
Monographie de l’Armoise commune
Nom scientifique
Artemisia vulgaris L.
Famille botanique
Asteraceae
Autres noms communs
Armoise vulgaire, herbe aux cent goûts, herbe de la Saint-Jean, herbe de feu.
Habitat et répartition
L’armoise commune est indigène dans une grande partie de l’Eurasie tempérée, jusqu’à l’Indochine, ainsi qu’en Afrique du Nord. Elle a été introduite et s’est largement naturalisée en Amérique du Nord.
Commune en France et en Suisse, elle colonise surtout les milieux rudéraux et les terrains remaniés : friches, talus, bords de routes et de chemins, rives, gravières et abords des voies ferrées. Elle se rencontre fréquemment sur des sols argileux à limoneux.
Parties utilisées
Parties aériennes fleuries, principalement les feuilles et les sommités fleuries, récoltées au début de la floraison.
Notes botaniques
L’armoise commune est une plante vivace aromatique, généralement haute de 40 à 140 cm, qui se développe à partir d’une souche munie de courts stolons. Sa tige dressée, striée et souvent rougeâtre se ramifie dans sa partie supérieure.
Les feuilles sont alternes et profondément découpées, parfois deux fois divisées. Leur face supérieure est vert foncé et presque glabre, tandis que leur face inférieure est couverte d’un tomentum blanc argenté, caractère particulièrement utile pour l’identification.
Les fleurs, toutes tubuleuses et peu visibles, sont jaunes à brun rougeâtre. Elles sont regroupées dans de nombreux petits capitules ovoïdes de 2 à 3 mm, eux-mêmes disposés en panicules feuillées et compactes. La floraison s’étend principalement de juillet à septembre. Les fruits sont de petits akènes dépourvus d’aigrette.
L’espèce peut être confondue avec l’armoise des frères Verlot, Artemisia verlotiorum, présente notamment dans les terrains rudéraux et les zones ferroviaires. Cette dernière forme de longs stolons portant des rosettes persistantes, dégage une odeur nettement camphrée, possède dans le haut de la tige des feuilles divisées en segments étroits et non dentés, et fleurit plus tardivement, généralement de septembre à novembre.
L’identification doit donc reposer sur l’ensemble du port, des feuilles, des stolons, de l’inflorescence et de la période de floraison, et non sur la seule odeur aromatique.
Histoire et traditions
L’armoise commune occupait une place importante parmi les plantes rituelles et médicinales européennes. Associée aux célébrations de la Saint-Jean, elle était cueillie autour du solstice d’été, portée en ceinture ou tressée en couronne avant d’être parfois jetée dans le feu rituel. Ces pratiques étaient censées protéger de la maladie, de la foudre, des voleurs et des influences néfastes (Coquillat, 1946 ; Mann, 2016).
Le nom du genre Artemisia est traditionnellement rapproché d’Artémis, déesse grecque de la nature sauvage et protectrice des femmes et de l’accouchement. Cette association fait écho à la place ancienne de l’armoise dans les soins gynécologiques, notamment pour favoriser les menstruations ou accompagner l’accouchement. Elle était également employée comme plante amère et digestive dans les douleurs abdominales, les coliques et les digestions difficiles (Mann, 2016 ; Ekiert et al., 2020).
Au XIXe siècle, la racine d’armoise fut aussi proposée contre l’épilepsie et diverses affections nerveuses. Ces emplois, fondés sur des observations anciennes non contrôlées, n’ont pas été confirmés par des données cliniques fiables et sont aujourd’hui abandonnés (Ekiert et al., 2020).
Principes actifs connus
La composition chimique de Artemisia vulgaris varie fortement selon l’origine géographique, la population, le stade de développement, la partie végétale et la méthode d’extraction. Cette variabilité est particulièrement marquée pour la fraction volatile : aucun profil chimique unique ne peut être attribué à l’ensemble de l’espèce (Judžentienė et Garjonytė, 2016 ; Judžentienė et Budienė, 2018).
