunée, inule hélénie, énule campane, œil-de-cheval.
Habitat et répartition
Espèce originaire du sud-est de l’Europe, dont l’aire indigène s’étend jusqu’à la Sibérie occidentale et à l’Iran. Anciennement cultivée comme plante médicinale et ornementale, elle a été introduite dans une grande partie de l’Europe occidentale ainsi qu’en Amérique du Nord (Royal Botanic Gardens, Kew, 2026).
En France et en Suisse, elle se rencontre de manière dispersée, souvent à proximité d’anciennes cultures ou des habitations, dans les prairies fraîches, les fossés, les friches, les lisières, les buissons et les décombres. Elle apprécie les sols profonds, frais à humides et riches en éléments nutritifs.
Parties utilisées
Rhizomes et racines séchés.
Notes botaniques
L’aunée est une plante herbacée vivace, robuste et dressée, pouvant atteindre environ 2 m de hauteur. Sa tige épaisse est velue et généralement ramifiée dans sa partie supérieure.
Les feuilles inférieures sont très grandes, ovales à largement lancéolées, irrégulièrement dentées et portées par un long pétiole. Leur face inférieure est couverte d’un tomentum blanchâtre, doux au toucher. Les feuilles supérieures sont plus petites, sessiles et embrassent la tige par une base en forme de cœur.
Les grands capitules jaunes apparaissent principalement en juillet et en août. Ils sont constitués d’un disque central entouré de nombreuses ligules longues et étroites.
L’identification repose sur l’association de plusieurs caractères : le port élevé et robuste, les très grandes feuilles inférieures blanchâtres au revers, les feuilles supérieures embrassantes et les grands capitules jaunes. Les fleurs seules ne permettent pas de la distinguer avec certitude des autres grandes Astéracées à fleurs jaunes.
Histoire et traditions
L’aunée appartient aux anciennes plantes médicinales européennes. Elle est traditionnellement rapprochée de l’helenion ou de l’inula décrite par les auteurs grecs et romains, notamment Dioscoride et Pline, bien que l’identification botanique exacte de ces plantes anciennes ne soit pas toujours certaine.
Son nom a été associé à Hélène de Troie : selon la légende, l’aunée serait née des larmes qu’elle aurait versées. Au Moyen Âge, sa racine était considérée comme réchauffante, tonique et favorable aux fonctions digestives et respiratoires. L’École de Salerne résumait sa réputation par la formule : « Enula campana reddit praecordia sana », que l’on peut traduire par : « L’aunée campane rend les entrailles saines ».
La racine entra longtemps dans la préparation de sirops pectoraux, de vins et de vinaigres médicinaux. Tronchin, médecin de Voltaire, recommandait une infusion miellée associant la racine d’aunée à l’anis étoilé pour favoriser l’expectoration. Son parfum aromatique et amer lui valut également d’être employée pour aromatiser certaines liqueurs, absinthes et vermouths (Cazin, 1868 ; Seca et al., 2014).
Principes actifs connus
Lactones sesquiterpéniques : principalement alantolactone et isoalantolactone, qui constituent les composés caractéristiques des rhizomes et des racines. D’autres lactones de type eudesmanolide sont présentes en quantités plus faibles (Seca et al., 2014 ; Kenny et al., 2022).
Fraction hydrodistillable : fraction riche en alantolactone et en isoalantolactone. Les anciennes appellations « hélénine » ou « camphre d’aunée » désignent essentiellement le mélange cristallin obtenu à partir de cette fraction et non une molécule distincte (Deriu et al., 2008 ; Seca et al., 2014).
Fructanes : inuline particulièrement abondante dans les parties souterraines, avec des teneurs variables selon l’origine de la plante, l’âge de la racine et la méthode analytique utilisée (Seca et al., 2014).
Acides phénoliques : acides chlorogénique et caféique, accompagnés d’autres dérivés hydroxycinnamiques identifiés dans les extraits de racines (Kenny et al., 2022).
