
Magnésium : la meilleure forme n’existe pas
Mise à jour – septembre 2026
Bisglycinate, citrate, oxyde, malate, L-thréonate, glycérophosphate… À chaque forme de magnésium correspond désormais un argument : meilleure absorption, meilleure tolérance, meilleure pénétration cellulaire, action préférentielle sur le sommeil ou le système nerveux. Le bisglycinate s’est notamment imposé ces dernières années comme la forme supposée « la mieux absorbée ».
La littérature ne permet pourtant pas d’établir un tel classement général.
Non seulement les essais comparatifs sont peu nombreux et souvent de petite taille, mais les chiffres de « biodisponibilité » couramment cités proviennent de méthodes qui ne mesurent pas la même chose : isotopes stables, excrétion urinaire, concentration plasmatique ou magnésium érythrocytaire, après une dose unique ou une supplémentation prolongée. Les populations étudiées diffèrent également : sujets sains, personnes âgées, patients présentant une malabsorption, personnes ayant subi une résection intestinale ou modèles animaux.
Comparer directement ces chiffres comme s’ils représentaient une propriété fixe de chaque sel conduit donc facilement à des conclusions trompeuses.
Avant de choisir une forme, encore faut-il savoir ce que l’on cherche à corriger
Le magnésium intervient comme cofacteur dans plus de 300 systèmes enzymatiques et participe notamment au métabolisme énergétique, à la fonction neuromusculaire, à la synthèse protéique et à la minéralisation osseuse. L’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) a établi des apports adéquats de 350 mg/j chez l’homme adulte et de 300 mg/j chez la femme adulte [1].
Un apport inférieur à cette valeur n’est cependant pas synonyme de carence biologique. Cette distinction est essentielle, car une partie du discours sur le magnésium mélange quatre notions différentes : apport alimentaire insuffisant, hypomagnésémie, déplétion des réserves corporelles et symptômes non spécifiques attribués au magnésium.
Chez une personne en bonne santé, une carence symptomatique provoquée uniquement par une alimentation pauvre en magnésium reste relativement inhabituelle, car le rein réduit l’excrétion lorsque les apports diminuent. En revanche, une alimentation durablement insuffisante associée à certaines pathologies, à des pertes digestives ou rénales, à l’alcool ou à certains médicaments peut conduire à une véritable déplétion [2].
L’évaluation biologique n’est elle-même pas simple. Le magnésium sérique ou plasmatique ne représente qu’une petite fraction du magnésium corporel et sa concentration est fortement régulée. Une concentration normale n’exclut donc pas absolument une déplétion, mais l’inverse est tout aussi important : elle ne permet pas davantage d’affirmer l’existence d’un hypothétique « déficit intracellulaire » sur la seule base de symptômes tels que fatigue, nervosité ou troubles du sommeil.
La revue systématique de Witkowski et al. a montré que le magnésium sérique ou plasmatique, le magnésium érythrocytaire et l’excrétion urinaire peuvent répondre aux modifications des apports, mais qu’aucun de ces marqueurs ne constitue à lui seul une mesure parfaite des réserves corporelles [3].
Le magnésium érythrocytaire n’échappe pas à cette difficulté. Basso et al. ont observé qu’après trois semaines de supplémentation à 250 mg/j, son augmentation moyenne n’était que de 1,6 %, alors que la variation nécessaire pour considérer deux mesures successives comme réellement différentes chez un même individu était estimée à 22,4 % [4].
Eremenko et al. ont mis en évidence une autre limite : appliquer une pharmacocinétique classique à un élément endogène fortement homéostasié comme le magnésium est problématique. Les faibles variations sériques après une prise ne permettent pas nécessairement de quantifier correctement l’absorption totale ni la disponibilité tissulaire [5].
Cela doit rester présent à l’esprit lorsqu’une étude annonce qu’une forme fait augmenter davantage le magnésium plasmatique qu’une autre.
La biodisponibilité n’est pas une propriété fixe du sel
L’un des résultats les plus instructifs est aussi l’un des moins souvent cité dans les comparaisons commerciales.
Fine et al. ont étudié l’absorption intestinale du magnésium chez des sujets sains en administrant différentes quantités de magnésium avec des repas standardisés. Lorsque la quantité ingérée augmentait, la quantité totale absorbée augmentait également, mais la fraction absorbée diminuait très fortement : elle pouvait passer d’environ 65 % avec les apports les plus faibles à environ 11 % avec les plus élevés [6].
