
Monographie de la mauve
Nom scientifique
Malva sylvestris L.
Famille botanique
Malvaceae
Autres noms communs
Grande mauve, mauve sauvage, mauve sylvestre, fromager, fromageon, fausse guimauve.
Habitat et répartition
La mauve est une plante herbacée vivace ou bisannuelle des lisières, haies, friches, bords de chemins et terrains rudéralisés. Elle est présente dans les régions tempérées d’Europe et d’Asie occidentale, et naturalisée dans plusieurs régions tempérées, notamment en Amérique du Nord. Elle affectionne les sols riches, bien drainés, en situation ensoleillée à mi-ombragée.
Parties utilisées
Fleurs de Malva sylvestris L., entières ou fragmentées, généralement séchées.
Feuilles de Malva sylvestris L. et/ou de Malva neglecta Wallr., entières ou fragmentées, généralement séchées.
Notes botaniques
Malva sylvestris est une plante herbacée vivace ou bisannuelle, haute d’environ 30 à 80 cm, à tige dressée, rameuse, souvent velue. Les feuilles sont alternes, orbiculaires à palmées, divisées en 5 à 7 lobes plus ou moins incisés, et finement pubescentes. Les fleurs, axillaires, sont réunies en petits fascicules. Les pétales, rose-mauve à violacés, veinés de pourpre, sont nettement plus longs que le calice. Le fruit forme un disque de méricarpes, à l’origine du nom populaire de « fromageon ».
Dans la tradition herboriste, le nom de « mauves » peut recouvrir plusieurs espèces du genre Malva, dont les usages émollients sont proches. Cette proximité d’usage ne doit toutefois pas être confondue avec le statut officinal des drogues reconnues.
Malva neglecta présente un port étalé à ascendant, souvent couché, avec des feuilles plus orbiculaires et faiblement lobées. Ses pétales, blanchâtres à rosés, sont plus longs que le calice.
Malva moschata possède un port plus élancé, des feuilles très découpées en segments étroits et de grandes fleurs rose pâle. Ses méricarpes sont densément hirsutes.
Malva alcea présente des tiges robustes, des feuilles palmatilobées moins découpées que celles de Malva moschata, et de grandes fleurs rose vif. Ses méricarpes sont glabres ou faiblement pubescents.
La mauve ne doit pas être confondue avec la guimauve officinale, Althaea officinalis L., qui appartient à la même famille botanique, mais à un autre genre. La proximité d’usage tient surtout à leur richesse commune en mucilages.
Histoire et traditions
Plante alimentaire et médicinale très ancienne, la mauve appartient à la grande famille des plantes émollientes. Son nom est souvent rapproché du grec malakós, qui signifie « doux », ce qui correspond bien à son usage traditionnel sur les muqueuses irritées.
Elle est déjà mentionnée dans l’Antiquité. Chez Hésiode, la mauve apparaît aux côtés de l’asphodèle, comme une plante simple, nourricière, appartenant à l’univers des ressources végétales anciennes. Les auteurs antiques et les traditions savantes lui ont ensuite attribué une valeur à la fois alimentaire, médicinale et symbolique.
Dans la tradition pythagoricienne, la mauve était regardée comme une plante capable de modérer les passions et de maintenir « le ventre et l’esprit en liberté ». Cette formule, rapportée par les anciens auteurs de matière médicale, dit beaucoup de la manière dont la plante était perçue : non comme un remède spectaculaire, mais comme une plante de douceur, de régulation et d’apaisement.
La mauve fut également une plante alimentaire. Cultivée ou récoltée dans les campagnes, elle entrait dans des soupes, des bouillies, des préparations de légumes et des cataplasmes. Certaines espèces proches, comme Malva neglecta, restent utilisées comme légumes sauvages dans différentes traditions culinaires du Moyen-Orient, notamment au printemps, sous forme de feuilles cuites, de potages ou de préparations familiales.
Au fil des siècles, ses usages médicinaux se sont élargis. Comme beaucoup de plantes communes et bien tolérées, elle a parfois été décrite de façon excessive, presque comme une panacée. Les traditions médiévales et modernes lui ont prêté des indications très variées : troubles urinaires, affections rénales, irritations, inflammations, troubles respiratoires, inconforts digestifs ou cutanés. Ces extensions d’usage témoignent surtout de la place importante qu’occupait la mauve dans la médecine populaire.
