
Monographie de la bourse à pasteur
- Nom scientifique : Capsella bursa-pastoris (L.) Medik.
- Famille botanique : Brassicaceae.
- Autres noms communs : Capselle, capselle bourse-à-pasteur, bourse-de-berger, bourse de capucin, mallette-à-berger, herbe au cœur.
- Habitat et répartition : Plante annuelle ou parfois bisannuelle, rudérale, très commune dans les milieux perturbés : champs cultivés, friches, jardins, vignes, talus, bords de chemins, trottoirs, terrains vagues et sols récemment remués. Elle apprécie les terrains ouverts, bien exposés, souvent riches en azote. Originaire des régions tempérées d’Eurasie et d’Afrique du Nord, elle est aujourd’hui largement répandue dans le monde entier. En Suisse et en France, elle est très fréquente, du niveau de la mer jusqu’aux étages montagnards, parfois au-delà de 2000 mètres selon les conditions locales.
- Parties utilisées : Parties aériennes fleuries et fructifiées, récoltées lorsque la plante porte à la fois ses petites fleurs blanches et ses silicules triangulaires caractéristiques. La plante peut être utilisée fraîche ou séchée ; l’usage médicinal concerne principalement la partie aérienne hors racine.
Notes botaniques
La bourse-à-pasteur forme d’abord une rosette basale de feuilles très variables, entières, dentées ou plus profondément découpées selon les individus et les conditions de croissance. Cette variabilité rend l’identification moins évidente au stade jeune.
La tige florale est fine, dressée, simple ou rameuse, avec de petites feuilles alternes, les supérieures souvent embrassantes. Les fleurs sont minuscules, blanches, à quatre pétales disposés en croix, comme chez les Brassicaceae.
Le critère le plus sûr reste le fruit : une petite silicule plate, triangulaire à cordiforme, évoquant une bourse ancienne ou un petit cœur. Ces fruits sont disposés le long d’une grappe qui s’allonge progressivement, avec les fleurs encore présentes au sommet et les fruits déjà formés plus bas.
La confusion est surtout possible au stade de rosette avec d’autres petites Brassicaceae ou adventices des jardins. L’identification devient beaucoup plus fiable lorsque la plante porte ses silicules caractéristiques.
Histoire et traditions
La bourse-à-pasteur appartient aux anciennes plantes hémostatiques des pharmacopées populaires européennes. Elle est mentionnée dès la Renaissance par des auteurs comme Fuchs et Matthioli, notamment pour les saignements, les plaies récentes et certains troubles hémorragiques de la sphère utérine.
Son nom botanique renvoie à la forme très caractéristique de ses fruits : Capsella évoque une petite boîte ou capsule, tandis que bursa-pastoris signifie littéralement « bourse de berger ». Cette image simple explique plusieurs de ses noms populaires, comme bourse-à-pasteur, bourse-de-berger ou mallette-à-berger.
Après une période de relatif oubli, elle retrouva une place dans les usages médicinaux au début du XXe siècle, notamment lorsque la disponibilité de certains remèdes hémostatiques comme l’ergot de seigle ou l’hydrastis devint plus incertaine. Les auteurs de phytothérapie de cette période la citent alors comme une ressource locale utile dans les saignements modérés.
Henri Leclerc rapporte des observations de métrorragies améliorées par le suc frais de la plante et l’inscrit dans les remèdes traditionnels de la sphère gynécologique, de la puberté à la ménopause.
La bourse-à-pasteur fut également consommée comme plante potagère, crue ou cuite, notamment dans les soupes et préparations de printemps. Son usage médicinal est solidement ancré en Europe, mais aussi dans plusieurs traditions asiatiques, notamment en Inde, où elle est mentionnée dans les ménorragies, certains saignements génito-urinaires, les diarrhées, les dysenteries et comme plante diurétique.
Principes actifs connus
- Flavonoïdes : quercétine, kaempférol, tricine, diosmétine, lutéoline, hespéritine et plusieurs dérivés glycosylés, notamment rutine, diosmine, hespéridine, lutéoline-7-rutinoside, lutéoline-7-galactoside et quercétine-3-rutinoside. Isorhamnétine et isoquercitrine sont également rapportées dans certaines analyses phytochimiques.
- Amines : choline, décrite autour de 1 %, acétylcholine et histamine.
- Acides aminés et peptides : proline, tyramine, ornithine, acide γ-aminobutyrique ou GABA, acide α-aminoadipique, peptides divers et protéines.
- Acides aliphatiques et phénoliques : acide chlorogénique, acide vanillique, acide syringique et acide fumarique.