La dose peut donc modifier le pourcentage absorbé davantage que les différences observées entre de nombreux sels.
Le fractionnement des prises peut également jouer. Siener et al., utilisant une eau minérale riche en magnésium et un isotope stable, ont observé une absorption fractionnelle supérieure lorsque la même quantité était répartie en sept petites prises plutôt qu’en deux prises plus importantes : 50,7 % contre 32,4 % [7]. Cette expérience ne peut pas être directement transposée aux compléments alimentaires, mais elle montre que la façon dont le magnésium est administré influence elle aussi son absorption.
Cela explique une partie des différences apparemment spectaculaires retrouvées dans la littérature.
Firoz et Graber ont ainsi estimé une biodisponibilité apparente de l’oxyde proche de 4 % en utilisant principalement l’excrétion urinaire comme indicateur [8].
Schuette et al., utilisant cette fois un isotope stable chez des patients ayant subi une résection iléale, mesuraient pourtant une absorption de 22,8 % pour le même oxyde de magnésium [9].
Il ne s’agit pas nécessairement d’une contradiction. Les populations, les conditions expérimentales et surtout les méthodes de mesure sont différentes.
Il est donc incorrect de transformer le chiffre de 4 % en « taux d’absorption de l’oxyde de magnésium ».
Chez le rat carencé, Coudray et al. ont comparé dix sels dans une même expérience utilisant un isotope stable. Les différences restaient relativement modestes, approximativement entre 50 et 67 %, avec un léger avantage global pour certains sels organiques [10]. L’oxyde n’était nullement totalement « non absorbé ».
Ces données animales ne permettent évidemment pas de classer directement les sels chez l’être humain. Elles montrent surtout combien le résultat dépend du modèle expérimental.
Le bisglycinate est-il réellement mieux absorbé ?
L’étude de Schuette et al. est particulièrement intéressante, car elle compare directement le diglycinate de magnésium à l’oxyde à l’aide d’un traceur isotopique [9].
Douze patients ayant subi une résection iléale ont reçu successivement 100 mg de magnésium élément sous les deux formes.
Sur l’ensemble du groupe, l’absorption était de 23,5 % avec le diglycinate et de 22,8 % avec l’oxyde.
La différence n’était pas significative.
Ce résultat suffit à remettre en question l’affirmation souvent répétée selon laquelle le bisglycinate serait intrinsèquement et largement mieux absorbé que l’oxyde.
L’étude apporte néanmoins une observation intéressante. Chez les quatre patients absorbant le moins bien l’oxyde, l’absorption du diglycinate atteignait 23,5 % contre seulement 11,8 % avec l’oxyde. Le pic isotopique apparaissait également plus rapidement avec le chélate et sa tolérance digestive était meilleure.
Ce résultat suggère donc un intérêt potentiel du diglycinate chez certains mauvais absorbeurs.
Mais ce signal repose sur quatre personnes présentant une anatomie digestive très particulière. Il serait abusif d’en faire une démonstration de supériorité du bisglycinate dans la population générale, ou chez toutes les personnes présentant un trouble digestif.
Le citrate est-il alors « meilleur » ?
Les données humaines concernant le citrate sont plutôt favorables.
Lindberg et al. ont montré une solubilité nettement supérieure du citrate à celle de l’oxyde dans différentes conditions expérimentales simulant notamment le milieu gastrique. Chez des volontaires sains, l’augmentation de l’excrétion urinaire du magnésium était également supérieure après le citrate [11].
Walker et al. ont ensuite comparé chez des adultes en bonne santé le citrate, un chélate d’acides aminés et l’oxyde. Le citrate présentait les résultats les plus favorables sur plusieurs mesures plasmatiques et salivaires [12].
Cette étude reste cependant petite et certains résultats statistiques sont sensibles à quelques observations influentes. Aucune différence claire n’était par ailleurs retrouvée sur le magnésium érythrocytaire.
Elle fournit donc un argument raisonnable en faveur d’une bonne biodisponibilité du citrate chez le sujet sain.
Elle ne démontre pas que le citrate procure un meilleur bénéfice clinique.