Lactones sesquiterpéniques : les parties aériennes contiennent notamment le vulgarin, la psilostachyin, la psilostachyin C, le yomogin et le 1,2,3,4-diepoxy-11(13)-eudesmen-12,8-olide. Deux lactones sesquiterpéniques de structure guaiane, les vulgarolides A et B, ont également été isolées des parties aériennes (Geissman et Ellestad, 1962 ; Hanh et al., 2018 ; Ekiert et al., 2020).
L’artémisinine a été détectée dans certaines populations de A. vulgaris. Numonov et al. (2019) en ont mesuré 0,18 % de la matière sèche dans un échantillon récolté au Tadjikistan. Sa présence et sa concentration ne sont toutefois pas constantes. Artemisia vulgaris ne peut donc pas être assimilée à Artemisia annua, principale source pharmaceutique d’artémisinine.
Flavonoïdes : Lee et al. (1998) ont isolé vingt flavonoïdes : tricine, jacéosidine, eupafoline, chrysœriol, diosmétine, homoériodictyol, isorhamnétine, apigénine, ériodictyol, lutéoline, lutéoline-7-glucoside, kaempférol-3-glucoside, kaempférol-7-glucoside, kaempférol-3-rhamnoside, kaempférol-3-rutinoside, quercétine-3-glucoside, quercétine-3-galactoside, quercitrine, rutine et vitexine. L’ériodictyol et la lutéoline étaient les constituants les plus abondants dans l’échantillon analysé.
Coumarines : l’esculine, l’esculétine et l’ombelliférone ont été rapportées chez A. vulgaris. La composition en coumarines demeure moins précisément caractérisée que celle des flavonoïdes et des lactones sesquiterpéniques (Ekiert et al., 2020 ; Trifan et al., 2022).
Acides phénoliques : les sommités fleuries contiennent principalement des dérivés de l’acide caféoylquinique. Carnat et al. (2000) ont isolé les acides 3,5-di-O-caféoylquinique et 1,5-di-O-caféoylquinique. D’autres dérivés caféoylquiniques, ainsi que les acides caféique, chlorogénique, quinique et féruloylquinique, ont été identifiés dans les feuilles ou les parties aériennes.
Fraction volatile : l’huile essentielle des parties aériennes présente un important polymorphisme chimique. Selon les populations, les composés dominants peuvent être les davanones, le germacrène D, le 1,8-cinéole, le camphre, l’α-thuyone ou la β-thuyone, la cétone d’armoise, le sabinène ou l’acétate de cis-chrysanthényle. Les thuyones ne sont donc ni constantes ni systématiquement majoritaires (Judžentienė et Garjonytė, 2016 ; Judžentienė et Budienė, 2018).
Propriétés pharmacologiques majeures
Sphère gynécologique et reproductive
- Activité œstrogénique faible (in vitro, fraction polaire à l’acétate d’éthyle issue d’un extrait éthanolique des parties aériennes, système de transcription utilisant une levure exprimant le récepteur humain des œstrogènes) : la fraction a présenté une activité correspondant à environ 5 % de celle du 17β-estradiol. Parmi les flavonoïdes isolés, l’ériodictyol et l’apigénine ont activé le gène rapporteur de manière concentration-dépendante (Lee et al., 1998).
- Activité anti-implantation et œstrogénique (in vivo, extrait méthanolique de feuilles, rates Wistar) : les doses de 300 et 600 mg/kg ont réduit la formation des sites d’implantation de manière dose-dépendante, respectivement d’environ 50 % et 100 %. L’extrait a également augmenté le poids utérin chez des rates immatures ovariectomisées. Ces résultats constituent principalement un signal de toxicité reproductive (Shaik et al., 2014).