Principes actifs connus
Polysaccharides mucilagineux
Présents dans les feuilles et les fleurs, principalement sous forme de rhamnogalacturonanes de type I, d’arabinogalactanes et de pectines. Ces polysaccharides acides forment, au contact de l’eau, des solutions visqueuses à forte capacité filmogène et adhésive sur les muqueuses. Ils constituent la fraction dominante de la mauve et expliquent ses effets émollients, apaisants et adoucissants traditionnellement attribués à la plante (Karkanis et al., 2019 ; Sharifi-Rad et al., 2020).
Flavonoïdes
Principalement des dérivés du quercétol et du kaempférol, dont la quercétine, le rutoside, le kaempférol-3-O-glucoside et l’astragaline ; présence également d’isorhamnétine, de lutéoline et de dérivés glycosylés de la gossypétine selon les profils chromatographiques récents. Ces composés participent au profil antioxydant et anti-inflammatoire de la plante (Barros et al., 2010 ; Sarmiento-Tomalá et al., 2020 ; Ben Hsouna et al., 2024).
Anthocyanosides
Principalement présents dans les fleurs, dominés par la malvidine-3,5-diglucoside ou malvine, la delphinidine-3,5-diglucoside et des dérivés de la malvidine. Ces pigments hydrosolubles confèrent aux fleurs leur teinte mauve à pourpre et contribuent au pouvoir antiradicalaire de la plante (Barros et al., 2010).
Acides phénoliques
Acides caféique, férulique, p-coumarique, chlorogénique et leurs esters. Ils complètent le profil polyphénolique de la mauve et contribuent aux activités antioxydantes et anti-inflammatoires observées expérimentalement (Sharifi-Rad et al., 2020 ; Ben Hsouna et al., 2024).
Tanins
Tanins condensés en proportion faible à modérée. Ils peuvent participer à une légère activité astringente, sans dominer le profil de la plante, qui reste principalement émollient.
Phytostérols
β-sitostérol, campestérol et stigmastérol. Ces constituants secondaires participent au profil phytochimique général de la mauve.
Acides gras
Acide palmitique, acide linoléique, acide α-linolénique et acide vernolique. Ils complètent la fraction lipidique de la plante.
Vitamines et caroténoïdes
Vitamines C et E, β-carotène. Ces composés participent au profil antioxydant et nutritionnel général.
Autres constituants secondaires
Traces d’huile essentielle renfermant des sesquiterpènes et des alcools aliphatiques volatils ; terpènes et composés apparentés, dont blumenol A, linalol et déhydrovomifoliol ; naphtoquinones, dont malvones A–C ; coumarines, dont scopolétine et 5,7-diméthoxycoumarine (Karkanis et al., 2019).
Les principales revues consacrées à Malva sylvestris et au genre Malva confirment cette composition dominée par les polysaccharides mucilagineux, complétée par une fraction polyphénolique associant flavonoïdes, anthocyanosides et acides phénoliques, ainsi que par divers constituants secondaires (Karkanis et al., 2019 ; Sharifi-Rad et al., 2020 ; Batiha et al., 2023 ; Paul et al., 2024).
Propriétés pharmacologiques majeures
Sphère oropharyngée / respiratoire
- Effet émollient et filmogène des muqueuses (usage traditionnel reconnu) : les polysaccharides mucilagineux forment un film protecteur au contact de la muqueuse oropharyngée. Cette action mécanique contribue à diminuer l’irritation, la sécheresse et les sensations de brûlure. Elle constitue le fondement principal de l’usage traditionnel de la mauve dans les irritations de la bouche et de la gorge.
- Antitussif d’appoint dans la toux sèche irritative (clinique, préparation combinée) : l’effet attendu repose surtout sur la réduction locale de l’irritation pharyngée par les mucilages. Les données cliniques disponibles concernent principalement des préparations combinées riches en polysaccharides ; elles soutiennent l’usage traditionnel, sans permettre d’isoler entièrement l’effet propre de la mauve (Carnevali et al., 2021).
Sphère bucco-dentaire
- Protection des muqueuses buccales (usage traditionnel reconnu) : les mucilages de la mauve peuvent former un film adoucissant sur les muqueuses irritées. Cet effet est cohérent avec son usage local en gargarisme ou bain de bouche dans les irritations bénignes de la bouche et de la gorge.