- Glucosinolates : dérivés soufrés décrits notamment dans les graines, dont les 9-méthylsulfinylnonyl- et 10-méthylsulfinyldécyl-glucosinolates. La sinigrine est mentionnée dans la littérature, mais sa teneur dans Capsella bursa-pastoris reste insuffisamment documentée.
- Saponines.
- Huile essentielle : composés volatils présents en faible quantité, avec au moins 74 composants identifiés ; le camphre est décrit comme constituant principal, autour de 0,02 %.
- Résine.
- Autres constituants : caroténoïdes, acide ascorbique ou vitamine C, vitamine K, sels minéraux, notamment calcium et potassium, alcaloïdes non identifiés. Des cardénolides sont mentionnés dans certaines sources, mais les données de teneur sont insuffisantes pour en faire des marqueurs fiables.
Propriétés pharmacologiques majeures
Sphère hémostatique et gynécologique
- Usage hémostatique traditionnel (usage traditionnel reconnu, parties aériennes fleuries et fructifiées) : la bourse-à-pasteur est traditionnellement utilisée comme plante anti-hémorragique dans les saignements modérés, notamment les saignements gynécologiques fonctionnels, les saignements de nez et les petites plaies superficielles. Son activité hémostatique est ancienne dans les pharmacopées populaires européennes, mais les mécanismes exacts restent incomplètement établis.
- Réduction des règles abondantes fonctionnelles (essai clinique randomisé, extrait sec hydroéthanolique) : un extrait sec hydroéthanolique de Capsella bursa-pastoris a montré une réduction significative du volume des saignements menstruels chez des femmes souffrant de règles abondantes fonctionnelles, administré en association à l’acide méfénamique pendant les règles, sur deux cycles consécutifs (Naafe et al., 2018).
- Réduction des pertes sanguines du post-partum immédiat (essai clinique contrôlé, extrait hydroalcoolique) : un extrait hydroalcoolique de Capsella bursa-pastoris, administré en sublingual après l’accouchement dans un cadre obstétrical, a réduit les pertes sanguines précoces par rapport à l’oxytocine seule dans un essai clinique mené chez 100 femmes après accouchement vaginal (Ghalandari et al., 2017).
Sphère anti-inflammatoire, antioxydante et antimicrobienne
- Activité antioxydante expérimentale : les extraits aqueux et méthanolique de Capsella bursa-pastoris présentent une activité antioxydante associée à leur profil flavonoïdique, notamment sur différents modèles radicalaires ou oxydants (Kubínová et al., 2013).
- Activité anti-inflammatoire expérimentale : le sulforaphane isolé de Capsella bursa-pastoris réduit la production de NO ainsi que l’expression de COX-2 et d’iNOS dans des modèles cellulaires stimulés (Choi et al., 2014).
- Activité antibactérienne expérimentale : le sulforaphane isolé de Capsella bursa-pastoris montre une activité sur plusieurs souches bactériennes résistantes, notamment Staphylococcus aureus résistant à la méthicilline et des entérocoques résistants (Choi et al., 2014).
Sphère anticancéreuse et oculaire expérimentale
- Activité antitumorale préclinique ancienne (donnée animale, extrait de plante) : un extrait de Capsella bursa-pastoris a inhibé la croissance d’une tumeur solide d’Ehrlich chez la souris (Kuroda et al., 1976).
- Protection expérimentale du cristallin (donnée préclinique, extrait de plante) : un extrait de Capsella bursa-pastoris a ralenti le développement de la cataracte dans un modèle expérimental, avec modulation de la voie mitochondriale de l’apoptose dans les cellules épithéliales du cristallin (Xie et al., 2022).
Indications médicinales retenues
- Règles abondantes fonctionnelles chez la femme adulte, en l’absence de pathologie organique identifiée.
- Saignements gynécologiques fonctionnels modérés, dans la continuité de l’usage traditionnel des ménorragies et métrorragies légères.
- Saignements mineurs superficiels et épistaxis légères, en usage local traditionnel.
Indications exploratoires ou émergentes
- Sphère obstétricale : pertes sanguines du post-partum immédiat, uniquement en contexte obstétrical encadré.
- Sphère anti-inflammatoire et antimicrobienne : piste expérimentale liée aux composés soufrés de la plante.
- Sphère antitumorale : piste préclinique ancienne, non documentée chez l’humain.
- Sphère oculaire : piste expérimentale autour de la cataracte.
Formes galéniques et posologies
- Infusion : 1 à 5 g de parties aériennes fleuries et fructifiées dans 150–200 ml d’eau bouillante, à infuser 10 à 15 minutes, 2 à 4 fois par jour, soit 3 à 20 g de plante sèche par jour. Selon la monographie EMA, l’usage peut être commencé 3 à 5 jours avant les règles et poursuivi pendant les saignements menstruels.