Sphère digestive
- Antispasmodique digestif (in vitro, extrait hydro-méthanolique à 70 % des tiges et des feuilles, jéjunum isolé de lapin) : l’extrait a relâché de manière concentration-dépendante les contractions spontanées et inhibé les contractions induites par le carbachol et une forte concentration de potassium. Les résultats suggèrent une double action antimuscarinique et inhibitrice de l’entrée du calcium (Khan et Gilani, 2009).
- Antidiarrhéique (in vivo, extrait hydro-méthanolique des tiges et des feuilles, diarrhée provoquée par l’huile de ricin chez le rongeur) : l’extrait a réduit la fréquence des selles diarrhéiques dans ce modèle expérimental (Khan et Gilani, 2009).
- Antagonisme des récepteurs histaminiques H1 du muscle lisse intestinal (in vitro, extraits méthanolique et chloroformique, iléon isolé de cobaye) : les extraits ont réduit les contractions induites par l’histamine. Le yomogin isolé de la fraction chloroformique a présenté un antagonisme compétitif des récepteurs H1 (Natividad et al., 2011).
Sphère inflammatoire et antalgique
- Antinociceptive périphérique (in vivo, extrait hydroalcoolique des parties aériennes, souris) : les doses de 500 et 1 000 mg/kg ont réduit de respectivement 48 % et 59 % les contorsions abdominales provoquées par l’acide acétique. Aucun effet n’a été observé dans les tests de la plaque chaude ou de la formaline (Pires et al., 2009).
- Anti-inflammatoire (in vivo, extrait méthanolique de feuilles, granulome provoqué par implantation de coton chez le rat) : les doses de 200 et 400 mg/kg ont réduit la formation du tissu granulomateux. À 400 mg/kg, l’extrait a diminué de 55,3 % le poids humide et de 64,06 % le poids sec des implants (Afsar et al., 2013).
- Anti-inflammatoire (in vitro et in vivo, extraits éthanoliques à 50 % et 96 % et fractions de la plante, macrophages RAW264.7 et œdème de la patte provoqué par la carragénine chez la souris) : les deux extraits ont réduit l’œdème. La fraction à l’acétate d’éthyle, riche en flavonoïdes, a également inhibé la production de monoxyde d’azote dans les macrophages stimulés par le lipopolysaccharide (Trinh et al., 2024).
- Inhibition de médiateurs inflammatoires (in vitro, lactones sesquiterpéniques isolées d’un extrait éthanolique de la plante, macrophages RAW264.7 stimulés par le lipopolysaccharide) : les vingt-deux composés étudiés ont inhibé la production de monoxyde d’azote, avec des IC₅₀ comprises entre 1,0 et 3,6 µM. Le composé le plus actif a également diminué l’expression de l’iNOS et de la COX-2 (Chen et al., 2022).
Activité antioxydante
- Antioxydante (in vitro et in vivo, extrait aqueux) : l’extrait a exercé une activité de piégeage des radicaux DPPH, avec une IC₅₀ de 11,4 µg/ml, ainsi qu’une activité de piégeage du monoxyde d’azote et un pouvoir réducteur. Chez le rat, l’administration de 100 mg/kg a augmenté le glutathion sanguin, l’activité de la superoxyde dismutase et la concentration sérique en acide ascorbique (Temraz et El-Tantawy, 2008).
- Variabilité selon l’extraction (in vitro, extraits éthanoliques et acétoniques de la plante herbacée, test DPPH) : les extraits acétoniques présentaient une teneur plus élevée en polyphénols et en flavonoïdes ainsi qu’une activité antioxydante supérieure aux extraits éthanoliques (Teterovska et al., 2023).
Sphère hépatique expérimentale
- Hépatoprotectrice (in vivo, extrait aqueux-méthanolique brut des parties aériennes, hépatite induite par la D-galactosamine et le lipopolysaccharide chez la souris) : le prétraitement à 150–600 mg/kg a réduit l’augmentation plasmatique de l’ALT et de l’AST et atténué les altérations histologiques (Gilani et al., 2005).