- Activité anti-inflammatoire locale (préclinique in vitro) : des données sur cellules buccales et gingivales montrent un effet modulateur sur plusieurs cytokines pro-inflammatoires, avec réduction de l’expression d’IL-1β, IL-6, IL-8 et GM-CSF dans un modèle d’infection buccale, sans cytotoxicité notable (Benso et al., 2015).
- Activité antimicrobienne buccale modérée (préclinique in vitro) : les extraits de Malva sylvestris présentent une activité antibactérienne légère et une inhibition partielle de la formation de biofilms dans différents modèles expérimentaux. Ces résultats restent précliniques et ne justifient pas de présenter la mauve comme un antiseptique buccal majeur (Batiha et al., 2023).
- Plaque dentaire et gingivite (clinique randomisé croisé) : un bain de bouche à base de Malva sylvestris a montré un intérêt à court terme sur la plaque dentaire. L’effet sur la gingivite apparaît inférieur à celui de la chlorhexidine 0,12 %, mais avec une bonne tolérance et sans les effets secondaires classiques de coloration rapportés avec la chlorhexidine (Zuttion et al., 2024).
Sphère gastro-intestinale
- Effet émollient digestif (usage traditionnel reconnu) : les mucilages de la mauve exercent une action protectrice et adoucissante sur les muqueuses digestives. Cet effet justifie son usage traditionnel dans les irritations gastro-intestinales légères, les sensations de brûlure ou d’inconfort digestif modéré.
- Protection de la muqueuse digestive (préclinique in vivo) : les extraits aqueux et les polysaccharides isolés de M. sylvestris réduisent l’inflammation colique, les lésions histologiques et certains signes cliniques dans un modèle animal de colite induite à l’acide acétique. Ces résultats soutiennent la plausibilité pharmacologique de l’usage digestif, sans constituer une preuve clinique suffisante pour les maladies inflammatoires digestives (Hamedi et al., 2016).
- Activité anti-ulcérogène et anti-inflammatoire digestive (préclinique expérimental) : des données expérimentales suggèrent une activité anti-ulcérogène et anti-inflammatoire digestive, cohérente avec la richesse de la plante en mucilages et en composés polyphénoliques. Ces données restent précliniques et ne permettent pas de retenir une indication clinique spécifique dans les pathologies ulcéreuses ou inflammatoires digestives (Sleiman & Daher, 2009 ; Batiha et al., 2023).
- Laxatif doux (usage traditionnel et données cliniques limitées) : la mauve peut favoriser le transit par un effet mécanique lié aux mucilages et aux fibres hydrosolubles. Cet effet repose sur l’hydratation et le ramollissement du contenu intestinal, plutôt que sur une stimulation irritante du côlon.
- Constipation expérimentale (préclinique in vivo) : un extrait aqueux de feuilles de M. sylvestris améliore le transit et le volume fécal chez le rat constipé par la lopéramide, tout en réduisant le stress oxydatif colique et en normalisant certaines enzymes antioxydantes (Jabri et al., 2017).
- Constipation fonctionnelle (clinique randomisé contrôlé versus placebo) : un sirop aqueux de fleurs de M. sylvestris, administré à 1 g/j pendant 4 semaines, augmente la fréquence des selles et diminue la dureté fécale ainsi que les symptômes globaux de constipation, sans effet indésirable notable (Elsagh et al., 2015).
- Transit et tolérance digestive (observationnel) : un complément alimentaire à base d’extrait de M. sylvestris, administré à 750 mg/j pendant 20 jours, améliore la fréquence des selles, leur consistance selon l’échelle de Bristol et les douleurs abdominales, sans effet indésirable rapporté chez des volontaires en bonne santé (De Lellis et al., 2025).
Sphère cutanée
- Apaisement des irritations cutanées bénignes (usage traditionnel) : l’usage externe traditionnel de la mauve repose sur ses mucilages, capables de former un film adoucissant sur les tissus irrités. Les compresses, cataplasmes ou préparations émollientes peuvent être envisagés dans les irritations cutanées légères, les rougeurs superficielles et le prurit modéré.
- Activité anti-inflammatoire locale (préclinique in vivo) : des extraits de Malva sylvestris réduisent le flux leucocytaire, l’expression d’IL-1β et le gonflement tissulaire dans un modèle murin d’œdème auriculaire induit par le TPA. L’effet est attribué en partie à la malvidine-3-glucoside (Prudente et al., 2013).