Une étude publiée par Pajuelo et al. en 2024 complique encore le classement. Quarante volontaires sains ont reçu, dans un protocole crossover, de l’oxyde, du citrate, du bisglycinate et un oxyde microencapsulé [13].
Les profils plasmatiques différaient selon les préparations. Le citrate et l’oxyde entraînaient des augmentations significatives à certains temps, alors que le bisglycinate ne produisait pas d’augmentation significative aux temps mesurés. La formulation microencapsulée produisait la courbe la plus prolongée.
Mais les différences entre courbes plasmatiques ne permettent pas à elles seules d’établir un classement physiologique ou clinique définitif. L’étude était par ailleurs financée par le fabricant de la formulation microencapsulée et plusieurs auteurs travaillaient pour les entreprises impliquées.
L’intérêt de cette publication est finalement moins de désigner un nouveau vainqueur que de montrer combien le classement change en fonction du marqueur, de la formulation et du moment où l’on mesure.
Tableau de synthèse : que peut-on réellement dire des principales formes ?
| Forme | Ce que les données permettent de retenir | Intérêts possibles | Principales limites |
|---|---|---|---|
| Citrate | Bonne solubilité ; données humaines comparatives plutôt favorables par rapport à l’oxyde [11,12]. | Option raisonnable chez le sujet sans trouble digestif particulier ; forme relativement bien documentée. | Peut avoir un effet laxatif aux doses élevées ; aucune démonstration de supériorité clinique générale. |
| Bisglycinate / diglycinate | Pas de supériorité globale d’absorption face à l’oxyde dans Schuette et al. : 23,5 % vs 22,8 % [9]. Signal favorable chez quatre mauvais absorbeurs. | Tolérance digestive souvent intéressante ; donnée clinique récente sur le sommeil [19]. | Très peu d’essais comparatifs ; bénéfice chez les mauvais absorbeurs basé sur quatre patients avec résection iléale ; aucune preuve de supériorité générale. |
| Oxyde | Faible solubilité et faible biodisponibilité apparente dans certaines études urinaires [8,11], mais absorption isotopique mesurable et proche du diglycinate dans Schuette [9]. | Forte proportion de magnésium élément ; coût généralement faible ; effet laxatif pouvant être recherché dans certaines indications. | Tolérance digestive moins favorable chez certains sujets ; résultats de biodisponibilité très dépendants de la méthode. |
| L-thréonate | Un essai contrôlé de 2024 rapporte plusieurs améliorations du sommeil et du fonctionnement diurne [17]. | Forme intéressante à étudier pour des objectifs neurologiques ou liés au sommeil. | Données encore limitées ; essai avec liens industriels importants [17,18] ; aucune démonstration de supériorité sur les autres formes ; apport en magnésium élément relativement faible pour une masse importante de composé. |
| Malate | Forme largement commercialisée mais disposant de peu d’essais comparatifs humains directs. | Peut être utilisée si elle est bien tolérée et apporte une quantité appropriée de magnésium élément. | Arguments spécifiques sur l’énergie, les muscles ou la fibromyalgie insuffisamment démontrés pour attribuer ces effets au malate de magnésium lui-même. |
| Glycérophosphate | Forme utilisée notamment pour sa tolérance, mais littérature comparative orale limitée. | Peut représenter une alternative lorsque d’autres sels provoquent des troubles digestifs. | Peu de données permettant de quantifier un avantage d’absorption ou une supériorité clinique. |
| Chlorure, lactate, aspartate | Formes solubles ; plusieurs petites études suggèrent une absorption généralement meilleure que celle de l’oxyde [2]. | Alternatives valables lorsque disponibles et bien tolérées. | Peu d’essais cliniques comparatifs sur des critères pertinents pour le patient. |
| Acétyltaurinate et autres formes récentes | Arguments précliniques ou pharmacologiques intéressants selon les molécules. | Pistes de recherche. | Données cliniques comparatives actuellement insuffisantes pour justifier une supériorité pratique. |
Ce tableau ne constitue donc pas un nouveau classement.
Il montre au contraire qu’aucune forme ne cumule aujourd’hui à la fois une supériorité démontrée d’absorption, de tolérance et d’efficacité clinique.
Absorber davantage ne signifie pas nécessairement obtenir un meilleur effet clinique
C’est probablement la distinction la plus importante.
