
Monographie de l’Aigremoine
Nom scientifique
Agrimonia eupatoria L.
Famille botanique
Rosaceae.
Autres noms communs
Aigremoine commune, agrimoine, eupatoire des Anciens, herbe de Saint-Guillaume.
Habitat et répartition
L’aigremoine eupatoire est originaire d’Europe, de Macaronésie, du nord-ouest de l’Afrique ainsi que d’une partie de l’Asie occidentale et centrale. Elle a été introduite notamment en Amérique du Nord et en Australie.
En France et en Suisse, elle pousse principalement dans les prairies sèches ou modérément fraîches, les talus, les lisières forestières, les haies, les bords de chemins et les clairières. Elle apprécie les sols bien drainés, généralement calcaires ou riches en bases, et les situations ensoleillées à légèrement ombragées (Royal Botanic Gardens, Kew, 2026 ; Info Flora, 2026).
Parties utilisées
Sommités fleuries séchées, récoltées pendant la floraison.
Notes botaniques
Plante vivace dressée, généralement haute de 30 à 100 cm, l’aigremoine eupatoire possède une tige velue, simple ou peu ramifiée. Ses feuilles caulinaires sont divisées en cinq à neuf paires de grandes folioles dentées, entre lesquelles s’intercalent de petites folioles. Leur face inférieure est blanchâtre et densément velue.
De juin à septembre, les petites fleurs jaunes se succèdent le long d’une grappe étroite et allongée. Après la floraison, le calice fructifère devient fortement sillonné. Sa hauteur égale ou dépasse légèrement sa plus grande largeur. Son bord supérieur porte des soies raides et crochues, dont les plus externes sont généralement étalées presque à angle droit. Ces crochets favorisent la dispersion des fruits en s’accrochant aux vêtements et au pelage des animaux.
L’aigremoine eupatoire peut être confondue avec l’aigremoine odorante, Agrimonia procera Wallr. Cette dernière est généralement plus robuste, avec des feuilles plus grandes. La face inférieure de ses folioles est moins densément velue et porte de nombreuses petites glandes jaunâtres. Son calice fructifère est proportionnellement plus large, sillonné surtout dans sa partie supérieure, et certaines de ses soies externes sont réfléchies vers le bas. L’identification doit reposer sur l’ensemble de ces caractères et non sur la seule odeur de la plante (Info Flora, 2026).
Histoire et traditions
L’épithète eupatoria est traditionnellement rapprochée de Mithridate VI Eupator, roi du Pont réputé pour sa connaissance des plantes médicinales, des poisons et des antidotes.
Employée depuis l’Antiquité comme plante astringente et vulnéraire, l’aigremoine fut utilisée contre les diarrhées, les inflammations de la bouche et de la gorge, les saignements ainsi que pour le soin des plaies. Au Moyen Âge et à l’époque moderne, elle acquit également une réputation de remède des affections du foie et de la bile.
Au début du XXe siècle, Henri Leclerc l’employait notamment sous forme de vin d’aigremoine, appliqué en lavage et en pansement sur les ulcères variqueux et les plaies difficiles à cicatriser. Il recommandait également ses préparations dans certaines inflammations du pharynx et dans les troubles digestifs accompagnés de diarrhée (Leclerc, 1966).
Principes actifs connus
Ellagitanins : l’agrimoniine constitue le principal ellagitanin identifié dans les sommités fleuries. De l’acide ellagique et d’autres dérivés ellagiques sont également présents. La teneur mesurée varie selon les échantillons et la méthode analytique utilisée (Granica et al., 2013 ; Karlińska et al., 2021).
Flavan-3-ols et procyanidines : la drogue contient notamment de la catéchine, de l’épicatéchine et plusieurs procyanidines, parmi lesquelles les procyanidines B1, B2 et B3. Ces composés participent à la fraction des tanins condensés (Granica et al., 2013 ; Milani et al., 2025).