Flavonoïdes : plusieurs flavonoïdes ont été détectés dans les extraits de racines, mais ils restent quantitativement secondaires par rapport aux lactones sesquiterpéniques et à l’inuline (Kenny et al., 2022).
Dérivés du thymol : des esters aromatiques dérivés du thymol ont été isolés dans les racines ou dans des cultures racinaires ; ils ne constituent pas les marqueurs majeurs de la drogue médicinale (Seca et al., 2014).
Propriétés pharmacologiques majeures
Sphère respiratoire
- Expectorante (usage traditionnel, racine) : la racine d’Inula helenium a été traditionnellement utilisée pour favoriser l’expectoration dans les toux accompagnées de sécrétions et les affections bronchiques (Seca et al., 2014).
- Anti-inflammatoire respiratoire (in vitro, extrait de racine et alantolactone, neutrophiles humains et cellules épithéliales respiratoires A549) : réduction de l’adhésion des neutrophiles à l’épithélium et diminution de la libération d’IL-8, d’IL-1β et de TNF-α ; l’alantolactone a également modulé l’expression de l’intégrine β2 (Gierlikowska et al., 2020).
Sphère infectieuse
- Antibactérienne (in vitro, extraits de racines, fraction hydrodistillée et lactones sesquiterpéniques) : activité contre plusieurs souches de Staphylococcus aureus, dont des souches résistantes à la méticilline. L’alantolactone, l’isoalantolactone et d’autres eudesmanolides ont été identifiés parmi les composés actifs. La fraction hydrodistillée a augmenté la perméabilité membranaire puis provoqué la lyse bactérienne (Stojanović-Radić et al., 2012 ; Kenny et al., 2022).
- Antifongique (in vitro, préparations obtenues à partir de racines séchées) : activité contre différentes levures du genre Candida (Deriu et al., 2008).
- Antimycobactérienne (in vitro, fractions de racines et eudesmanolides isolés) : activité contre Mycobacterium tuberculosis observée pour l’alantolactone, l’isoalantolactone et le 11αH,13-dihydroisoalantolactone (Cantrell et al., 1999).
- Anthelminthique (in vitro, extrait aqueux) : un extrait à 5 % a exercé une activité sur les œufs et les larves d’Ascaris lumbricoides, avec une action relativement lente et moins marquée que celle de certaines autres plantes comparées (El Garhy et al., 2002).
Sphère digestive
- Amère digestive (usage traditionnel, racine) : la racine, aromatique et fortement amère, a été traditionnellement utilisée pour stimuler l’appétit et accompagner les digestions lentes ou difficiles (Seca et al., 2014).
Sphère métabolique
- Modulation de l’insulinorésistance inflammatoire (in vitro, alantolactone isolée de la racine, myotubes L6 de rat) : restauration de la captation du glucose stimulée par l’insuline et de la phosphorylation d’AKT dans des cellules exposées de manière prolongée à l’IL-6, avec réduction de l’activation des voies STAT3–SOCS3 et TLR4 (Kim et al., 2017).
Activité antioxydante
- Induction des enzymes cytoprotectrices (in vitro et modèle murin, extrait méthanolique, fraction hexanique et sesquiterpènes isolés) : augmentation de l’activité de la quinone réductase et de la glutathion-S-transférase. L’alantolactone, l’isoalantolactone et la 5α-époxyalantolactone ont été identifiées parmi les molécules actives. La fraction hexanique a également induit ces enzymes après administration intrapéritonéale chez la souris (Lim et al., 2007).
- Activation de la voie Nrf2 (in vitro, alantolactone isolée, modèles cellulaires) : translocation nucléaire de Nrf2, activation de l’élément de réponse antioxydante et induction de plusieurs enzymes cytoprotectrices, notamment NQO1 et la glutathion-S-transférase (Seo et al., 2008).
- Activation de la voie Nrf2 (in vitro, isoalantolactone isolée, modèles cellulaires) : induction dépendante de la concentration et de la durée de NQO1 et de la glutathion-S-transférase par activation de la voie Nrf2–ARE (Seo et al., 2009).