- Hépatoprotectrice et antioxydante (in vivo, infusion des parties aériennes et fructane de type inuline isolé de cette infusion, atteinte hépatique induite par le tétrachlorure de carbone chez la souris) : les deux préparations ont réduit l’ALT, l’AST et la phosphatase alcaline plasmatiques, limité l’accumulation d’espèces réactives de l’oxygène et la peroxydation lipidique, augmenté le glutathion hépatique et prévenu la nécrose (Corrêa-Ferreira et al., 2017).
- Protection contre l’hépatotoxicité du paracétamol (in vivo, fraction volatile concentrée de la plante et eucalyptol isolé, souris) : la préparation volatile et l’eucalyptol ont réduit l’élévation de l’ALT et de l’AST, le stress oxydatif et les lésions histologiques. L’effet était associé à l’activation de la voie Nrf2–Keap1 et à une modification du métabolisme hépatique du paracétamol (Jiang et al., 2019).
Sphère nerveuse
- Inhibition de la monoamine oxydase (in vitro, flavonoïdes et coumarines isolés d’un extrait éthanolique à 80 % de la plante entière, monoamine oxydase de cerveau de souris) : l’apigénine, la quercétine, la lutéoline, la jacéosidine, l’eupafoline, l’esculétine, l’esculétine-6-méthyléther et la scopolétine ont inhibé l’activité enzymatique. L’apigénine était le composé le plus actif parmi les molécules testées (Lee et al., 2000).
- Anxiolytique (in vivo, extrait méthanolique des parties aériennes administré par voie intrapéritonéale, souris) : à 600 mg/kg, l’extrait a augmenté le temps passé dans les bras ouverts du labyrinthe en croix surélevé et dans la zone éclairée du test clair-obscur. Une augmentation des concentrations de GABA et de sérotonine a également été mesurée dans l’hippocampe et le cortex préfrontal (Mittal et al., 2026).
Sphère métabolique expérimentale
- Inhibition de l’α-amylase (in vitro, extrait hydroalcoolique à 50 % de la plante, concentré par ultrafiltration) : l’extrait concentré a inhibé l’α-amylase avec une IC₅₀ de 8,57 ± 2,31 µg/ml, contre 3,5 ± 0,18 µg/ml pour l’acarbose utilisé comme référence (Neagu et al., 2023).
- Inhibition de la xanthine oxydase (in vitro, extraits éthanoliques, fraction à l’acétate d’éthyle et flavonoïdes isolés) : l’extrait, sa fraction et plusieurs flavonoïdes ont inhibé l’enzyme impliquée dans la formation de l’acide urique (Trinh et al., 2024).
Sphère vasculaire expérimentale
- Effet vasculaire biphasique (in vitro, extrait aqueux de feuilles séchées, artère basilaire porcine isolée) : l’extrait a provoqué une contraction sur les artères au repos, accentuée après retrait de l’endothélium. Sur les artères précontractées par une forte concentration de potassium, il a au contraire induit une relaxation indépendante de l’endothélium et inhibé les contractions dépendantes de l’entrée du calcium (Nguyen et al., 2016).
Sphère anti-infectieuse expérimentale
- Antibactérienne et antifongique (in vitro, huile essentielle hydrodistillée de feuilles, chimiotype dominé par le β-caryophyllène, le germacrène D et l’humulène) : l’huile essentielle a exercé une activité bactéricide contre Escherichia coli et Staphylococcus aureus, avec des concentrations minimales inhibitrices respectives de 15,6 et 62,4 µl/ml. Elle a également présenté une activité fongicide contre Candida albicans, avec une concentration minimale inhibitrice de 31,2 µl/ml (Malik et al., 2019).
- Antimicrobienne (in vitro, huile essentielle hydrodistillée de feuilles fraîches, chimiotype dominé par le 1,8-cinéole) : l’huile essentielle a inhibé Bacillus cereus et Staphylococcus aureus, avec des concentrations minimales inhibitrices respectives de 0,3 et 0,63 %. Elle a également réduit la croissance des champignons phytopathogènes Sclerotium oryzae et Fusarium oxysporum (Singh et al., 2023).