Flavonoïdes : les principaux flavonoïdes sont des dérivés glycosylés de l’apigénine, de la lutéoline, de la quercétine et du kaempférol. La vitexine, l’isovitexine, la cynaroside, l’isoquercitrine, l’apigétrine, l’astragaline et le tiliroside ont notamment été identifiés dans la drogue ou dans ses préparations aqueuses (Granica et al., 2013 ; Karlińska et al., 2021 ; Milani et al., 2025).
Acides phénoliques : plusieurs acides phénoliques et leurs dérivés ont été détectés, notamment des dérivés des acides caféique et p-coumarique. Ils représentent une fraction quantitativement plus faible que les tanins et les flavonoïdes (Granica et al., 2013).
Fraction volatile : les parties aériennes renferment une fraction volatile minoritaire dont la composition dépend fortement de la partie végétale, de l’état frais ou sec et du procédé d’extraction. Elle ne constitue pas la fraction caractéristique de la drogue médicinale (Feng et al., 2013 ; Milani et al., 2025).
La composition polyphénolique varie selon les organes et le stade de développement. Les feuilles sont généralement plus riches en polyphénols que les tiges, tandis que l’agrimoniine domine dans la plupart des parties aériennes analysées (Karlińska et al., 2021).
Propriétés pharmacologiques majeures
Sphère digestive et muqueuses
- Astringente des muqueuses : la richesse des sommités fleuries en tanins constitue le fondement pharmacologique de leur emploi traditionnel dans les diarrhées légères et les inflammations mineures de la bouche et de la gorge. Ces usages sont retenus par l’EMA sur la base de leur ancienneté (EMA, 2015).
- Anti-entérotoxique (in vitro, extrait aqueux lyophilisé des parties aériennes sèches, fibroblastes cutanés humains C688) : l’extrait a réduit l’augmentation du cAMP provoquée par la toxine cholérique et limité la liaison de la toxine au ganglioside GM1. L’effet observé semble notamment lié à l’agrégation de la toxine et à la diminution de sa fixation aux récepteurs cellulaires (Komiazyk et al., 2019).
Sphère anti-infectieuse et cicatrisante
- Antibactérienne (in vitro, extraits aqueux, éthanolique, acétonique et à l’éther diéthylique des parties aériennes fleuries) : l’activité variait fortement selon le solvant et la souche étudiée. L’extrait acétonique était globalement le plus actif, avec une sensibilité généralement plus marquée des bactéries à Gram positif. Certaines souches d’Escherichia coli et de Pseudomonas aeruginosa étaient également inhibées, tandis que plusieurs isolats cliniques à Gram négatif étaient peu sensibles aux concentrations testées (Watkins et al., 2012 ; Muruzović et al., 2016).
- Antibiofilm (in vitro, extraits acétonique, aqueux, éthanolique et à l’acétate d’éthyle) : l’extrait acétonique a réduit la formation des biofilms de Proteus mirabilis et de Pseudomonas aeruginosa à des concentrations proches de 4,3 à 4,5 mg/ml. Des travaux plus récents menés sur des bactéries isolées de plaies humaines ont confirmé une inhibition de l’adhésion initiale et de la formation des biofilms, particulièrement pour certaines souches de Staphylococcus aureus. L’activité était moins régulière sur les biofilms déjà constitués et dépendait de la souche, de l’extrait et de la concentration (Muruzović et al., 2016 ; Terzić et al., 2026).
- Activité contre Helicobacter pylori (in vitro, extrait hydroalcoolique à 45 % des feuilles et des tiges, douze isolats cliniques) : à 25 mg/ml, l’extrait a inhibé 40 % des isolats étudiés. Une activité plus régulière était observée aux concentrations de 50 et 75 mg/ml, indépendamment des profils de virulence et de résistance aux antibiotiques (Cardoso et al., 2018).
- Inhibition de la sécrétion de l’antigène HBs (in vitro, extraits aqueux des tiges et des feuilles) : l’extrait préparé à 60 °C a réduit la libération de l’antigène de surface du virus de l’hépatite B. L’intensité de l’effet variait selon la température d’extraction et la période de récolte (Kwon et al., 2005).