Une différence de solubilité, d’excrétion urinaire ou de concentration plasmatique ne démontre pas automatiquement une différence clinique. Pour savoir si une forme est réellement préférable, il faudrait disposer d’essais suffisamment longs comparant directement plusieurs formes sur des critères importants pour les patients.
Ces études restent rares.
Le sommeil en fournit une bonne illustration.
La revue systématique de Mah et Pitre, publiée en 2021, ne retrouvait que trois essais randomisés regroupant 151 personnes âgées et concluait à une qualité de preuve faible à très faible malgré certains signaux positifs [14]. Une autre revue systématique publiée en 2023 retrouvait également une littérature interventionnelle hétérogène [15].
En 2012, Abbasi et al. avaient néanmoins publié un essai randomisé en double aveugle chez 46 personnes âgées insomniaques utilisant de l’oxyde de magnésium, à raison de 500 mg/j de magnésium élément pendant huit semaines [16]. L’indice de sévérité de l’insomnie, l’efficacité subjective du sommeil et la latence d’endormissement étaient notamment améliorés par rapport au placebo.
L’étude est petite et présente plusieurs limites, mais elle montre qu’une forme souvent qualifiée de « mal absorbée » peut malgré tout produire un signal clinique.
En 2024, Hausenblas et al. ont rapporté plusieurs améliorations avec le L-thréonate chez 80 adultes présentant des troubles du sommeil [17]. La publication comporte toutefois des liens industriels importants, explicités dans un corrigendum ultérieur [18], et nécessite une réplication indépendante.
Enfin, Schuster et al. ont étudié spécifiquement le bisglycinate en 2025 chez 155 adultes rapportant une mauvaise qualité de sommeil [19]. Après quatre semaines à 250 mg/j de magnésium élément, l’indice de sévérité de l’insomnie diminuait de 3,9 points contre 2,3 sous placebo. La différence atteignait juste le seuil conventionnel de significativité statistique (p = 0,049) et la taille d’effet était faible, avec un Cohen d de 0,20.
Un bénéfice plus important apparaissait chez les participants déclarant les apports alimentaires en magnésium les plus faibles, mais il s’agissait d’une analyse exploratoire.
Cette étude ajoute donc une donnée clinique intéressante au bisglycinate.
Elle ne montre pas que son effet soit spécifique à cette forme ni qu’il soit supérieur à celui d’autres sels.
Biodisponibilité, tolérance et efficacité clinique sont trois niveaux différents qu’il faut éviter de confondre.
Quand une supplémentation en magnésium est-elle réellement pertinente ?
C’est finalement une question plus importante que celle du sel utilisé.
Une supplémentation n’est pas automatiquement justifiée parce que le magnésium participe à de nombreuses réactions physiologiques, parce qu’un symptôme est compatible avec une insuffisance ou parce que l’alimentation moyenne d’une population se situe parfois sous les apports recommandés.
Il faut distinguer plusieurs situations.
- Une carence ou une hypomagnésémie objectivée
Une concentration sérique basse, surtout lorsqu’elle est associée à des manifestations cliniques ou à d’autres désordres électrolytiques comme une hypokaliémie ou une hypocalcémie, justifie une recherche de cause et une correction adaptée.
Dans ce contexte, la question n’est plus simplement nutritionnelle. Il faut notamment rechercher des pertes digestives ou rénales, une maladie digestive, des médicaments responsables ou une altération de la fonction rénale.
Une hypomagnésémie significative peut nécessiter une prise en charge médicale et, dans certaines situations, une administration intraveineuse plutôt qu’un simple complément alimentaire.
- Des pertes ou une malabsorption clairement identifiables
Le risque de déplétion est plus élevé en cas de diarrhées chroniques, de maladie de Crohn, de maladie cœliaque avec malabsorption, de résection ou de bypass intestinal, ainsi que dans certaines autres atteintes digestives [2].
Dans ces situations, une supplémentation peut être pertinente même si le choix de la forme doit tenir compte de la tolérance et de la capacité d’absorption résiduelle.
L’étude de Schuette est précisément intéressante dans ce contexte : elle suggère que certains mauvais absorbeurs pourraient mieux utiliser un diglycinate [9]. Elle ne permet néanmoins pas de généraliser cette observation à tous les troubles digestifs.
- Certains médicaments
Les diurétiques de l’anse et les thiazidiques peuvent augmenter les pertes urinaires de magnésium. Les inhibiteurs de la pompe à protons (IPP) utilisés au long cours peuvent également provoquer une hypomagnésémie chez certains patients [2].