- Protection cellulaire contre le stress oxydatif (in vitro, fraction de composés phénoliques totaux, partie végétale non précisée, cellules humaines SH-SY5Y) : diminution de la production d’espèces réactives de l’oxygène et de l’apoptose, avec préservation de l’activité de la superoxyde dismutase, du potentiel mitochondrial et de la production d’ATP (Wang et al., 2015).
Sphère oncologique expérimentale
- Induction de l’apoptose (in vitro, alantolactone isolée, cellules humaines RKO de cancer colorectal) : production d’espèces réactives de l’oxygène, altération du potentiel de membrane mitochondriale, diminution de Bcl-2, augmentation de Bax et activation des caspases 3 et 9 (Zhang et al., 2013).
- Activité antitumorale (in vitro et modèle murin, fraction hexanique de racine enrichie en lactones sesquiterpéniques) : inhibition de l’activation de STAT3, réduction de l’expression de protéines de survie cellulaire et induction de l’apoptose dans les cellules MDA-MB-231 de cancer du sein triple négatif ; réduction de la croissance de xénogreffes tumorales chez la souris (Chun et al., 2018).
- Potentialisation d’une immunothérapie (modèle murin, fraction de racine enrichie en lactones sesquiterpéniques) : associée à un anticorps anti-PD-1 dans un modèle de cancer colorectal MC38, la fraction a renforcé la réduction de la croissance tumorale et prolongé la survie, avec augmentation de la proportion de lymphocytes T CD8+ et de macrophages de type M1 dans le microenvironnement tumoral (Chun et al., 2023).
Indications médicinales retenues
- Sphère respiratoire : usage traditionnel comme expectorant dans les toux productives et les affections bronchiques accompagnées de sécrétions.
- Sphère digestive : usage traditionnel comme amer aromatique en cas de diminution temporaire de l’appétit et de digestion lente ou difficile.
Indications exploratoires ou émergentes
- Sphère infectieuse : potentiel antibactérien, antifongique, antimycobactérien et antiparasitaire documenté principalement in vitro pour des extraits de racines et des lactones sesquiterpéniques isolées (Cantrell et al., 1999 ; El Garhy et al., 2002 ; Deriu et al., 2008 ; Kenny et al., 2022).
- Sphère métabolique : piste expérimentale autour de la modulation de l’insulinorésistance inflammatoire, étudiée uniquement sur des modèles cellulaires avec l’alantolactone isolée (Kim et al., 2017).
- Sphère oncologique : potentiel préclinique des lactones sesquiterpéniques et de fractions enrichies de racine sur l’apoptose tumorale et la réponse aux anticorps anti-PD-1 ; aucune donnée clinique n’est disponible (Chun et al., 2018 ; Chun et al., 2023).
Formes galéniques et posologies
- Décoction de racine ou de rhizome séché : 1,5 à 4 g de drogue fragmentée par prise, préparée en décoction puis filtrée, 3 fois par jour (British Herbal Pharmacopoeia, 1983).
- Extrait liquide 1:1, éthanol à 25 % : 1,5 à 4 ml par prise, 3 fois par jour (British Herbal Pharmacopoeia, 1983).
Ces doses relèvent de recommandations phytothérapeutiques traditionnelles. La durée d’utilisation et l’âge minimal ne sont pas précisés dans la monographie citée.
Sécurité et précautions d’usage
Tolérance
Les données cliniques sont insuffisantes pour établir précisément la tolérance de la racine d’aunée. Son principal risque documenté est la sensibilisation allergique liée aux lactones sesquiterpéniques, notamment à l’alantolactone et à l’isoalantolactone.
Contre-indications
- Hypersensibilité connue à l’aunée ou aux lactones sesquiterpéniques.
- Une allergie connue aux Astéracées impose une prudence particulière en raison de réactions croisées possibles, sans que celles-ci soient systématiques (Paulsen, 2002).