Sphère antipaludique expérimentale
- Antipaludique (in vivo, extrait organique de feuilles administré par voie orale, souris infectées par Plasmodium yoelii) : dans le test suppressif de quatre jours, les doses de 500 et 1 000 mg/kg ont réduit la parasitémie de respectivement 65,16 % et 51,46 %. L’effet observé n’était pas dose-dépendant (Kodippili et al., 2011).
- Antipaludique (in vivo, extrait éthanolique de feuilles administré par voie orale, souris infectées par Plasmodium berghei ANKA) : dans le test suppressif de quatre jours, les doses de 500, 750 et 1 000 mg/kg ont réduit la parasitémie de respectivement 79,3 %, 79,6 % et 87,3 %. L’extrait n’a pas montré d’activité antiparasitaire dans le test curatif sur une infection déjà établie (Bamunuarachchi et al., 2013).
À ne pas confondre avec l’armoise annuelle
Artemisia annua L. est la principale source pharmaceutique d’artémisinine, molécule dont les dérivés sont utilisés dans les associations thérapeutiques recommandées contre le paludisme. Cette espèce ne doit pas être confondue avec Artemisia vulgaris. L’artémisinine a néanmoins été détectée dans certaines populations d’armoise commune, mais à des teneurs variables qui ne permettent pas de lui attribuer les propriétés ni les usages thérapeutiques de A. annua.
Sphère anthelminthique expérimentale
- Anthelminthique (in vivo, extrait méthanolique des parties aériennes, rats infectés par Trichinella spiralis) : pendant la phase intestinale de l’infection, la dose de 300 mg/kg a réduit de 53,4 à 75,6 % le nombre de larves retrouvées dans les différents muscles analysés. Pendant la phase musculaire, la dose de 600 mg/kg a entraîné une réduction de 47,6 à 66,4 % selon le muscle considéré (Caner et al., 2008).
Sphère cytotoxique expérimentale
- Cytotoxique et pro-apoptotique (in vitro, huiles essentielles hydrodistillées des feuilles et des boutons floraux, lignées tumorales humaines) : les huiles essentielles ont inhibé de manière concentration- et temps-dépendante la croissance des cellules leucémiques HL-60 ainsi que de plusieurs lignées de leucémie, de cancer du sein, du foie, de la prostate et du col utérin. Sur les cellules HL-60, l’effet reposait sur une apoptose associée à la perte du potentiel mitochondrial et à l’activation successive des caspases 9, 3 et 8. Les cellules non tumorales étudiées étaient moins sensibles aux concentrations actives (Saleh et al., 2014).
- Cytotoxique, anticolonie et antimigratoire (in vitro, extrait méthanolique, cellules humaines HCT-15 de cancer colorectal) : l’extrait a réduit la viabilité cellulaire avec une IC₅₀ de 50 µg/ml, inhibé la formation de colonies et la migration cellulaire, et induit une autophagie associée à la production d’espèces réactives de l’oxygène et à la perte du potentiel mitochondrial (Lian et al., 2018).
Activité insecticide et répulsive
- Larvicide et répulsive (expérimental, huile essentielle hydrodistillée de feuilles sèches, Aedes aegypti) : après 24 heures d’exposition, les CL₅₀ étaient de 6,87 ppm pour les larves de troisième stade et de 4,27 ppm pour celles de quatrième stade. L’huile essentielle a également exercé une activité répulsive contre les moustiques adultes (Balasubramani et al., 2018).
- Larvicide, adulticide, ovicide et répulsive (expérimental, extrait éthanolique à 95 % de feuilles sèches, Aedes aegypti) : la CL₅₀ larvicide était de 18,6 ppm après 24 heures. À 1 000 ppm, l’extrait a empêché l’éclosion de 82,67 % des œufs et réduit la ponte de 96 %. Une concentration de 80 mg/ml a produit une répulsion de 63,3 % après 30 minutes, dont l’intensité diminuait ensuite avec le temps (Ninditya et al., 2020).