Dans ces situations, un dosage sérique peut identifier une hypomagnésémie franche. Une valeur normale ne suffit cependant pas, à elle seule, à exclure une déplétion corporelle, et doit être interprétée avec le contexte clinique, alimentaire, digestif et médicamenteux [2,3].
Mais la réponse ne consiste pas nécessairement à choisir un sel supposé mieux absorbé.
Pour les hypomagnésémies associées aux IPP, les données recensées par les autorités montrent que la supplémentation seule ne suffit pas toujours. Dans certains cas, la correction n’a été obtenue qu’après modification ou arrêt du traitement responsable [2].
Il serait donc excessif de présenter le bisglycinate comme une manière démontrée de « contourner » l’effet des IPP.
- Des apports alimentaires durablement insuffisants
C’est probablement la situation la plus fréquente en pratique.
Une personne consommant peu de légumineuses, céréales complètes, légumes verts, graines, cacao, eaux riches en magnésium ou autres sources alimentaires peut avoir des apports régulièrement inférieurs aux recommandations.
La première étape reste alors alimentaire.
Si l’alimentation ne peut pas être suffisamment corrigée, ou si les besoins sont difficiles à couvrir dans le contexte considéré, une supplémentation modérée constitue une option raisonnable.
Elle ne signifie pas pour autant que la personne était « carencée ».
On corrige alors d’abord une insuffisance probable d’apport.
- Certaines populations plus exposées
Les personnes âgées, les personnes présentant certaines maladies gastro-intestinales, les personnes ayant un diabète de type 2 et celles présentant une dépendance chronique à l’alcool ont davantage de risque d’apports insuffisants, de pertes accrues ou de perturbations du métabolisme du magnésium [2].
L’appartenance à l’un de ces groupes ne constitue toutefois pas à elle seule une indication automatique à supplémenter.
Elle doit plutôt conduire à examiner l’alimentation, les traitements, la fonction digestive, les pertes éventuelles et, lorsque cela est pertinent, les données biologiques.
- Pour un objectif clinique précis
Une supplémentation peut également être étudiée pour un objectif particulier, comme le sommeil, certaines migraines, la pression artérielle ou certaines situations métaboliques dans lesquelles des essais cliniques existent.
Il faut alors changer de raisonnement.
On ne cherche plus simplement à « corriger un déficit » : on teste une intervention dont l’efficacité doit être appréciée selon la littérature disponible pour cette indication.
Dans le sommeil, par exemple, les données sont encore modestes et hétérogènes [14-19]. Un essai de supplémentation peut éventuellement être envisagé, en particulier lorsque les apports alimentaires paraissent faibles, mais il ne devrait pas se substituer à l’évaluation des autres causes de mauvais sommeil.
La réponse clinique au magnésium ne démontre pas non plus a posteriori qu’un déficit était présent.
Pression artérielle : un effet modeste, sans forme ni dose optimale démontrées
La méta-analyse d’Argeros et al., publiée en 2025, a regroupé 38 essais randomisés contrôlés totalisant 2 709 participants, avec des doses de magnésium élément allant de 82,3 à 637 mg/j, pour une médiane de 365 mg/j et une durée médiane de 12 semaines [21]. La supplémentation était associée à une diminution moyenne de 2,81 mmHg de la pression systolique et de 2,05 mmHg de la pression diastolique par rapport au contrôle. L’hétérogénéité était cependant élevée. Chez les participants hypertendus, la réduction moyenne était d’environ 2,96/2,10 mmHg ; aucun effet significatif n’était retrouvé chez les normotendus. Des effets plus importants apparaissaient dans certains sous-groupes, notamment chez les hypertendus déjà traités et chez les participants classés hypomagnésémiques selon les critères sériques des études, mais ces analyses doivent être interprétées avec prudence.
Surtout, aucune relation dose-réponse significative n’a été mise en évidence. Les auteurs signalent quelques différences possibles selon les sels, mais le faible nombre d’études pour certaines formes et la concentration de certains sels chez les sujets hypomagnésémiques ne permettent pas d’identifier une forme optimale. Ces résultats soutiennent donc un possible rôle d’appoint chez certains patients hypertendus, et non une recommandation générale du type « citrate ou bisglycinate 300–400 mg/j ».