- Cicatrisante (in vitro sur des fibroblastes murins et humains et des kératinocytes humains, puis in vivo chez le rat, extrait aqueux à 10 % d’une matière végétale sèche dont la partie n’est pas précisée) : l’extrait a favorisé la différenciation des fibroblastes, le dépôt de matrice extracellulaire et certains processus de régénération épidermique. Appliqué localement trois fois par jour pendant trois jours, il a augmenté la résistance des incisions suturées et accéléré la contraction des plaies ouvertes chez le rat (Vasilenko et al., 2022).
Sphère cytotoxique expérimentale
- Inhibition de la croissance de cellules tumorales (in vitro, extraits aqueux et méthanolique des feuilles, des tiges et des fleurs) : les deux extraits ont réduit la croissance des lignées humaines HeLa et RD de manière dépendante de la concentration et de la durée d’exposition. L’extrait méthanolique était le plus actif. Les fibroblastes embryonnaires de souris étaient moins sensibles, mais leur croissance était également légèrement diminuée ; aucun mécanisme de mort cellulaire n’a été étudié (Ad’hiah et al., 2013).
- Cytotoxicité et modulation de la voie PI3K/Akt/mTOR (in vitro, extrait éthanolique à 96 % des parties aériennes fleuries) : l’extrait a réduit la croissance des lignées tumorales humaines HT-29, MCF-7, HeLa et A549 de manière dépendante de la concentration et du temps d’exposition. Une lignée colique humaine non tumorale était moins sensible lors des expositions courtes, mais une cytotoxicité apparaissait après 72 heures. Dans les cellules A549, l’extrait a diminué les niveaux de PI3K, Akt et mTOR et augmenté modestement les signes morphologiques d’apoptose. À 0,5 mg/ml, il a également provoqué une augmentation modérée des lésions de l’ADN dans les cellules HT-29 (Ginovyan et al., 2026).
Sphère inflammatoire, antalgique et antioxydante
- Anti-inflammatoire et antalgique périphérique (in vitro et in vivo, infusion lyophilisée des parties aériennes et fraction enrichie en polyphénols) : les deux préparations ont modérément réduit les taux de NO dans des macrophages stimulés, probablement en partie par piégeage direct de ce radical. Administrées par voie orale, elles ont diminué l’œdème aigu induit par la carragénine chez le rat et les manifestations de douleur inflammatoire chez la souris. Aucun effet antalgique central n’a été observé dans le test de la plaque chauffante (Santos et al., 2017).
- Anti-exsudative (in vivo chez le rat, extrait hydroalcoolique sec à 40 % des parties supérieures fleuries, modèle d’œdème induit par le formol) : l’administration orale de l’extrait a réduit l’œdème aux différentes doses étudiées. L’effet maximal a été observé à 10 mg/kg, sans relation linéaire entre la dose et la réponse (Huzio et al., 2022).
- Effets sur certains marqueurs inflammatoires et oxydatifs (étude ouverte non contrôlée, 19 volontaires sains, infusion de 1 g dans 200 ml d’eau deux fois par jour pendant 30 jours) : la consommation de l’infusion a été associée à une diminution de l’IL-6 et à une augmentation de la capacité antioxydante plasmatique. La CRP n’a pas été significativement modifiée (Ivanova et al., 2013).
- Antiradicalaire (in vitro, infusion, extrait hydroalcoolique et fractions enrichies en polyphénols) : les préparations ont neutralisé différentes espèces réactives de l’oxygène et de l’azote dans plusieurs essais chimiques. Les fractions enrichies en polyphénols étaient généralement plus actives que les extraits initiaux (Correia et al., 2007 ; Santos et al., 2017).
Sphère neurologique expérimentale
- Protection cellulaire contre une atteinte oxydative (in vitro, extrait méthanolique à 80 % des tiges et flavonoïdes isolés, cellules hippocampiques murines HT22) : l’extrait a limité la diminution de la viabilité cellulaire provoquée par une forte exposition au glutamate. Quatre des dix flavonoïdes isolés à partir de l’extrait ont également présenté un effet protecteur dans ce modèle (Lee et al., 2010).