- Extrait fluide (1:1, éthanol 25 %) : 1 à 4 ml, 3 fois par jour, soit 3 à 12 ml par jour. Forme plus concentrée, à réserver à un usage professionnel.
- Extrait sec hydroéthanolique (96 %) : dose utilisée dans l’essai clinique Naafe et al., sous forme de capsules de 320 mg. Le protocole administrait deux capsules toutes les 12 heures, soit 1 280 mg d’extrait par jour, équivalant à environ 10 g de plante, du premier jour des règles jusqu’à la fin des saignements, au maximum 7 jours, sur deux cycles consécutifs. Cette étude associait l’extrait de Capsella bursa-pastoris à l’acide méfénamique dans les deux groupes (Naafe et al., 2018).
Produits disponibles en Suisse et en France
Aucun produit disponible en Suisse ou en France n’a été identifié comme réellement équivalent à l’extrait utilisé dans l’étude de Naafe et al. L’essai clinique reposait sur un extrait hydroalcoolique de Capsella bursa-pastoris, présenté en gélules, administré à raison de deux gélules toutes les 12 heures, en complément de l’acide méfénamique. Les sources accessibles indiquent que chaque gélule contenait 320 mg d’extrait, soit une dose quotidienne de 1 280 mg d’extrait, équivalant à environ 10 g de plante par jour.
En France, Ladrôme propose un extrait de bourse-à-pasteur sous forme liquide, à base de partie aérienne fleurie, avec une dose journalière maximale correspondant en moyenne à environ 2 g de parties aériennes fleuries fraîches. Ce produit peut être cité comme forme commerciale disponible, mais il ne peut pas être considéré comme comparable à l’essai Naafe : il ne s’agit pas d’un extrait sec en gélules, le DER 7,8:1 n’est pas retrouvé, et l’équivalence de dose est très inférieure à celle de l’étude.
Herbiolys propose également une bourse-à-pasteur sous forme d’extrait de plante fraîche par macération hydroalcoolique, avec origine France. Là encore, la forme reste une préparation liquide de plante fraîche, non un extrait sec standardisé comparable à celui de Naafe.
Iphym Santé commercialise une forme tisane de bourse-à-pasteur. Cette présentation peut se rapprocher de l’usage traditionnel en infusion reconnu par l’EMA, mais elle ne correspond pas à la galénique de l’étude clinique Naafe.
Sécurité et précautions d’usage
- Tolérance générale : bonne tolérance rapportée aux doses traditionnelles recommandées. Aucun cas de surdosage n’est rapporté dans la monographie EMA. Les données toxicologiques restent toutefois incomplètes : les tests de toxicité reproductive, de génotoxicité et de cancérogénicité n’ont pas été réalisés.
- Contre-indications : hypersensibilité connue à Capsella bursa-pastoris ou à la drogue végétale.
- Grossesse et allaitement : usage non recommandé, la sécurité pendant la grossesse et l’allaitement n’étant pas établie. Aucune donnée de fertilité n’est disponible.
- Enfants et adolescents : usage non recommandé chez les moins de 18 ans.
- Effets indésirables : aucun effet indésirable spécifique connu dans la monographie EMA aux doses recommandées. En cas de réaction inhabituelle, interrompre l’usage et demander un avis professionnel.
- Interactions médicamenteuses : aucune interaction clinique rapportée dans la monographie EMA. Par prudence professionnelle, éviter l’usage sans avis médical en cas de traitement anticoagulant, antiagrégant plaquettaire ou de trouble de la coagulation suivi médicalement.
- Durée d’usage et signaux d’alerte : pour les règles abondantes fonctionnelles, l’usage traditionnel se limite à la période périmenstruelle, en commençant 3 à 5 jours avant les règles et en poursuivant pendant les saignements. Si les symptômes persistent, s’aggravent, deviennent inhabituels ou s’accompagnent de signes généraux, un avis médical est nécessaire.
Cueillette écoresponsable
- Récolter les parties aériennes lorsque la plante porte à la fois ses petites fleurs blanches et ses silicules triangulaires, en cours de floraison et de fructification.
- Prélever des plantes encore vertes, vigoureuses, non desséchées, avant que la fructification ne soit trop avancée.
- Éviter les bords de route, trottoirs souillés, zones de passage animal, cultures traitées, friches industrielles et sols potentiellement contaminés.
- Privilégier les jardins non traités, les friches propres, les talus éloignés des pollutions et les zones de cueillette connues.
- Couper la partie aérienne sans arracher systématiquement la plante, même si l’espèce est commune et abondante.