Diabète de type 2 : des signaux métaboliques, mais pas une indication systématique
Les données sont plus hétérogènes encore dans le diabète de type 2. Une méta-analyse de 24 essais randomisés portant sur 1 325 patients rapportait de petites améliorations de la glycémie à jeun et de l’HbA1c, respectivement de −0,20 mmol/L et −0,22 %, avec des résultats dépendant des populations, des doses, des durées et des formulations [22]. Ces résultats ne permettent pas d’attribuer l’effet à un sel particulier.
Un essai randomisé en double aveugle publié en 2026 apporte une donnée importante : 247 adultes avec diabète de type 2 ont reçu pendant 12 mois soit 500 mg d’oxyde de magnésium, correspondant à 302 mg/j de magnésium élément, soit un placebo [23]. La diminution de l’HbA1c était de −0,30 % contre −0,05 % sous placebo, différence non significative (p = 0,145). Certains critères secondaires et sous-groupes donnaient des signaux favorables, notamment pour la glycémie à jeun, mais ils ne suffisent pas à conclure à une efficacité glycémique générale. Une méta-analyse actualisée en 2026 portant sur 15 essais et 1 085 participants avec diabète ou prédiabète n’a par ailleurs retrouvé d’amélioration significative de l’insulinémie ni du HOMA-IR [24].
Cette prudence est cohérente avec les Standards of Care in Diabetes 2026 de l’American Diabetes Association, qui ne recommandent pas la supplémentation en micronutriments, dont le magnésium, dans le but d’améliorer la glycémie en routine, en dehors notamment d’une carence ou d’une situation nutritionnelle particulière [25]. Le diabète de type 2 peut donc constituer un contexte dans lequel le statut et les apports méritent d’être considérés, mais pas une indication automatique à supplémenter ni à privilégier citrate ou bisglycinate.
Prévention cardiovasculaire : apport alimentaire et supplémentation ne sont pas équivalents
Les données observationnelles sur l’alimentation sont intéressantes mais répondent à une autre question. Dans une méta-analyse de 40 cohortes prospectives regroupant plus d’un million de participants, chaque augmentation de 100 mg/j de magnésium alimentaire était associée à un risque plus faible d’insuffisance cardiaque (RR 0,78) et d’AVC (RR 0,93), ainsi qu’à un risque plus faible de diabète de type 2, tandis qu’aucune association significative n’était retrouvée avec le risque cardiovasculaire total ou coronarien [26]. Il s’agit d’associations prospectives et non d’essais de supplémentation : elles soutiennent l’intérêt d’une alimentation apportant suffisamment de magnésium, mais ne démontrent pas qu’un complément prévient l’AVC ou l’insuffisance cardiaque.
Fatigue, crampes, stress : attention au diagnostic par les symptômes
Fatigue, irritabilité, contractions musculaires, crampes ou difficultés de sommeil peuvent effectivement apparaître lors d’une carence en magnésium.
Mais ce sont des symptômes extrêmement peu spécifiques.
Ils ne permettent donc pas de conclure à un déficit en magnésium.
Une personne fatiguée n’est pas nécessairement « en manque de magnésium », pas davantage qu’une amélioration après supplémentation ne prouve que le magnésium était la cause initiale du symptôme.
Dans une situation peu sévère, un essai limité dans le temps peut être raisonnable lorsque l’alimentation suggère des apports faibles et qu’il n’existe pas de contre-indication. Il faut alors définir ce que l’on souhaite améliorer et réévaluer l’intérêt de poursuivre au lieu d’installer systématiquement une supplémentation chronique.
Quand la supplémentation est probablement inutile
Chez une personne en bonne santé, asymptomatique, ayant une alimentation variée permettant vraisemblablement de couvrir ses besoins et ne présentant ni pertes particulières ni traitement modifiant le statut magnésique, aucune donnée solide ne justifie une supplémentation systématique « au cas où ».
L’idée selon laquelle presque tout le monde présenterait un déficit intracellulaire invisible nécessitant un apport de magnésium n’est pas démontrée.
La prévention d’un apport insuffisant commence avant tout par l’alimentation.
En pratique : comment choisir lorsqu’une supplémentation est pertinente ?
Une fois la décision de supplémenter prise, plusieurs critères sont probablement plus importants que la recherche d’un hypothétique « meilleur sel ».