- Anticholinestérasique (in vitro, extrait aqueux des parties aériennes fleuries) : à la concentration de 100 µg/ml, l’extrait a inhibé l’acétylcholinestérase et la butyrylcholinestérase. L’étude comparait cinq espèces du genre Agrimonia et ne fournit pas, dans les données accessibles, les valeurs exactes propres à A. eupatoria (Kubínová et al., 2016).
Sphère hépatométabolique, vasculaire, hématologique et urinaire
- Effets sur les aminotransférases et les triglycérides (essai randomisé en double aveugle contrôlé contre placebo, 80 adultes présentant des ALAT comprises entre 45 et 135 UI/L, extrait aqueux en capsules pendant huit semaines) : parmi les 69 participants retenus dans l’analyse d’efficacité, une diminution des ALAT ainsi que des interactions significatives entre le groupe et le temps ont été observées pour les ALAT, les ASAT et les triglycérides. Les GGT, les phosphatases alcalines et la bilirubine totale n’ont pas été significativement modifiées (Cho et al., 2018).
- Protection dans des modèles d’atteinte hépatique expérimentale (in vivo chez le rat) : un extrait aqueux des parties aériennes a atténué l’augmentation des aminotransférases, la peroxydation lipidique, l’activité du CYP2E1 et l’activation des voies TLR4/MyD88 et NF-κB dans un modèle d’exposition chronique à l’éthanol (Yoon et al., 2012). Dans un modèle d’atteinte aiguë provoquée par le tétrachlorure de carbone, un extrait hydroalcoolique sec a réduit certains marqueurs de cytolyse et de peroxydation lipidique, mais sans relation dose-réponse régulière et avec des discordances entre les résultats tabulaires et leur interprétation (Huzio et al., 2022).
- Modulation expérimentale de la glycémie et de l’utilisation du glucose (in vivo, ex vivo et in vitro) : chez des souris rendues diabétiques par la streptozotocine, l’administration de la plante a atténué l’hyperglycémie et plusieurs manifestations du diabète. Un extrait aqueux préparé à chaud a stimulé la sécrétion d’insuline dans des cellules β-pancréatiques et augmenté le transport, l’oxydation et le stockage du glucose dans du muscle isolé de souris (Gray et Flatt, 1998).
- Inhibition de l’α-glucosidase et de la glycation (in vitro, infusion aqueuse lyophilisée) : l’extrait a inhibé une α-glucosidase de Saccharomyces cerevisiae et la formation de produits avancés de glycation dans un système associant albumine bovine et glucose. La même infusion, administrée à des rats diabétiques à 200 mg/L pendant cinq semaines, n’a pas significativement diminué la glycémie ni la perte de poids (Kuczmannová et al., 2016).
- Effets lipidiques non uniformes chez l’être humain : les triglycérides ont diminué dans l’essai contrôlé de Cho et al. (2018). Dans une intervention non contrôlée menée chez 19 volontaires sains, le HDL-cholestérol et le cholestérol total ont augmenté simultanément, tandis que le LDL-cholestérol et les triglycérides n’ont pas été significativement modifiés (Ivanova et al., 2013).
- Modulation du tonus vasculaire (ex vivo, infusion des parties aériennes et fraction enrichie en polyphénols, artères humaines isolées) : l’infusion a relaxé des artères précontractées par la noradrénaline, avec une participation des voies du monoxyde d’azote et de la cyclo-oxygénase. Elle a toutefois également augmenté légèrement le tonus basal et renforcé la contraction adrénergique à faible concentration. Ces effets bidirectionnels ne démontrent pas une activité hypotensive (Malheiros et al., 2022).
- Anticoagulante expérimentale (in vitro, complexe polyphénolique-polysaccharidique isolé des parties aériennes) : cette fraction purifiée a retardé la coagulation plasmatique et favorisé l’inhibition indirecte de la thrombine par l’antithrombine et le cofacteur II de l’héparine. Sa présence à une concentration active dans une infusion, son absorption digestive et une éventuelle activité antithrombotique in vivo n’ont pas été établies (Tsirigotis-Maniecka et al., 2019).