Indications médicinales retenues
Sphère digestive
- Troubles digestifs légers associant manque d’appétit, digestion lente, flatulences, coliques ou spasmes digestifs : usage traditionnel européen des parties aériennes, soutenu par des données pharmacologiques précliniques sur l’activité antispasmodique digestive (Khan et Gilani, 2009 ; Ekiert et al., 2020).
Indications exploratoires ou émergentes
Sphère inflammatoire et métabolique
- Douleurs et états inflammatoires : piste préclinique fondée sur des modèles animaux et cellulaires (Pires et al., 2009 ; Afsar et al., 2013 ; Chen et al., 2022 ; Trinh et al., 2024).
- Hyperuricémie associée à la goutte : piste préclinique fondée sur l’inhibition de la xanthine oxydase et sur une activité anti-inflammatoire expérimentale (Trinh et al., 2024).
Sphère hépatique
- Protection hépatique lors d’atteintes toxiques aiguës : piste préclinique fondée sur plusieurs modèles animaux d’hépatotoxicité (Gilani et al., 2005 ; Corrêa-Ferreira et al., 2017 ; Jiang et al., 2019).
Sphère nerveuse
- Troubles anxieux : piste préclinique fondée sur un modèle murin utilisant un extrait méthanolique des parties aériennes (Mittal et al., 2026).
Formes galéniques et posologies
Infusion des parties aériennes fleuries : verser environ 150 mL d’eau bouillante sur 1,2 g de plante séchée. Couvrir, laisser infuser cinq minutes, puis filtrer (Ekiert et al., 2020). Le volume de 150 mL constitue un repère pratique.
Posologie traditionnelle chez l’adulte : Santé Canada (2026) retient 0,2 à 2,4 g de parties aériennes séchées, trois fois par jour, en s’appuyant notamment sur Wichtl (2004), Bradley (2006) et Hoffmann (2003).
Ces posologies relèvent de l’usage traditionnel et ne constituent pas une démonstration d’efficacité clinique. Aucune durée maximale de traitement n’est précisée dans la monographie canadienne.
Sécurité et précautions d’usage
Tolérance
Les données cliniques disponibles ne permettent pas d’établir précisément la tolérance des préparations orales d’Artemisia vulgaris ni la sécurité d’un usage prolongé.
Contre-indications
Ne pas utiliser en cas d’allergie connue à l’armoise commune. Une prudence particulière est nécessaire chez les personnes ayant présenté une réaction allergique sévère à une autre plante de la famille des Asteraceae.
Grossesse et allaitement
L’usage est contre-indiqué pendant la grossesse ou lorsqu’une grossesse est possible, en raison de l’activité anti-implantation et œstrogénique observée chez l’animal (Shaik et al., 2014 ; Therapeutic Goods Administration, 2024).
En l’absence de données sur le passage des constituants dans le lait maternel et sur leur sécurité pour le nourrisson, l’usage est déconseillé pendant l’allaitement.
Enfants
L’usage est déconseillé chez l’enfant et l’adolescent en l’absence de données de sécurité et de posologie documentée.
Effets indésirables
Des cas de dermatite allergique de contact ont été rapportés après l’application cutanée de préparations à base d’armoise. Leur fréquence n’est pas connue (Haw et al., 2010).
Le pollen d’Artemisia vulgaris est fortement allergisant et peut provoquer une rhinoconjonctivite saisonnière chez les personnes sensibilisées. Des syndromes d’allergie croisée avec le céleri, certaines épices, la moutarde ou la pêche sont également décrits (Egger et al., 2006).
Interactions
Aucune interaction clinique spécifique avec un médicament n’est actuellement documentée. Les interactions proposées avec les anticoagulants ou les traitements hormonaux ne sont pas retenues.