- Activité cicatrisante et réparatrice cutanée (préclinique in vivo) : des modèles animaux suggèrent une accélération de la contraction des plaies, une meilleure organisation du collagène et une amélioration de la régénération tissulaire. Ces données soutiennent l’usage traditionnel externe, mais ne suffisent pas à établir une indication clinique générale en cicatrisation (Pirbalouti & Koohpyeh, 2011 ; Afshar et al., 2015).
- Dermatoses inflammatoires chroniques (préclinique in vivo) : l’extrait hydroalcoolique de M. sylvestris réduit l’œdème, l’infiltrat leucocytaire et l’hyperprolifération kératinocytaire dans un modèle de dermatose chronique induite par le TPA, sans interaction notable avec la voie glucocorticoïde. Ces résultats suggèrent un potentiel anti-inflammatoire et antiprolifératif local, à ne pas extrapoler directement à une indication clinique de psoriasis (Prudente et al., 2017).
- Dermatite atopique (clinique randomisé contrôlé) : l’application biquotidienne d’une crème à base d’extrait de M. sylvestris pendant 4 semaines réduit le score SCORAD, l’épaississement cutané et la rougeur chez des enfants atteints de dermatite atopique. Ces résultats sont encourageants pour un usage topique adjuvant dans les dermatoses inflammatoires légères, mais restent à confirmer par des essais plus larges (Meysami et al., 2021).
- Épisiotomie (clinique randomisé en double aveugle) : l’application d’une crème à base d’extrait de M. sylvestris pendant 14 jours n’a pas montré d’amélioration significative de la cicatrisation ni de la douleur après épisiotomie. Une réduction des cas de dysurie externe a été rapportée, mais ce résultat ne permet pas de retenir une indication cicatrisante dans ce contexte (Mohaghegh et al., 2022).
Sphère hépatique, rénale et métabolique
- Effets antioxydants et cytoprotecteurs (préclinique in vivo) : plusieurs modèles expérimentaux suggèrent une activité antioxydante de Malva sylvestris, avec modulation des enzymes antioxydantes SOD, CAT et GPx. Ces effets ont été observés dans des modèles de stress oxydatif hépatique, rénal ou tissulaire, mais restent précliniques (Marouane et al., 2011 ; Ashtiyani et al., 2012 ; Batiha et al., 2023).
- Protection rénale expérimentale (préclinique in vivo) : un extrait de M. sylvestris administré à 0,2 g/kg pendant 30 jours réduit certains marqueurs de toxicité rénale chez des rats exposés au carbonate de lithium, avec baisse de la créatinine et de l’urée, restauration des niveaux de Na⁺/K⁺ et normalisation partielle des enzymes antioxydantes. Ces données soutiennent un effet néphroprotecteur expérimental, sans indication clinique retenue (Ben Saad et al., 2016).
- Effets métaboliques expérimentaux (préclinique in vitro et in vivo) : des extraits hydroalcooliques de feuilles de M. sylvestris montrent une activité antioxydante marquée dans différents tests in vitro (FRAP, DPPH, ABTS) et un effet hypoglycémiant dose-dépendant chez le rat, à des doses de 250 à 1000 mg/kg. Ces effets sont attribués en partie à la richesse en flavonoïdes glycosylés, dont des dérivés de la gossypétine (Sarmiento-Tomalá et al., 2020).
- Protection tissulaire dans un modèle de varicocèle (préclinique in vivo) : un traitement par M. sylvestris à 750–1500 mg/kg pendant 21 jours améliore certains paramètres testiculaires et spermatiques dans un modèle de varicocèle chez le rat. Les effets sont associés à une modulation des voies antioxydantes et inflammatoires. Ces résultats restent strictement expérimentaux (Koohkan et al., 2025).
Sphère antioxydante et anti-inflammatoire systémique
- Activité antioxydante (préclinique in vitro) : les polysaccharides, flavonoïdes, anthocyanosides et acides phénoliques de la mauve contribuent à une activité antioxydante observée dans plusieurs modèles expérimentaux, notamment par piégeage radicalaire et tests FRAP, DPPH ou ABTS (Batiha et al., 2023).