- Uricosurique (in vivo chez le rat mâle, infusion et décoction à 15 % administrées par voie orale) : les préparations ont augmenté l’excrétion urinaire de l’acide urique. L’effet sur le volume urinaire était minime et l’élimination de l’urée n’était pas significativement modifiée (Giachetti et al., 1986).
Indications médicinales retenues
Sphère digestive
- Diarrhées légères non spécifiques : usage traditionnel reconnu par l’EMA pour la prise orale des sommités fleuries d’Agrimonia eupatoria (EMA, 2015).
Sphère bucco-pharyngée
- Inflammations mineures de la bouche et de la gorge : usage traditionnel reconnu sous forme de préparation destinée aux gargarismes (EMA, 2015).
Sphère cutanée
- Inflammations cutanées mineures et petites plaies superficielles : usage traditionnel reconnu en application externe (EMA, 2015).
Indications exploratoires ou émergentes
Sphère hépatique
- Élévation modérée des aminotransférases et protection lors d’atteintes hépatiques toxiques : piste fondée sur un essai clinique contrôlé de courte durée et plusieurs modèles animaux (Yoon et al., 2012 ; Cho et al., 2018 ; Huzio et al., 2022).
Sphère métabolique
- Dysrégulation de la glycémie : piste préclinique fondée sur des modèles animaux, cellulaires et enzymatiques, sans confirmation clinique chez l’être humain (Gray et Flatt, 1998 ; Kuczmannová et al., 2016).
Sphère infectieuse
- Infections bactériennes et biofilms : piste exclusivement expérimentale, notamment sur des bactéries associées aux plaies et à la sphère digestive (Watkins et al., 2012 ; Muruzović et al., 2016 ; Cardoso et al., 2018 ; Terzić et al., 2026).
Sphère inflammatoire
- Douleurs inflammatoires aiguës : piste préclinique fondée sur des modèles animaux d’œdème et de douleur périphérique (Santos et al., 2017 ; Huzio et al., 2022).
Formes galéniques et posologies
Les posologies suivantes concernent les adolescents à partir de 12 ans, les adultes et les personnes âgées. L’utilisation chez les enfants de moins de 12 ans n’est pas recommandée.
Voie orale — diarrhées légères
- Infusion : 1,5 à 4 g de sommités fleuries séchées et fragmentées dans 150 ml d’eau bouillante. Laisser infuser 5 à 15 minutes, puis filtrer. Boire 2 à 3 fois par jour.
- Extrait liquide 1:1, éthanol à 25 % : 1 à 3 ml, 3 fois par jour.
- Teinture 1:5, éthanol à 45 % : 1 à 4 ml, 3 fois par jour.
Si la diarrhée persiste plus de trois jours pendant l’utilisation, un avis médical est nécessaire.
Gargarismes — inflammations mineures de la bouche et de la gorge
- Infusion : 1,5 g de sommités fleuries séchées et fragmentées dans 150 ml d’eau bouillante. Laisser infuser 5 à 15 minutes, puis laisser tiédir. Utiliser en gargarisme 2 à 4 fois par jour.
- Décoction : 3 à 4,5 g de sommités fleuries séchées et fragmentées dans un volume maximal de 250 ml d’eau. Utiliser tiède en gargarisme 2 à 3 fois par jour.
- Extrait liquide 1:1, éthanol à 25 % : 1 à 3 ml, 3 fois par jour, en gargarisme.
- Teinture 1:5, éthanol à 45 % : 1 à 4 ml, 3 fois par jour, en gargarisme.
Si les symptômes persistent plus d’une semaine pendant l’utilisation, un avis médical est nécessaire.
Usage cutané — inflammations mineures et petites plaies superficielles
- Décoction : 3 à 10 g de sommités fleuries séchées et fragmentées dans un volume maximal de 250 ml d’eau. Utiliser sous forme de compresse imprégnée ou ajouter à l’eau d’un bain local, pendant au maximum 30 minutes, 2 fois par jour.