Surveillance et conduite à tenir
Interrompre l’utilisation en cas de réaction allergique cutanée ou respiratoire.
La fraction volatile présente une composition très variable et peut contenir de l’α- ou de la β-thuyone. Un cas d’intoxication avec manifestations neuropsychiatriques a été rapporté après la consommation répétée d’environ un litre d’infusion d’Artemisia vulgaris (Di Lorenzo et al., 2018). Éviter les consommations répétées en volumes importants.
L’huile essentielle et les préparations volatiles concentrées ne doivent pas être utilisées par voie interne dans le cadre familial.
Cueillette écoresponsable
Récolter les parties aériennes au début de la floraison, généralement entre juillet et septembre. Couper au sécateur la partie supérieure des tiges, avec les feuilles et les jeunes sommités fleuries, sans arracher la souche ni les stolons.
Bien que l’armoise commune soit fréquente et non menacée en Suisse, ne prélever qu’une partie des tiges présentes et laisser suffisamment de plantes fleurir et produire leurs graines. Éviter les bords de routes très fréquentées, les voies ferrées, les terrains traités et les autres zones exposées aux polluants.
Faire sécher la récolte rapidement, en couches minces ou en petits bouquets, dans un endroit sec, ombragé et bien ventilé. Conserver ensuite la plante à l’abri de la lumière et de l’humidité.
Toute récolte doit respecter la propriété foncière ainsi que les éventuelles règles applicables dans les réserves naturelles et les espaces protégés.
Vision personnelle
L’armoise commune est une plante imposante, presque familière, que l’on rencontre dans les friches, le long des chemins et sur les terrains remués. Son feuillage sombre, argenté au revers, et son odeur puissante lorsqu’on le froisse lui donnent un caractère immédiatement reconnaissable. Elle n’a ni la finesse de l’achillée ni la douceur de l’alchémille : elle s’impose davantage qu’elle ne se laisse apprivoiser.
Son histoire la relie profondément aux femmes, aux rites de la Saint-Jean et aux anciens remèdes populaires. Pourtant, cette richesse symbolique contraste avec la faiblesse des données cliniques disponibles. Je lui reconnais une vraie présence dans notre patrimoine végétal, mais je reste réservé sur sa place thérapeutique actuelle. L’armoise commune est peut-être davantage une plante à connaître, à sentir et à comprendre qu’une plante à utiliser systématiquement.
Reconnaissances officielles
Commission E
La Commission E allemande a publié en 1988 une monographie négative concernant Artemisia vulgaris. Les usages traditionnels de la plante y étaient recensés, mais son efficacité thérapeutique n’était pas considérée comme suffisamment démontrée pour en recommander l’utilisation. Des réserves relatives au risque abortif et aux réactions allergiques étaient également mentionnées (Commission E, 1988 ; Blumenthal et al., 1998).
Santé Canada
Santé Canada dispose d’une monographie sur Artemisia vulgaris, actualisée le 31 juillet 2026. Elle reconnaît, au titre de l’usage traditionnel en phytothérapie, la stimulation de l’appétit, l’aide à la digestion et l’augmentation de l’écoulement biliaire. Ces usages ne constituent pas une démonstration d’efficacité clinique (Santé Canada, 2026).
EMA/HMPC
Aucune monographie européenne de l’EMA/HMPC consacrée à Artemisia vulgaris n’est disponible. Il ne faut pas la confondre avec Artemisia absinthium L., qui dispose d’une monographie européenne pour ses usages digestifs traditionnels.
ESCOP
Aucune monographie spécifique de l’ESCOP n’est disponible pour Artemisia vulgaris.
L’absence de monographie de l’EMA/HMPC ou de l’ESCOP ne constitue pas un avis négatif sur la plante, mais indique qu’elle n’a pas fait l’objet d’une évaluation monographique par ces organismes.
Bibliographie scientifique
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