- Modulation des médiateurs inflammatoires (préclinique in vitro et in vivo) : plusieurs études expérimentales suggèrent une réduction de médiateurs pro-inflammatoires tels qu’IL-6, TNF-α ou IL-1β. Ces résultats soutiennent la cohérence pharmacologique anti-inflammatoire de la plante, mais ne suffisent pas à établir une indication clinique systémique (Batiha et al., 2023).
- Modulation des voies COX-prostaglandines (préclinique in vitro) : des extraits de feuilles et de fleurs de M. sylvestris inhibent la production de prostanoïdes pro-inflammatoires, dont PGE₂, PGD₂, PGF₂α et TXB₂, sur des macrophages RAW 264.7 stimulés par le LPS. Ces données indiquent une modulation expérimentale des voies COX-prostaglandines (Martins et al., 2017).
- Fraction aqueuse anti-inflammatoire (préclinique in vitro et in vivo) : une fraction aqueuse de M. sylvestris réduit la migration des neutrophiles, l’œdème et la production d’IL-1β in vivo. La même étude rapporte aussi une inhibition in vitro de la différenciation ostéoclastique et une activité antioxydante comparable au Trolox. Ces résultats restent précliniques (Benso et al., 2016).
- Données sur Malva neglecta (préclinique in vivo) : un extrait de Malva neglecta exerce des effets anti-inflammatoires et anti-angiogéniques associés à une baisse de TNF-α, IL-6 et VEGF dans un modèle animal d’endométriose. Ces données concernent une espèce proche et ne doivent pas être extrapolées directement à Malva sylvestris (Akkol et al., 2022).
- Données récentes antioxydantes et antimicrobiennes (préclinique in vitro) : des extraits de M. sylvestris riches en polyphénols et flavonoïdes montrent une capacité antioxydante élevée et une activité antibactérienne contre plusieurs souches bactériennes, dont Staphylococcus aureus, Bacillus cereus, Escherichia coli et Pseudomonas aeruginosa. L’activité antifongique apparaît plus variable (Memdueva et al., 2025).
- Neuro-inflammation expérimentale (préclinique in vivo) : l’extrait de M. sylvestris réduit l’activation gliale, l’apoptose neuronale et certaines cytokines pro-inflammatoires, tout en augmentant l’IL-4, dans un modèle murin de dépression induite par le LPS. Ces résultats suggèrent un intérêt expérimental dans la modulation du stress neuro-inflammatoire, sans application clinique retenue à ce stade (Wu et al., 2019).
Sphère antiproliférative
- Activité antiproliférative cellulaire (préclinique in vitro, exploratoire) : des extraits de Malva sylvestris montrent, dans des modèles cellulaires, une réduction de la prolifération de certaines lignées mélaniques, mammaires et rénales, avec effet cytotoxique modéré et induction d’apoptose. Ces résultats, attribués notamment aux flavonoïdes et à certains métabolites secondaires comme les naphtoquinones, restent préliminaires et ne justifient aucune indication anticancéreuse (Conforti et al., 2008 ; Gasparetto et al., 2012 ; Batiha et al., 2023).
Sphère antivirale
- Activité antivirale hypothétique (in silico, exploratoire) : des phytoconstituants isolés de Malva neglecta montrent, dans une étude de docking moléculaire, une affinité de liaison pour la protéase principale du SARS-CoV-2. Ces données sont uniquement in silico, concernent une espèce proche et doivent être considérées comme hypothétiques. Elles ne permettent pas de retenir une activité antivirale clinique (Irfan et al., 2021).
Autres propriétés expérimentales
- Activité antimicrobienne (préclinique in vitro) : les extraits hydroalcooliques et méthanoliques de Malva sylvestris présentent une activité antibactérienne modérée in vitro contre plusieurs bactéries, notamment Staphylococcus aureus, Escherichia coli et Pseudomonas aeruginosa. Ces données restent expérimentales et ne font pas de la mauve un antiseptique majeur (Sharifi-Rad et al., 2020).
- Sécheresse oculaire (préclinique in vitro) : des extraits floraux de M. sylvestris montrent une activité antioxydante, anti-inflammatoire et cicatrisante sur cellules cornéennes et meibomiennes humaines. Ces résultats ouvrent une piste exploratoire pour l’irritation oculaire et la sécheresse oculaire, mais ne constituent pas une indication clinique validée (Areesanan et al., 2023).