Si les symptômes ou la lésion persistent plus d’une semaine pendant l’utilisation, un avis médical est nécessaire (EMA, 2015).
Sécurité et précautions d’usage
Tolérance
Les données humaines disponibles restent limitées, mais aucun événement indésirable grave n’a été rapporté dans l’essai clinique contrôlé de huit semaines. Au moment de son évaluation, l’EMA n’avait recensé aucun effet indésirable associé aux préparations retenues dans la monographie. La tolérance lors d’une utilisation prolongée demeure insuffisamment documentée (EMA, 2015 ; Cho et al., 2018).
Les données toxicologiques sont incomplètes, notamment concernant la mutagénicité des préparations couvertes par la monographie.
Contre-indications
- Hypersensibilité connue à Agrimonia eupatoria ou à la préparation utilisée.
Grossesse et allaitement
La sécurité pendant la grossesse et l’allaitement n’est pas établie. En l’absence de données suffisantes, l’utilisation n’est pas recommandée. Aucune donnée relative à la fertilité n’est disponible.
Enfants
L’utilisation chez les enfants de moins de 12 ans n’est pas recommandée en raison de l’insuffisance des données.
Effets indésirables
Aucun effet indésirable propre aux préparations retenues n’est actuellement connu selon la monographie européenne. Aucun cas de surdosage n’a été rapporté.
En cas de réaction cutanée, respiratoire, digestive ou de tout autre symptôme survenant après la prise ou l’application, interrompre l’utilisation et demander un avis médical.
Interactions
Aucune interaction médicamenteuse n’a été rapportée par l’EMA ou l’ESCOP. Les données disponibles ne permettent cependant pas d’exclure formellement toute interaction.
Les résultats expérimentaux obtenus avec des fractions isolées ou des concentrations élevées ne justifient pas, en l’état, une mise en garde générale avec les anticoagulants, les hypoglycémiants, les diurétiques ou le fer oral.
Surveillance et conduite à tenir
- En cas de diarrhée récurrente, de présence de sang dans les selles ou d’aggravation des symptômes, consulter sans attendre.
- Si une diarrhée persiste plus de trois jours, un avis médical est nécessaire.
- Si une inflammation de la bouche ou de la gorge, une inflammation cutanée ou une petite plaie superficielle persiste plus d’une semaine ou s’aggrave, consulter.
- Pour les extraits liquides et les teintures, tenir compte de leur teneur en éthanol et des précautions qui en découlent (EMA, 2015 ; ESCOP, 2019).
Cueillette écoresponsable
- Récolter les sommités fleuries pendant la floraison, généralement de juin à septembre, par temps sec et après évaporation de la rosée.
- Couper la partie supérieure fleurie de la tige avec des ciseaux ou un sécateur propre. Ne pas arracher la plante : les racines et la souche ne sont pas utilisées.
- Ne prélever que les quantités nécessaires. Laisser en place la majorité des pieds et suffisamment de tiges florales pour permettre la fructification, la dispersion des graines et l’alimentation des insectes.
- Écarter les plantes fanées, tachées, parasitées ou souillées. Éviter les bords de routes fréquentées, les parcelles traitées, les décharges, les anciennes zones industrielles et les lieux exposés aux déjections animales.
- Faire sécher les sommités en couches minces, à l’ombre, dans un endroit sec et bien ventilé. Les retourner régulièrement afin d’éviter l’échauffement et le développement de moisissures.
- Après séchage complet, conserver la drogue dans un récipient propre, sec et fermé, à l’abri de la lumière, de l’humidité et des fortes variations de température.
- Vérifier l’identité de la plante avant toute récolte, notamment pour ne pas la confondre avec l’aigremoine odorante, Agrimonia procera. En cas de doute, ne pas récolter.
- Respecter la propriété foncière, les restrictions locales de cueillette et l’interdiction de prélèvement dans les espaces protégés.