Grossesse et allaitement
L’utilisation est déconseillée pendant la grossesse et l’allaitement en l’absence de données suffisantes sur la sécurité.
Enfants
L’utilisation est déconseillée chez l’enfant en l’absence de données de sécurité et de posologie validée.
Effets indésirables
- Réactions allergiques cutanées, notamment dermatite de contact, éruption ou prurit.
- À dose élevée, irritation digestive, nausées, vomissements, diarrhées ou crampes abdominales traditionnellement rapportés, sans fréquence établie.
Interactions
- Interaction théorique avec les médicaments métabolisés par le CYP3A4 : l’alantolactone isolée a inhibé cette enzyme dans des microsomes hépatiques humains et chez la souris. La pertinence clinique de cette observation pour les préparations traditionnelles de racine n’est pas établie (Qin et al., 2015).
Surveillance et conduite à tenir
Interrompre l’utilisation en cas de réaction cutanée, de prurit, de gonflement ou de troubles digestifs importants. En l’absence de données sur l’utilisation prolongée, éviter les cures longues sans encadrement professionnel.
Cueillette écoresponsable
Les rhizomes et les racines se récoltent traditionnellement en automne, après le dessèchement des parties aériennes, sur des plantes âgées d’au moins deux à trois ans.
Le prélèvement des parties souterraines détruit ou affaiblit fortement la plante. Il est donc préférable de cultiver l’aunée au jardin ou de se procurer la drogue auprès d’une filière contrôlée. Dans une culture suffisamment développée, ne prélever qu’une partie des pieds et conserver plusieurs plantes adultes pour assurer leur reproduction.
Après l’arrachage, éliminer la terre, laver rapidement les rhizomes et les racines, retirer les parties altérées, puis les sectionner afin de faciliter leur séchage. Les faire sécher rapidement dans un lieu sec et bien ventilé, puis les conserver à l’abri de l’humidité et de la lumière.
En Suisse, l’aunée est surtout connue comme plante cultivée ou échappée de culture. En France comme en Suisse, toute récolte doit respecter la propriété foncière, la réglementation locale et les règles applicables aux espaces protégés.
Vision personnelle
« Enula campana reddit praecordia sana »
« L’aunée campane rend les entrailles saines. »
L’aunée est une plante imposante que l’on remarque autant par ses grandes feuilles que par ses capitules jaunes. Pourtant, c’est sous terre qu’elle concentre l’essentiel de son identité médicinale. Sa racine possède une odeur aromatique, presque camphrée, et une amertume franche qui ne laisse pas indifférent.
Je la considère avant tout comme une ancienne plante pectorale, utile lorsque les sécrétions bronchiques s’installent et deviennent difficiles à évacuer. Sa récolte demande toutefois de sacrifier la plante : elle mérite donc d’être cultivée, prélevée avec mesure et utilisée pour une indication précise, plutôt que banalisée dans des mélanges trop larges.
Reconnaissances officielles
EMA/HMPC
Aucune monographie européenne ni entrée dans la liste communautaire n’est consacrée à la racine ou au rhizome d’Inula helenium.
ESCOP
L’ESCOP n’a pas publié de monographie spécifique sur Inula helenium.
Commission E
La Commission E allemande a rendu une monographie négative pour la racine d’aunée, en raison d’une efficacité jugée insuffisamment démontrée et du risque d’effets indésirables, notamment de sensibilisation allergique aux lactones sesquiterpéniques (Blumenthal et al., 1998).
Autres autorités
La Pharmacopée d’État de la Fédération de Russie comprend une monographie officielle consacrée aux rhizomes et aux racines séchés d’Inula helenium sous la référence FS.2.5.0070.18. Cette monographie fixe les critères d’identité, de pureté et de qualité de la drogue médicinale ; elle ne constitue pas une reconnaissance thérapeutique au niveau européen (Ministry of Health of the Russian Federation, 2018).
Bibliographie scientifique
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