Indications médicinales retenues
Fleurs et feuilles, usage oropharyngé
- Irritations bénignes de la bouche et de la gorge.
- Toux sèche associée à une irritation pharyngée.
- Usage sous forme d’infusion, décoction légère, gargarisme, bain de bouche ou préparation émolliente.
Fleurs et feuilles, usage digestif
- Troubles gastro-intestinaux légers avec irritation des muqueuses.
- Transit ralenti ou constipation fonctionnelle légère, en soutien ponctuel.
- Usage sous forme d’infusion, décoction courte ou macération aqueuse.
Fleurs et feuilles, usage externe traditionnel
- Irritations cutanées bénignes, rougeurs superficielles, prurit léger.
- Usage en compresses, cataplasmes ou préparations émollientes.
Indications exploratoires ou émergentes
- Gingivite et contrôle de la plaque dentaire : données cliniques préliminaires avec bain de bouche à base de Malva sylvestris, à confirmer.
- Gastroprotection et inflammation colique : données précliniques sur les extraits aqueux et les polysaccharides, sans indication retenue dans les maladies inflammatoires digestives.
- Dermatite atopique : essai clinique pédiatrique encourageant avec une crème à base d’extrait de Malva sylvestris, mais données encore limitées.
- Sécheresse oculaire : données in vitro sur cellules cornéennes et meibomiennes humaines, sans validation clinique à ce stade.
- Dermatoses inflammatoires chroniques, psoriasis, plaies : données précliniques intéressantes, mais insuffisantes pour retenir une indication clinique.
- Activités antioxydantes, anti-inflammatoires systémiques, métaboliques, rénales, hépatiques, neuroprotectrices ou antiprolifératives : données expérimentales, sans indication médicinale retenue chez l’humain.
- Activité antivirale : données in silico sur Malva neglecta, non extrapolables à un usage clinique de Malva sylvestris.
Formes galéniques et posologies
Fleurs, infusion ou décoction
1 à 2 g de fleurs séchées pour 250 ml d’eau bouillante. Laisser infuser 10 minutes, puis filtrer. Prendre 2 à 3 fois par jour, soit une dose journalière d’environ 5 g de drogue végétale.
Les fleurs peuvent également être préparées en décoction courte, dans 250 ml d’eau, lorsque l’on souhaite une préparation plus concentrée.
Feuilles, infusion ou décoction
1,8 g de feuilles comminutées pour 150 ml d’eau bouillante. Laisser infuser, puis filtrer. Prendre 3 fois par jour, soit une dose journalière d’environ 5,4 g de drogue végétale.
Usage oropharyngé, gargarisme ou bain de bouche
Utiliser l’infusion ou la décoction tiédie, 2 à 4 fois par jour, en gargarisme ou en bain de bouche, dans les irritations bénignes de la bouche et de la gorge.
Macération aqueuse à froid
1 à 2 g de fleurs ou de feuilles pour 150 à 250 ml d’eau froide. Laisser macérer 30 à 60 minutes, agiter, puis filtrer soigneusement.
Cette préparation permet une bonne extraction des mucilages. Elle peut être utilisée par voie orale ou en gargarisme, 2 à 4 fois par jour. Elle doit être préparée au moment de l’usage et consommée rapidement.
Durée d’utilisation et conduite à tenir
En cas d’irritation oropharyngée ou de toux sèche irritative, un avis médical est nécessaire si les symptômes persistent plus d’une semaine, s’aggravent ou s’accompagnent de fièvre, de dyspnée ou d’expectorations purulentes.
En cas de troubles digestifs légers, un avis médical est nécessaire si les symptômes persistent plus de deux semaines, s’aggravent ou s’accompagnent de douleurs importantes, de sang dans les selles, de vomissements répétés ou d’altération de l’état général.
Usage externe traditionnel
Préparer une infusion concentrée de fleurs, à raison de 3 à 5 g pour 100 ml d’eau. Appliquer tiède sur une compresse propre ou sous forme de cataplasme, 1 à 2 fois par jour, sur les zones cutanées légèrement irritées ou prurigineuses.
L’usage externe doit rester limité aux irritations bénignes. Toute lésion infectée, suintante, étendue, douloureuse ou persistante nécessite un avis médical.
Recommandations de cueillette
Récolter les fleurs épanouies et les jeunes feuilles saines, de préférence entre juin et septembre, sur des stations non traitées, éloignées des routes, des zones polluées et des cultures intensives.