En Suisse, Agrimonia eupatoria est actuellement classée comme non menacée à l’échelle nationale, mais cette situation ne dispense pas d’évaluer l’abondance de la station avant toute récolte. L’aigremoine odorante, Agrimonia procera, est en revanche considérée comme vulnérable à l’échelle suisse (Info Flora, 2026).
Ma vision de l’aigremoine
L’aigremoine demeure avant tout une plante astringente des muqueuses, utile dans les diarrhées légères, les inflammations mineures de la bouche et de la gorge ainsi que dans le soin externe des petites plaies superficielles. Ces usages traditionnels sont simples, cohérents avec sa richesse en tanins et adaptés à une phytothérapie familiale.
Elle serait toutefois mal décrite si elle était réduite à cette seule astringence. Les recherches révèlent une activité pharmacologique beaucoup plus étendue, notamment dans les domaines hépatique, métabolique, inflammatoire, antimicrobien et vasculaire. Cette abondance d’études contraste cependant avec le faible nombre de confirmations cliniques. Plusieurs résultats spectaculaires concernent des cellules, des animaux, des extraits concentrés ou des fractions isolées qui ne correspondent pas aux préparations habituellement utilisées.
L’étude clinique menée chez des personnes présentant des ALAT élevées ouvre une piste hépatique intéressante, mais encore trop isolée pour modifier profondément la place thérapeutique de la plante. Les résultats cytotoxiques, neurologiques ou anticoagulants relèvent davantage de la recherche que d’une application actuelle.
L’aigremoine illustre ainsi une situation fréquente en phytothérapie : une plante locale, ancienne et relativement modeste dans ses usages reconnus peut posséder une pharmacologie complexe sans que celle-ci soit encore traduite en indications cliniques solides. Sa valeur présente repose sur ses usages traditionnels bien délimités ; son avenir dépendra de la capacité de la recherche à confirmer, avec des préparations comparables à celles réellement utilisées, les pistes aujourd’hui principalement expérimentales.
Reconnaissances officielles
EMA/HMPC
L’EMA dispose d’une monographie européenne consacrée aux sommités fleuries séchées d’Agrimonia eupatoria L. Adoptée en 2015, elle reconnaît, sur la base de l’usage traditionnel :
- la prise orale pour soulager les diarrhées légères ;
- les gargarismes lors d’inflammations mineures de la bouche et de la gorge ;
- l’application cutanée lors d’inflammations mineures et de petites plaies superficielles.
Une révision périodique a été engagée en 2022 et complétée par un addendum au rapport d’évaluation publié en 2023. La monographie finale de 2015 demeure la version actuellement publiée par l’EMA (EMA, 2015 ; EMA, 2023).
ESCOP
L’ESCOP a publié en 2019 une monographie consacrée aux sommités fleuries séchées d’Agrimonia eupatoria L. Elle retient :
- les diarrhées légères par voie orale ;
- les inflammations des muqueuses buccale et pharyngée sous forme de gargarismes ;
- le soutien de la cicatrisation sous forme de compresses ou d’irrigations (ESCOP, 2019).
Commission E
La Commission E allemande a publié en 1986 une monographie positive, corrigée en 1990, concernant les parties aériennes séchées d’Agrimonia eupatoria L. et/ou d’Agrimonia procera Wallr., récoltées peu avant ou pendant la floraison. Elle retient :
- les diarrhées aiguës légères et non spécifiques ;
- les inflammations des muqueuses buccale et pharyngée ;
- en usage externe, les inflammations cutanées légères et superficielles.
La définition botanique de cette ancienne monographie est plus large que celle des monographies actuelles de l’EMA et de l’ESCOP, limitées à Agrimonia eupatoria (Commission E, 1986).
Bibliographie scientifique
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- Cho YM, Kwon JE, Lee M, Lea Y, Jeon DY, Kim HJ, et al. Agrimonia eupatoria (Agrimony) extract alters liver health in subjects with elevated alanine transaminase levels: a controlled, randomized, and double-blind trial. J Med Food. 2018;21(3):282-288. doi:10.1089/jmf.2017.4054.
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