- Ne récolter que la quantité nécessaire, en laissant suffisamment d’individus en place pour la reproduction et pour la faune associée.
Vision personnelle
La bourse-à-pasteur fait partie de ces plantes si communes qu’elles deviennent presque invisibles. Elle pousse dans les jardins, les friches, les bords de chemins, entre deux pierres, là où le sol a été remué. Son allure modeste ne laisse pas deviner la place qu’elle a occupée dans la tradition des plantes hémostatiques.
Je la vois comme une plante de terrain, discrète mais précise, liée aux petits saignements, au cycle menstruel et à cette médecine populaire qui savait utiliser les plantes disponibles autour de la maison. Elle n’a pas la puissance symbolique de l’achillée ni l’élégance de l’alchémille, mais elle possède cette efficacité simple des plantes proches, longtemps observées et transmises.
Sa présence dans les lieux perturbés rappelle aussi une chose importante : les plantes médicinales ne vivent pas seulement dans les prairies idéales ou les montagnes préservées. Certaines accompagnent nos pas, nos cultures, nos jardins, nos désordres même. La bourse-à-pasteur appartient à cette pharmacopée du quotidien, modeste, accessible, mais qui demande malgré tout discernement et justesse d’usage.
Reconnaissances officielles
- Commission E (1986) : plante approuvée pour le traitement symptomatique des ménorragies et métrorragies légères ; usage également mentionné pour les saignements de nez et, par voie externe, pour les plaies superficielles avec saignement.
- EMA/HMPC (2011) : monographie européenne d’usage traditionnel pour Bursae pastoris herba. L’usage reconnu concerne la réduction des règles abondantes chez les femmes adultes ayant des cycles réguliers, après exclusion de causes graves. Les préparations couvertes sont les parties aériennes séchées et fragmentées pour tisane, ainsi que l’extrait liquide.
- ESCOP (2019) : aucune monographie complète confirmée dans les sources consultées. ESCOP a toutefois publié une note présentant l’essai clinique de Naafe et al. sur les règles abondantes.
- OMS/WHO : aucune monographie Capsella herba incluse dans les WHO monographs on Selected Medicinal Plants, selon le rapport d’évaluation EMA.
Bibliographie scientifique
- European Medicines Agency, Committee on Herbal Medicinal Products. Community herbal monograph on Capsella bursa-pastoris (L.) Medikus, herba. London: EMA; 2011 Jul 12. Report No.: EMA/HMPC/262766/2010.
- European Medicines Agency, Committee on Herbal Medicinal Products. Assessment report on Capsella bursa-pastoris (L.) Medikus, herba. London: EMA; 2011 Jul 12. Report No.: EMA/HMPC/262767/2010.
- Blumenthal M, Busse WR, Goldberg A, Gruenwald J, Hall T, Riggins CW, et al., editors. The complete German Commission E monographs: therapeutic guide to herbal medicines. Austin (TX): American Botanical Council; 1998. p. 209.
- Capsella bursa-pastoris (Shepherd’s purse) reduces heavy menstrual bleeding. Exeter: European Scientific Cooperative on Phytotherapy; 2019 May 9.
- Naafe M, Kariman N, Keshavarz Z, Khademi N, Mojab F, Mohammadbeigi A. Effect of hydroalcoholic extracts of Capsella bursa-pastoris on heavy menstrual bleeding: a randomized clinical trial. J Altern Complement Med. 2018;24(7):694–700. doi:10.1089/acm.2017.0267. PMID: 29641247.
- Ghalandari S, Kariman N, Sheikhan Z, Mojab F, Mirzaei M, Shahrahmani H. Effect of hydroalcoholic extract of Capsella bursa-pastoris on early postpartum hemorrhage: a clinical trial study. J Altern Complement Med. 2017;23(10):794–799. doi:10.1089/acm.2017.0095. PMID: 28590768.
- Kubínová R, Spačková V, Svajdlenka E, Lučivjanská K. Antioxidant activity of extracts and HPLC analysis of flavonoids from Capsella bursa-pastoris (L.) Medik. Ceska Slov Farm. 2013;62(4):174–176. PMID: 24047146.
- Choi WJ, Kim SK, Park HK, Sohn UD, Kim W. Anti-inflammatory and anti-superbacterial properties of sulforaphane from shepherd’s purse. Korean J Physiol Pharmacol. 2014;18(1):33–39. doi:10.4196/kjpp.2014.18.1.33. PMID: 24634594; PMCID: PMC3951821.
- Kuroda K, Akao M, Kanisawa M, Miyaki K. Inhibitory effect of Capsella bursa-pastoris extract on growth of Ehrlich solid tumor in mice. Cancer Res. 1976;36(6):1900–1903. PMID: 1268843.
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