- La quantité de magnésium élément
C’est le premier chiffre à regarder.
La quantité de citrate, de bisglycinate ou d’oxyde indiquée sur la face avant d’un produit ne correspond pas à la quantité réelle de magnésium fournie.
Deux produits contenant la même masse de composé peuvent donc apporter des quantités très différentes de magnésium élément.
- La dose
L’absorption fractionnelle diminue lorsque la quantité ingérée augmente [6].
Il n’est donc pas nécessairement avantageux de prendre une dose importante en une seule fois.
- Le fractionnement
Lorsque la dose quotidienne est relativement élevée ou mal tolérée, la répartir en plusieurs prises peut améliorer la tolérance et probablement favoriser l’absorption fractionnelle [7].
- La tolérance digestive
Ce critère est souvent sous-estimé.
Une forme théoriquement très biodisponible mais provoquant diarrhées ou douleurs abdominales n’est pas adaptée à la personne qui la prend.
Inversement, une forme bien tolérée permettant un apport régulier et suffisant peut être plus pertinente qu’une forme bénéficiant d’un avantage pharmacocinétique modeste.
- Le contexte digestif et médicamenteux
Malabsorption, diarrhée chronique, résection intestinale, IPP ou traitements augmentant les pertes peuvent modifier le raisonnement.
Mais il ne faut pas automatiquement en déduire qu’un sel particulier est supérieur sans donnée clinique spécifique.
- Le coût
Les différences de prix entre formes peuvent être considérables alors que les différences cliniques sont souvent inconnues.
Le prix d’un produit ne constitue pas un indicateur de biodisponibilité ou d’efficacité.
- La sécurité
Le principal effet indésirable des compléments oraux de magnésium est digestif, en particulier la diarrhée.
En Europe, la limite supérieure retenue pour le magnésium provenant de compléments ou de sources ajoutées est de 250 mg/j chez l’adulte pour les formes concernées par cette évaluation. Cette valeur repose essentiellement sur l’apparition de diarrhées et ne concerne pas le magnésium naturellement présent dans les aliments [20].
Il ne s’agit donc pas d’un seuil de toxicité systémique absolu. Des doses supérieures sont utilisées dans certains essais ou contextes médicaux, mais leur utilisation doit être replacée dans le contexte clinique.
Une prudence particulière est nécessaire lorsque la fonction rénale est altérée, car l’élimination du magnésium dépend essentiellement du rein.
Le magnésium peut également diminuer l’absorption de certains médicaments, notamment les tétracyclines, les quinolones et les bisphosphonates, ce qui impose d’espacer les prises [2].
Conclusion
La question « quelle est la meilleure forme de magnésium ? » suppose qu’une propriété intrinsèque permette de classer définitivement citrate, bisglycinate, oxyde ou autres sels.
Les données montrent quelque chose de beaucoup plus complexe.
L’absorption dépend du sel, mais aussi de sa solubilité, de la dose, du fractionnement, de la formulation, du contexte digestif, de la population étudiée et de la méthode choisie pour mesurer cette absorption.
Le chiffre de biodisponibilité présenté pour une forme n’est donc pas une constante universelle.
Surtout, une meilleure absorption mesurée ne signifie pas automatiquement une meilleure efficacité clinique.
Le citrate dispose de données relativement cohérentes en faveur d’une bonne solubilité et d’une bonne biodisponibilité chez le sujet sain. Le bisglycinate possède des arguments intéressants de tolérance, un signal chez certains mauvais absorbeurs et désormais une donnée clinique sur le sommeil. L’oxyde est moins soluble et peut être moins bien toléré, mais il n’est ni « non absorbé » ni cliniquement inactif. Les formes plus récentes restent intéressantes, mais leurs avantages spécifiques demandent encore à être démontrés.
La question centrale devrait donc peut-être être posée avant celle de la forme :
y a-t-il réellement une raison de supplémenter ?
Si la réponse est oui, le choix peut ensuite tenir compte de la dose de magnésium élément, de la tolérance, du terrain digestif, des traitements, de l’objectif recherché, du coût et des données disponibles pour la situation concernée.
Il n’existe probablement pas de meilleur magnésium en général.
Il existe surtout des indications plus ou moins solides de supplémentation et, lorsqu’elle est pertinente, une forme plus ou moins adaptée à une personne donnée.
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