Faire sécher rapidement à l’ombre, dans un lieu sec, ventilé et à température modérée, idéalement inférieure à 40 °C. Une chaleur excessive altère la qualité de la drogue végétale, en particulier les mucilages et les pigments floraux.
Conserver les fleurs et les feuilles bien sèches dans un contenant fermé, à l’abri de l’humidité, de la lumière et de la chaleur. Les fleurs doivent garder une couleur vive et ne pas brunir excessivement.
Renouveler la récolte régulièrement, car les préparations riches en mucilages et en anthocyanosides se conservent mieux lorsqu’elles sont récentes et bien protégées.
Sécurité et précautions d’usage
Tolérance
La mauve est généralement bien tolérée aux doses usuelles, par voie orale comme en usage local. Aucune toxicité significative n’est rapportée pour les préparations aqueuses traditionnelles de fleurs ou de feuilles.
Contre-indications
Hypersensibilité connue à la mauve, à une autre plante de la famille des Malvacées ou à l’un des constituants de la préparation.
Précautions d’emploi
En cas d’antécédent allergique important, notamment aux pollens ou aux plantes de la famille des Malvacées, l’usage doit rester prudent.
Les préparations riches en mucilages peuvent diminuer ou ralentir l’absorption digestive de certains médicaments pris par voie orale. Il est préférable d’espacer la prise de mauve et de médicaments d’au moins 1 à 2 heures.
Enfants
L’usage thérapeutique chez l’enfant de moins de 12 ans n’est pas recommandé comme phytomédicament en raison de données insuffisantes. Un usage alimentaire ou herboriste traditionnel peut exister selon les contextes, mais il ne doit pas remplacer un avis médical en cas de symptômes persistants, de fièvre, de toux importante ou de troubles digestifs marqués.
Grossesse et allaitement
Par mesure de précaution, l’usage thérapeutique est déconseillé pendant la grossesse et l’allaitement faute de données de sécurité suffisantes. L’usage alimentaire ponctuel ne relève pas du même cadre, mais ne doit pas être confondu avec un usage médicinal répété.
Interactions
Aucune interaction cliniquement pertinente n’est rapportée à ce jour. La précaution principale concerne l’effet des mucilages sur l’absorption digestive de médicaments administrés par voie orale.
Effets indésirables
Les effets indésirables sont rares. Des réactions d’hypersensibilité isolées sont possibles. En usage externe, une irritation cutanée peut survenir, notamment en lien avec l’excipient ou la préparation utilisée.
Conduite à tenir
Un avis médical est nécessaire en cas de dyspnée, fièvre, expectorations purulentes, toux persistante, douleurs digestives importantes, sang dans les selles, vomissements répétés, lésion cutanée infectée, suintante, étendue ou persistante.
Vision personnelle
La mauve est une plante de douceur. Elle accompagne les muqueuses irritées avec une action simple, locale, presque matérielle : elle tapisse, protège et apaise. Là où la gorge sèche, la bouche brûle ou l’estomac s’irrite, elle n’agit pas comme une plante spectaculaire, mais comme une présence adoucissante.
En macération aqueuse, en infusion légère ou en gargarisme patient, elle rappelle que l’efficacité peut aussi être mécanique : un voile végétal posé sur l’irritation, le temps que les tissus retrouvent leur calme.
Reconnaissances officielles
EMA/HMPC
L’EMA/HMPC reconnaît l’usage traditionnel des fleurs de Malva sylvestris L. comme émollient pour le traitement symptomatique des irritations oropharyngées et de la toux sèche associée, ainsi que pour le soulagement des troubles gastro-intestinaux légers.
L’EMA/HMPC reconnaît également les feuilles de mauve, issues de Malva sylvestris L. et/ou de Malva neglecta Wallr., dans les mêmes indications traditionnelles.
ESCOP
L’ESCOP reconnaît l’usage des fleurs et feuilles de mauve comme émollient et adoucissant des muqueuses orales et pharyngées, comme adjuvant dans la toux irritative et comme plante apaisante des troubles digestifs légers.
Commission E
La Commission E allemande retient l’usage de la mauve dans les inflammations bénignes des muqueuses de la bouche et de la gorge, ainsi que dans les irritations gastro-intestinales légères.
Bibliographie
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